Journal de bord – Part 2

J355 – dim 21/10

Il m’est difficile de dormir dans l’avion. Pour passer le temps je regarde un autre film, À la Dérive, plutôt bien. Vu d’avion le paysage depuis la Bretagne me semble particulièrement plat et dépourvu de forêts, aux profit de champs. J’arrive comme prévu avec 3 heures de retard à Orly et mon frère m’y attend, pour boucler la boucle comme il dit : il m’a emmené à l’aéroport pour mon départ et revient me chercher à mon arrivée. Je retrouve très vite mes repères français même si je suis un peu plus attentif à certains détails. Paris m’apparaît excessivement propre.

Question état d’esprit, je me sens serein. Ni content ni triste de revenir en France, j’apprécie la perspective de retrouver famille et amis et compte bien conserver le plus longtemps possible le calme qui m’habite. Ce voyage se termine aujourd’hui mais images et souvenirs demeureront pour toujours dans ma mémoire et de nouvelles perspectives peuvent s’ouvrir aujourd’hui. Je suis content du parcours que j’ai choisi et de l’expérience vécue dans sa globalité. Elle conditionnera dorénavant ma façon de voyager. C’est tellement simple : un billet d’avion, un sac à dos et en avant l’aventure…

J354 – sam 20/10

Ayant déjà bien arpenté la Havane, je m’attendais à une matinée un peu ennuyeuse. Finalement, elle est passée vite. J’ai encore découvert de nouvelles zones en me dirigeant d’abord vers la Plaza Carlos III (un centre commercial en fait, mais le rendez-vous le samedi d’un marché parallèle sur son parvi), puis vers le Castillo de Atares, entre un port, des usines et la voie ferrée. Je trouve en route une belle fabrique de cigare avec une boutique vendant des rhum variés, alors que Havana Club a le monopole ici. Je termine dans un petit restaurant de mon quartier prenant lui aussi les touristes pour des vaches à lait. Je tente de leur expliquer que ce n’est pas le meilleur moyens de les attirer mais ils ne semblent pas apprécier.

Après un petit café offert à l’auberge, il est temps de partir pour l’aéroport. Trouvant rapidement un taxi dans la rue, j’y suis largement à l’heure. Je suis content d’avoir fait le check in en ligne car j’évite une grande queue au comptoir. Je redécouvre le stress à la française en observant les passagers s’entasser devant la porte d’embarquement alors qu’elle n’est pas encore ouverte. Je pars avec Air Caraïbes et le personnel est français. L’avion a un problème technique et nous sommes immobilisés dedans pendant sa réparation. Le commandant nous donne curieusement beaucoup d’informations. On part donc avec 3 heure de retard. Ça ne me pose pas vraiment de problème, si ce n’est que je ne peux prévenir de mon arrivée tardive à l’aéroport et que je ne peux plus admirer la vue du ciel en quittant Cuba puisqu’il fait nuit.  En attendant, je regarde un film, Get out. Parti en short et T- shirt, je me change dans l’avion, m’attendant à un changement radical de climat. Fini le soleil, fini les vacances, fini l’aventure.

J353 – ven 19/10

Pas de découverte aujourd’hui : je retrouve La Havane telle que je l’ai laissée. On y arrive à 6h avec le bus. C’est un peu tôt, la ville dort encore. Comme à l’aller, je reviens à pieds jusqu’au centre en prenant mon temps. Je retourne à l’auberge de mon arrivée mais personne ne répond ; je teste donc la voisine, Rolando’s Backpackers. Les espaces communs sont plus réduits mais j’y suis bien accueilli.

Dès le matin, je repars déambuler dans la vieille ville. Mon but est de trouver quelques souvenirs mais ça reste un prétexte. Mon parcours n’est d’ailleurs pas  optimum ; je me retrouve à faire plusieurs allers-retours et au final beaucoup de kilomètres dans la journée (probablement plus de 20 au total). Je suis toujours autant surpris par la juxtaposition du luxe et de la pauvreté, de la vie locale et touristique, apercevant notamment plusieurs écoles très sommaires ouvertes sur la rue, entre une boutique de souvenirs et un étal de viande. Je suis aussi marqué par les odeurs nauséabondes présentes partout, probablement accentuées par la chaleur. J’écoute un moment un concert philharmonique sur lequel je tombe sur la Plaza de Armas puis file vers une brasserie artisanale mais les cuves n’y sont plus que là pour la déco et je dois me satisfaire d’une Heineken. Ça m’était déjà arrivé Plaza Vieja ; les brasseries doivent moins bien fonctionner que les caves à rhum. En ressortant du marché artisanal Almacenes San José, je constate que tout ferme à 18h près du port.

Une petite pause à l’auberge puis je repars pour une exploration nocturne du centre historique. Il y a un peu d’animation mais ce n’est pas fou non plus. Le quartier autour du Parque Cristo semble davantage animé alors qu’il est à l’écart. Il me faut trouver ce soir de quoi manger pour quelques pesos. Alors qu’habituellement on trouve des stands à  pizzas à tous les coins de rue, je n’en vois pas un de tout mon parcours et me rabats sur de frugals sandwichs que je trouve dans le quartier chinois.

J352 – jeu 18/10

Il est maintenant temps de retourner à La Havane, pour prendre samedi l’avion qui mettra un point final à mon tour du monde. C’est donc parti pour 20h de bus (1100 km).  C’est un express, direct pour La Havane, avec peu d’arrêts. Il est presque vide au départ mais se remplit à Guantanamo puis à Santiago. Je regarde plus en détails le paysage le long de la Farola. Les chauffeurs y font leur marché sur des étals en bord de route. Ce sont les meilleurs clients. Un cubain, vivant aux USA depuis plus de 50 ans, s’assoit à côté de moi. On échange quelques mots. Il change de siège à Camaguey, pour nous laisser tous deux plus de place pour dormir. Je me réveille souvent la nuit mais le trajet ne semble pas interminable, probablement parce que j’y suis maintenant habitué.

J351 – mer 17/10

Ayant envie d’un peu de liberté dans mes explorations, je loue un vélo pour la journée. Le temps n’est pas extraordinaire (j’ai le droit à plusieurs giboulées sur la route et je reviens couvert de boue) mais je peux visiter des lieux très différents. En fait j’alterne vélo (30km) et marche (10km).

Après un rapide tour sur la place principale (j’ai promis à un cubain de lui rapporter des T- shirt) et à la gare routière (pour acheter mon billet pour demain), je prends la direction d’El Yunque, à 7km. Ce promontoire, que l’on voit de partout, souvent dans la brume, a un air mystique avec son sommet aplati, ses roches acérées et son côté clair obscur. Je ne juge pas opportun de monter au sommet vu le temps mais me rends à la cascade. Il me faut pour cela payer un droit d’entrée assez élevé et être accompagné d’un guide, que je retrouve en cours de chemin. Cette fois la chance n’est plus avec moi : une énorme averse surgit quand nous arrivons face à la cascade. Le guide, un local agréable, me propose d’aller la voir de plus près, en traversant le Rio à la nage, mais je n’en n’ai pas envie. La visite est donc assez courte, mais le chemin pour y venir offre des panoramas vraiment superbes et, à vélo, je peux m’arrêter quand je le souhaite.

Revenant sur mes pas, je fais un rapide tour à la Cruz de la Parra, de l’autre côté de la baie, traverse la ville par des quartiers que je n’ai pas encore explorés, puis poursuis à l’est dans le parc naturel Majayara. J’y visite seulement la Playa  Blanca mais le Parc mérite à mon avis une randonnée complète pour découvrir ses différentes curiosités : mirador, cueva, sentier archéologique, finca à cacao. Pour y aller, je longe la plage principale de Baracoa, derrière le stade, puis trouve une barque pour traverser le Rio Miel, avec mon vélo. Il y avait auparavant un pont mais il est partiellement détruit. On arrive dans une sorte de mini port de pêche puis dans un hameau tout en bois. C’est très beau, de même que la plage, très originale, où j’arrive 5 minutes plus tard. De sable blanc, elle est minuscule, et les endroits pour se baigner sont des vasques, au milieu de rochers tranchants, arrêtant les vagues, assez fortes. On y trouve des restes de constructions en parpaings mais elle reste très sauvage. Elle se mérite : le sentier pour y venir est jonché d’obstacles et, pieds nus, j’en garderai quelques souvenirs. J’y suis seul et m’y baigne sous la pluie et le soleil. Je reviens par la route (enfin des chemins en terre), traversant plusieurs hameaux très authentiques avec, encore et toujours, de beaux panoramas.

Le soir, j’essaye un nouveau restaurant conseillé dans le guide, le Buen Sabor. Ça semble être le rendez vous des groupes touristiques mais on y mange bien. Consultant Internet, j’apprends ensuite une bien triste nouvelle : le décès brutal d’une amie. C’est un choc et ça me coupe toute envie de faire la fête, d’autant que la ville semble un peu endormie en ce début de soirée. Je me contente d’admirer la mer déchaînée sur le Malecon puis me couche de bonne heure.

J350 – mar 16/10

Pour visiter les alentours, j’ai choisi une excursion dans le Parc national de Humboldt. J’hésitais avec une montée au Yunque, le sommet du coin, mais le temps ne semble pas propice à cela. Plusieurs agences proposent les mêmes tours mais on est réunis. Sans savoir pourquoi, on part avec 45 minutes en retard, juste au moment où je me suis absenté ; je trouve in extremis les voitures sur le départ. On est 9 : je suis dans une jeep avec une suisse, une allemande, une slovène et un taïwanais, tandis qu’un groupe de 4 français (qui étaient avec moi dans le bus de Santiago) sont dans l’autre. La route pour y aller est en mauvais état et donc assez longue (on met 1h30 pour faire 30 km) mais on a de belles vues sur la mer d’un côté et les montagnes de l’autre.

Un jeune guide, Junior, prend le groupe en main à l’entrée de parc pour une randonnée de 5 km dans la forêt. On avance tranquillement, ayant le droit à des explications sur quelques végétaux rencontrés ; le parc est réputé pour ses espèces endémiques. Le guide trouve une grenouille, l’espèce la plus petite existant. On peut se baigner dans le Rio mais personne n’en n’a envie. On doit  le traverser à 4 reprises et trouvons une charrette à boeuf qui nous y aide. Je suis finalement assez déçu par cette ballade : il n’y a pas de mirador et nous nous trouvons finalement dans une forêt assez banale ayant pour espèce principale des pins, alors que l’on aperçoit de la route des décors vraiment splendides dans la région. Au retour, nous nous arrêtons sur la plage Maguana, la plus belle aux alentours de Baracoa. On a le droit à un défilé de vendeurs en tous genres à notre arrivée mais on peut ensuite profiter de la tranquillité de ce petit coin de paradis à l’eau bleu turquoise. On y trouve, hormis quelques déchets, d’énormes conques un peu partout. J’y déguste aussi mon premier cucurucho, une spécialité locale à base de noix de coco, agrumes et miel, emballée dans un cornet en feuilles de palme.

Au retour, on profite de l’happy hour avec Teja (la slovène) et Ken (le taïwanais) pour déguster un cocktail sur la terrasse inutilisée d’un bar alors qu’elle domine la ville. Je prends pour la première fois mon dîner à la casa (toutes le proposent) ; c’est copieux et correct. Puis je retourne dans le centre, plutôt animé ce soir. J’aperçois sur  le chemin plusieurs rassemblements semblant mêler musique et religion, dans la maison d’en face d’abord, puis à l’église. Je retrouve sur la place Sarah (la suisse) et l’allemande (j’ai oublié son nom), en galante compagnie avec des cubains. On va dans une taverne bien rustique (une cafétéria cubaine) où jouent des musiciens. Une ambiance 100% locale plutôt plaisante. A 23h, tout s’arrête dans la ville pour laisser la place aux clubs. Moi je tire ma révérence.

J349 – lun 15/10

Je rejoins aujourd’hui en bus Baracoa, une ville isolée à l’extrême est de Cuba, à 250 km. Il y a juste un arrêt principal à Guantanamo (ville qui évoque les tensions entre Cuba et les USA, qui y ont installé une base navale), mais les chauffeurs s’arrêtent à plusieurs reprises pour convenances personnelles. On traverse encore de magnifiques paysages, d’abord dans le massif de la Gran Piedra, puis sur la route côtière, où le décor est plus rocailleux et d’où l’on aperçoit de grandes nappes d’algues flottant sur les eaux tumultueuses de l’océan, pour enfin emprunter la magnifique route sinueuse de la Farola qui remonte vers le nord. On se croirait à la fois en haute montagne et dans la jungle, avec l’apparition, en s’approchant de la côte, de cocotiers, dont  l’exploitation, avec le cacao, sont spécifiques de cette région.

Baracoa est encerclée de montagnes mais tournée vers la mer. On est tout proche d’Haïti et les quelques plages, entre les rochers, sont de sable noir. Ce gros village a été fortement touché par un Ouragan en 2016 mais s’est vite reconstruit. Les bâtiments y sont moins beaux que dans les villes historiques que j’ai traversées mais il a son charme. Il y fait extrêmement chaud et moite, malgré un ciel plutôt couvert, ce qui me vaut un gros coup de fatigue l’après-midi et une soif difficile à étancher. Je ressens aussi quelques courbatures de ma grande descente d’hier.

Une nouvelle fois je suis attendu à la gare routière et l’on m’amène à l’auberge qui m’a été doublement conseillée. Elle est un peu excentrée mais plutôt bien et le village n’est pas très grand. J’en fais un premier tour l’après-midi, alors que la vie tourne au ralenti, puis un autre le soir, repérant quelques adresses et explorant sur les hauteurs un quartier tranquille aux maisons en bois. L’agence de change étant fermée pour désinsectisation, j’échange quelques pesos à un habitant qui me le propose, ce que je n’aurais jamais fait en ville. J’assiste à des parties de dominos dans la rue (l’un des passe-temps privilégiés des cubains) puis mange dans un très bon restaurant, la Casa Nilson. La ville est renommée pour sa nourriture, à base de poisson, de coco et de bananes ; j’aurais tort de m’en priver et constate qu’elle est effectivement très fine. Elle est aussi connue pour ses styles musicaux originels mais je me casse à nouveau le nez devant la casa de la Trova.

J348 – dim 14/10

Je sors de la ville ce dimanche pour me rendre à la Gran Piedra, un belvédère dans la montagne, côté est. La plupart des touristes y vont en taxi, mais moi j’ai envie de gravir la montagne à pieds et je prends les transports locaux pour aller jusqu’à Las Guasimas, un peu avant Siboney, la «station balnéaire» de Santiago. Les informations ne sont pas évidentes à trouver. Il faut prendre le bus 214 ou une camioneta sur la place El Palo del Aura, que l’on peut rejoindre du centre en moto taxi. J’y vais à pieds ne sachant pas reconnaître les motos taxi des autres et je traverse un quartier assez vivant où se sont installés des barbecues dans les rues pour la journée, peut-être à l’occasion d’un événement spécial ou alors parce qu’on est dimanche. Je trouve une camioneta facilement ; on y est bien entassés et le vendeur de tickets, monté en cours de route avec son petit tabouret, m’arnaque ouvertement en me faisant payer le double. Je le vois au regard des autres mais on ne parle ici de quelques centimes.

Tout le monde me dit que je suis fou de vouloir monter à pieds. Je suis donc les conseils et attends avec d’autres, à Las Guasimas, une guagua (sans savoir ce que c’est), pour monter au sommet. Il s’agit d’un camion sur laquelle est posée une cabine de bus. Elle est pleine à craquer mais se vide petit à petit. Je constate que j’aurais pu monter les 14 km à pieds sur cette route assez pentue (1200 m de dénivelé) mais j’ai bien fait de prendre la guagua car je serais arrivé dans les nuages, j’aurais eu du mal à trouver un éventuel transport pour redescendre et j’aurais terminé sous la pluie.

Comme le dit son nom, la Gran Piedra est une immense pierre, sur laquelle on grimpe par des escaliers et qui offre un beau panorama à 360° sur la montagne et sur la mer. On se croirait un peu en Corse, avec les deux réunies, si ce n’est qu’ici encore la végétation est luxuriante. Le ciel commence à se voiler quand j’arrive ; c’est moins bien pour les photos mais je peux quand même profiter de la vue en dégustant mon sandwich.

Je redescends donc à pieds tranquillement. Je suis sur la route mais il y a très peu de voitures et quelques miradors. En chemin, je rencontre Jorge, un jeune cubain, qui fait fuir des taureaux devant moi. Il m’accompagne un bout de chemin et nous discutons. Comme tous, il me réclame de l’argent, pour payer les médicaments pour sa fille malade, à ce qu’il me dit. Je m’énerve un peu, lui expliquant que je suis sollicité tout le temps, mais finis par lui donner quelques sous. On s’échange nos coordonnées. Je traverse à la fin quelques villages paisibles et trouve un bus pour rentrer (tout comme la guagua, au prix dérisoire de 1 pesos le trajet, soit 3 centimes). Encore un grand coup de chance, à peine dedans, la pluie se met à tomber. D’énorme éclairs et coups de tonnerre éclatent au-dessus de nos têtes dans cette caisse à savon ; c’est impressionnant. Je n’y couperai pas à la sortie du bus, trempé le temps de me mettre à l’abris et devant traverser des torrents qui se sont formés.

Le soir, je retrouve par hasard les danois, accompagnés d’une allemande. Je les ai d’ailleurs aperçus aussi à la Gran Piedra dans un taxi. On va boire un coup dans une taverne, plutôt déserte, au son d’un concert. Puis je mange tardivement dans un restaurant bien local. Ce n’est pas terrible mais je n’avais pas trop le choix.

J347 – sam 13/10

J’explore un peu plus en détails le Santiago historique ce matin, en suivant une fois de plus un itinéraire conseillé par le Lonely Planet. Le parcours traverse le centre d’ouest en est, en partant de la baie, au Parque Alameda, pour se terminer au Cuartel Moncada, un peu après la plaza de Marte. Entre les deux, je passe par le quartier Tivoli, le mirador de Velasquez, le Parque Cespedes (la place principale), la caille Heradia, où se tiennent les principaux lieux musicaux, la plaza de Dolores et la caille Jose a Saco (la rue commerçante). Je fais une pause café sur la terrasse de l’hôtel Casa Granda, dominant la place centrale, et visite le musée du Carnaval, pas très intéressant. Le centre est assez condensé (j’ai parcouru 2 km), mais plutôt animé. Il est d’ailleurs assez bruyant et les motos ont ici remplacé les chevaux et les vélos, même si l’on en voit encore quelques-uns. J’y croise finalement assez peu de touristes ; il reste authentique. J’y vois aussi quelques marchés, toujours très sommaires, avec seulement quelques étals et peu de produits. La plupart des rues ont deux noms (c’était déjà le cas à Trinidad et à Bayamo), histoire simplifier l’orientation. Un peu en hauteur, la ville offre de belles vues sur les montagnes dont elle est encerclée.

Je fais une pause à la casa, puis repars le soir sonder la vie nocturne du samedi. Je retourne le long de la baie pour le coucher de soleil (plutôt beau) et constate que de nombreux habitants s’y sont donnés rendez-vous. Il y a plusieurs stands, vendant des bières à 20 centimes et du poisson frit. Je ne vois pas d’animation particulière mais l’ambiance est très vivante. Dans le centre en revanche, où je retourne ensuite, je m’attendais à trouver davantage de concerts. Je comptais aller à la casa de la Trova, qui en propose régulièrement mais à 21h la programmation semble terminée. Je fais ce soir quelques rencontres impromptues, bien que toujours intéressées. Je passe d’abord un assez long moment avec Ervin, un jeune homme agréable et plutôt honnête mais semblant vraiment dans le besoin (il me réclame un T-shirt ou du déodorant). Puis en rentrant je suis abordé par Aleix, un rasta musicien, un peu plus calculateur mais sympathique aussi. Je leur offre chacun un verre mais ne veux pas céder sur l’argent. Étrangement, ils me montrent tous deux leur carte d’identité. J’ai également parlé brièvement aujourd’hui avec d’autres cubains et constate qu’ils sont tous fiers de leur ville, dont ils tentent de me démontrer les qualités par rapport à La Havane. Beaucoup de femmes dans cette région porte un foulard sur la tête noué à la manière des pirates ; une réminiscence de du passé, cette terre ayant abrité de nombreux brigands ?’Je rentre assez tôt car demain m’attend une longue randonnée.

J346 – ven 12/10

Pas de petit déjeuner à la casa ce matin ; il n’y a d’ailleurs personne dans la maison. Je trouve de petits stands dans la rue principale qui font très bien l’affaire. Il y a beaucoup de monde ; tous attendent l’ouverture des magasins à 9h. On est plus dans le vrai Cuba ici : pas de boutiques touristiques, tout se paie en monnaie locale (heureusement j’en ai échangé), les restaurants ont des horaires restreintes (je le découvre un peu tard), j’ai même beaucoup de mal à trouver un café (un vrai), un coca ou des fruits. Par contre ils vendent de la bière partout. Il fait très chaud et c’est la seule boisson fraîche que je trouve à midi, autre que les batidos de goyave, dont je me suis déjà largement abreuvé.

Je fais le tour des agences ce matin. L’une se trouve à 3 km ; ca me donne l’occasion de découvrir plusieurs endroits de la ville. Les propositions sont les mêmes que celles du guide, que je rencontre par hasard devant la gare routière et qui me confirme que les sentiers sont très boueux dans la Sierra. C’est plutôt honnête de sa part. L’autre problème est le transport pour y aller ; on est obligé de faire appel à un taxi et le prix est assez prohibitif. Je renonce donc à aller explorer la Sierra Maestra, le quartier général de Fidel Castro, d’où il lança la guérilla à la fin des années 1950, et je décide de reprendre le bus dès ce soir pour Santiago. Je devrais ainsi avoir le temps de pousser jusqu’à Baracoa, tout à l’est de Cuba. Je ne regrette néanmoins pas mon escale à Bayamo, même si la ville est un peu triste, qui m’a fait découvrir une autre facette de Cuba.

L’apres-midi, je poursuis ma déambulation dans différents quartiers. Je découvre de nombreux petits cabanons, près de la rivière ; ils doivent servir pour la Fiesta de la Cubania, une fête de rue qui a lieu tous les samedis et qui participe largement à l’identité de Bayamo. Le quartier autour de la gare, le réel centre si j’en crois Mapsme, est assez animé. Une autre caractéristique de Bayamo : il y a des vélos et des bici taxis partout, ainsi que des parkings et des réparateurs qui leurs sont dédiés. Il y a aussi des camions bus (difficile d’en connaître le fonctionnement) et toujours les calèches de fortune pour se déplacer. Côté humain, je ne me sens pas très apprécié par plusieurs commerçants, pas tous heureusement.

C’est sous l’orage, que je me rends à pieds à la gare routière mais je trouve quelques abris en chemin. Le bus arrive à peine en retard mais met 1h de plus que prévu pour aller à Santiago. J’y retrouve à nouveau les danois et le trajet passe assez vite. Dès l’entrée dans la ville, Santiago apparaît plus moderne, du point de vue de l’architecture et d’autres détails comme la présence de supermarchés. Je me rends à pieds à la Casa conseillée par Georgina et y trouve une chambre. Il est déjà tard mais je vais explorer rapidement le centre autour de la principale rue commerçante. Il ne me semble pas trop touristique et  curieusement pour un vendredi, à minuit tout semble s’arrêter, hormis quelques clubs bien clos.

J345 – jeu 11/10

Cuba est plus grand qu’il n’y paraît avec 1300 km d’est en ouest. Après quelques hésitations, j’ai décidé de me rendre à Bayamo, un peu avant Santiago, pour tenter d’y trouver une excursion dans la Sierra Maestra. La journée est donc consacrée au transport : 11h de bus pour parcourir 500 km. Je quitte la casa à 7h30, non sans avoir dit au revoir à Georgina, la propriétaire, et avec quelques bonnes adresses en poche.

Il n’y a pas un nuage dans le ciel à mon départ (c’est suffisamment rare pour regretter que cela arrive aujourd’hui) mais plus nous progressons vers l’est, plus le temps se gâte, pour finir par des pluies diluviennes puis un coucher de soleil incendiaire se dévoilant sous les nuages. Pour le reste, rien de bien passionnant à raconter. Le bus fait plusieurs étapes. J’y retrouve les danois, qui eux font une halte à Camaguey. On manque de tomber en panne à 100 km de l’arrivée : la boîte de vitesse semble fatiguée. Les paysages me sont désormais familiers, avec quelques beaux points de vue et toujours ces fameux palmiers endémiques, dont les plus grands me rappellent la Vallée de Cocora en Colombie.

Je suis attendu à la gare routière et l’on m’emmène en bici taxi à la casa, à deux pas de la place centrale. L’accueil n’est pas très chaleureux mais la senorita est au courant de mes projet et fait venir un guide, qui m’explique ses options pour marcher dans la Sierra. J’ai un peu peur d’y trouver encore de la pluie et de la boue. Je comparerai les offres des agences et prendrai une décision demain. Le soir je fais un rapide tour du centre, plutôt calme, m’acharne sur Internet qui fonctionne très mal alors que les moustiques me dévorent les chevilles (ca faisait un moment qu’il n’y en avait plus) et me restaure dans un  agréable petit restaurant tout en bois.

J344 – mer 10/10

Cette fois je loue un vélo, via la casa (c’est tellement plus simple), pour aller à la plage Ancon, connue pour sa beauté. J’y vais avec les deux allemands, Nikolas et Tobit. Après une halte à la gare routière, à 500 m de la casa, pour réserver nos billets pour demain, nous prenons d’abord la direction du Mirador de la Loma del Puerto, qui a un autre nom sur place, et qui offre une belle vue sur la vallée de Los Ingenios, spécialisée à l’époque dans la culture de la canne à sucre.

Nous nous dirigeons ensuite vers la Boca, un village de pêcheurs en bord de mer, à l’atmosphère tranquille, où nous faisons une halte. De là, la route longe la côte et nous permet d’admirer des criques sauvages et la mer d’un très beau bleu. Nous n’allons pas jusqu’à la plage principale, très grande, au bout de la presqu’île, face à l’hôtel d’Ancon ; nous préférons nous arrêter sur de plus petites plages, tout aussi jolies et probablement moins fréquentées, d’abord sur une première pour y manger dans un snack (un tantinet arnaque touristes, avec un menu pour les locaux et un autre pour les visiteurs, et pas très bon), puis sur une seconde pour nous baigner. Nous revenons par une route différente, plus passante, traversant dans un premier temps des marais puis les quartiers «HLM» au sud de la ville, moins beaux mais vivants. On y voit passer un train, grand comme un minibus. A l’aller comme au retour, on a toujours en toile fond, au nord, les montagnes de l’Escambray. On a parcouru au total une trentaine de km sur un relief plutôt plat, mais pour les allemands, ça semble déjà avoir été une épreuve.

Le soir, je vais à la Cerveceria, que je ne trouvais pas hier soir, avec de meilleures indications. Comme la grotte, ça semble être l’un des incontournables de la ville. Elle est très grande avec plusieurs espaces autour d’une cour centrale. La bière artisanale qui y est produite (les cuves sont dans Le bar) est bien meilleure que les bières cubaines habituelles et vendue à un prix dérisoire. J’y mange aussi mais suis plus mitigé sur la cuisine et apprends plus tard qu’il y avait un autre restaurant caché. Je vais ensuite à la Casa de la Musica, une grande terrasse en étages avec une scène où se produisent des groupes tous les soirs. Il y en a dans la plupart des villes et elles sont généralement reconnues pour la qualité de la programmation. Mais là, je suis déçu : le son est mauvais, les musiciens n’ont pas l’air très motivés et ils reprennent surtout les standards que l’on entend partout toute la journée.

J343 – mar 9/10

Réveillé par les coqs, j’ai le droit à un petit déjeuner splendide. Je recommande vraiment cette casa, l’Hostal Georgina y José Ramon, la meilleure de toutes pour le moment. Mon projet était aujourd’hui d’aller à la plage à vélo mais je change mes plans pour me joindre à deux allemands, des frères, qui partent pour une randonnée guidée côté montagne. Nous ne connaissons pas exactement le programme en partant mais nous faisons finalement le tour classique des cavaliers jusqu’au Salto de Cubano, à 7 km, dans le parc naturel Topes de Collantes. Nous serons tous les 3 déçus par ce tour et surtout par l’attitude du guide. Lui circule à cheval alors que nous marchons, il nous attend à peine, notamment sur le retour, et ne nous donne pratiquement aucune explication. Nous ne connaissons même pas son nom. Nous faisons des pauses «culturelles» (canne à sucre, café), où nous sommes fortement incités à consommer et marchons une fois de plus dans la boue. Le paysage est joli mais moins impressionnant qu’à El Nicho. Le final est une baignade au pied d’une cascade. Je trouve sur le parcours un serpent, apparemment non dangereux, qui fuit à mon approche et ramène une tique en souvenir (mais je suis équipé, j’ai une pince pour la retirer).

De retour, après un décrassage et un bon jus de goyave offert par la maison, je repars faire un tour, explorant cette fois un nouveau quartier non touristique de la ville et toujours aussi vivant, plus au sud, avec l’espoir d’y trouver à manger. Il me faudra pour cela revenir au centre, où je visite le Museo Nacional de la Lucha Contra Bandidos, situé dans l’ancien couvent de San Francisco de Asís. L’intérêt principal de ce musée est de pouvoir monter à son clocher pour admirer la vue panoramique sur la ville et ses alentours, qui est effectivement magnifique.

J’ai beaucoup de chance (peut-être parce que j’ai trouvé ce matin des fers à cheval sur le sentier) car la pluie se met à tomber 2 minutes après mon retour à la casa. Ce sera moins le cas le soir, où j’ai le droit à une averse torrentielle, vraiment impressionnante, alors que je cherche désespérément une taverne que l’on m’a conseillée. Je m’abrite sous un proche pendant 20 min, puis dois traverser des rues devenues des rivières. Je trouve un très bon restaurant. Je n’ai jamais fréquenté autant de «vrais» restaurants qu’à Cuba mais les alternatives sont limitées et la gastronomie y est bonne et variée. C’est un plaisir après la Colombie. On m’a parlé d’une discothèque dans une grotte. Par curiosité, j’irai bien y jeter un oeil, mais elle ouvre tard. Pour ce soir, je me contente de boire un verre et discuter un moment avec l’un des espagnol d’hier que je retrouve. J’ai également recroisé à deux reprises aujourd’hui les danois rencontrés à Vinales.

J342 – lun 8/10

Il pleut à mon réveil et j’apprends qu’il est annoncé du mauvais temps pour 5 jours et qu’il y a un cyclone à l’ouest du pays. Ce n’est pas très réjouissant. J’hésite à annuler mon excursion à El Nicho mais il est trop tard et finalement c’est mieux ainsi.

C’est à nouveau une Chevrolet qui vient me chercher (un peu moins rutilante que la précédente) et il y a avec moi deux espagnols. Il nous faut 1h pour atteindre El Nicho. On traverse la campagne, plusieurs villages, puis montons dans la Sierra del Escambray. Sur la route, nous croisons de nombreuses charrettes à cheval, principal moyen de transport de marchandises et de personnes ici, et avons de beaux panoramas sur la plaine de Cienfuegos et sur les montagnes. La visite de la réserve naturelle d’El Nicho est très cadrée : elle se résume à un court sentier et ne peut se faire qu’avec un guide (compris dans le droit d’entrée) sur un temps limité à 2h. C’est frustrant mais l’endroit est magnifique : une succession de cascades et de bassins très harmonieux, dans la forêt, et un mirador d’où l’on aperçoit le grand lac Hanabanilla. La guide est agréable et nous laisse des temps pour nous baigner. Nous sommes arrivés parmis les premiers et pouvons davantage profiter de l’aspect sauvage du lieu, sous un ciel plutôt clément.

Le taxi nous amène ensuite à Trinidad, à 1h30 par la route côtière et me dépose à ma nouvelle casa. La tâche a une fois de plus été très facile : l’ancienne me l’a proposée, a donné l’adresse au taxi et a appelé dans la journée pour les avertir et  négocier le prix pour moi. Je suis accueilli par un perroquet qui me dit «hola». Les personnes qui la tiennent sont très agréables. C’est un peu excentré (à 10 minutes de la place centrale) mais j’aime autant. Le temps que la chambre soit prête, je fais un premier tour de la ville, en fait un gros village. Je tombe sous le charme. C’est l’un des sites les plus touristiques de Cuba mais il semble naturel, populaire et vivant. En plus d’être jolie avec ses maisons colorées, Trinidad est très bien située, entre la mer et la montagne, avec des sites remarquables à proximité. J’ai de la chance ; la pluie se remet à tomber une fois rentré à la casa, le temps d’une petite sieste.

Je reprends alors mon exploration, suivant un parcours conseillé par le Lonely Planet, pour les photographes au soleil couchant. Pour le soleil, ce sera un autre jour mais j’apprécie la déambulation et l’ambiance villageoise du quartier Los Tres Cruces, avec les enfants jouant aux billes dans la rue et les adultes discutant à l’extérieur ou d’une maison à l’autre. D’une manière générale à Cuba, les maisons sont toujours ouvertes en journée, dévoilant leur intimité. Un cocktail local, un Cancanchara, dans un caveau agréable, un peu à l’écart des autres, puis je trouve un restaurant plutôt bon, à l’ambiance discrète, animé par des musiciens.

J341 – dim 7/10

On est dimanche et je me mets au diapason de la ville. Beaucoup de boutiques sont fermées, y compris les agences, limitant mes démarches. J’arrive quand même à trouver, en fin de journée, près de la gare routière, un taxi collectif qui me mènera demain à El Nicho, dans la Sierra del Escambray, puis à Trinidad. Je parviens aussi, avec persévérance, à l’un de mes objectif de la journée, malgré les difficultés d’accès à Internet et l’averse qui se met à tomber (Internet c’est dehors ici) : m’inscrire à Pôle Emploi. Pas très exotique mais mieux vaut anticiper.

Le dimanche, donc, une vie de quartier s’installe et me permet de découvrir et de partager ce quotidien des habitants de Cienfuegos. Ainsi, je flâne sur les places, mange dans la rue une pizza à quelques cents et un batido, écoute la musique live ou enregistrée, diffusée ici et là. Les gens font la queue (ils en ont l’habitude) devant de grandes cafétérias populaires et devant un glacier qui ne désemplit pas jusqu’au soir. Je suis surpris de voir beaucoup de bus touristiques circuler et plus de stands de souvenirs que d’habitude près de la place José Marti. Je comprends pourquoi en apercevant deux énormes bateaux de croisières amarrés.

Les transports étant limités, j’oublie rapidement l’idée d’une excursion au alentours, comme je le souhaitais initialement, mais je me rends à la Punta Verde, tout à l’ouest de la ville, traversant pour y aller un quartier très populaire et pauvre. A l’inverse en regardant d’un peu plus près, je m’aperçois qu’il y a, dans mon quartier, entre les maisons délabrées, quelques très belles habitations à l’intérieur (avec colonnes en marbre, mezzanines, de très grands patios), qui ne sont ni des casa particulares, ni des bâtiments historiques. Pour le reste, une bière sur un ponton, un pause dans un café peuplé de jeunes étudiants (ou qui en ont l’air), un dîner sur une terrasse en hauteur face à la baie ponctuent ma journée. Je me crois presque à la maison.

J340 – sam 6/10

Comme prévu, je prends le bus à 6h45, pour Cienfuegos, une ville bâtie par des français, inscrite au Patrimoine de l’Unesco (je me demande pourquoi), au bord de la baie de Jagua. Le bus roule bien (420 km en 7h30, incluant une pause déjeuner) et arrive même un peu en avance. Le trajet passe vite : je finis ma nuit (qui n’a pas été très bonne), avance sur mon journal et lis.  Côté paysage, il n’y a pas de grandes variations mais ça reste joli, toujours bien vert, à l’Irlandaise, avec les cocotiers en plus.

Arrivé à Cienfuegos, je n’ai pas de mal à trouver une auberge. Il y a peu de racoleurs cette fois (je comptais sur eux), mais le premier qui m’aborde m’en propose une proche du terminal et du centre à un prix intéressant. Je le suis. Elle est un peu moins luxueuse que les précédentes mais fait très bien l’affaire.

Je pars directement ensuite faire le tour de la ville. On est samedi mais elle est plutôt déserte. Je vais sur la place principale, longe la baie jusqu’à la pointe Gorda, dans le quartier chic et reviens par des routes parallèles la rue centrale (la Malecon comme à la Havane, qui devient le Prado dans le centre). Je découvre un petit port en retrait dans la Laguna del Cura et aperçois un groupe répéter sur le perron d’une terrasse, plusieurs bars locaux, diffusant tous de la musique assez forte et pas terrible, et quelques très belles demeures coloniales. Comme à La Havane, de beaux bâtiments côtoient des rues délabrées. Par contre je croise peu de touristes.

Une petite sieste puis je retourne au centre, d’abord dans un restaurant plutôt bon conseillé dans mon guide (lui aussi désert à mon arrivée alors qu’il est indiqué qu’il faut s’attendre à faire la queue), puis dans de petites rues plus lointaines. Je voulais réserver un tour pour aller demain dans la montagne mais les agences étaient fermées en fin d’après-midi. On improvisera.

J339 – ven 5/10

Je me rends aujourd’hui à la plage, à Cayo Jutias, une presqu’île isolée à 60 km au nord-ouest de Vinales. J’ai réservé un taxi collectif pour y aller et c’est une Chevrolet rouge  de 1951 qui vient me chercher à la Casa. Il y a 2 couples avec moi, l’un espagnol, l’autre italien. Il nous faut quand même près de 2 heures pour y aller mais la route est jolie et on a plus de 5 heures pour profiter de l’endroit.

La mer est bleue turquoise et la plage, de sable blanc, est peu fréquentée et très belle. Elle est bordée par une mangrove. On est quelques-uns à la longer sur plusieurs km vers le sud, mais rapidement, on choisit tous l’option de progresser dans l’eau, car les sentiers dans la forêt sont infestés de moustiques. J’ai d’ailleurs reçu ce matin un message du ministère m’avertissant qu’il y avait quelques cas de Chikungunya et de Dengue décelés récemment à Cuba, mais, même en se protégeant, il est impossible d’échapper complètement aux piqûres ; ca fait depuis deux moins partie de mon quotidien.

Je ne vais pas jusqu’à la pointe et m’arrête à mi-parcours sur une petite plage, tout seul, pour me baigner. Puis je reviens et déjeune (du riz au fruits de mer et une noix de coco) dans l’un des deux restaurants de la plage centrale. J’explore ensuite rapidement le côté est (quelques locaux y font un barbecue) avant de prendre un bateau pour une séance de snorkeling. Ca ne vaut pas la Polynésie et c’est un peu rapide mais j’y vois de beaux spécimens de poissons colorés et des coraux variés. Pas trop le temps de farnienter, c’est déjà l’heure de rentrer, mais je suis content de l’excursion.

Le soir, je profite du perron de la casa, à la cubaine (sur un rocking chair et cigare à la main), règle quelques affaires, puis vais dîner, cette fois dans un autre restaurant, histoire de changer tout de même. L’ambiance est particulièrement calme dans le centre alors que l’on est vendredi. Je me couche tôt en prévision de mon départ matinal de demain pour Cienfuegos.

J338 – jeu 4/10

Je dois ce matin changer de casa (il y a des réservations). J’en trouve une autre très vite, à 2 pas de l’ancienne, la Casa Zoraida. Elle est tout aussi confortable, voire mieux équipée,  avec une vue moins belle mais pour un tarif inférieur. Je fais une petite halte dans un café où je consulte Internet et trouve à cette occasion une offre d’emploi intéressante dans la Drôme. Eh oui, il me faut maintenant commencer à penser à ma «réinsertion» professionnelle,  le temps de laisser mûrir un nouveau projet. Mais je creuserai cela à mon retour car je compte bien profiter de mon voyage jusqu’au bout.

Je veux louer un scooter mais la seule boutique qui en propose n’en n’a pas (ou ne veut pas m’en louer). Il y a souvent un décalage entre les affichages et la réalité. Je trouve un vélo. Je ne fais pas  énormément de km mais ça me permet d’explorer différents secteurs en une seule journée, sous la thématique des belvédères. Je commence par la Valle del Silencio. Je tente un premier chemin qui s’avère rapidement impraticable. Ensuite je reste sur les routes principales pour éviter toute galère comme hier. Un sentier de randonnée part de la Finca Agroecologica, un peu en hauteur à la sortie de la ville, et a l’air très bien. Je ne l’emprunte que sur une petite partie pour atteindre un superbe belvédère sur une tourelle en bois. Je comprends ici le nom de la vallée ; c’est très calme. Je descends ensuite au bord d’un lac au coeur de la même vallée. Certains se baignent. Je me contente d’y manger. Les excursions équestres s’arrêtent aussi ici pour déjeuner. Par contre, là encore, on se demande pourquoi le bar a un menu ; pratiquement rien n’est disponible.

Une fois repu, je traverse à nouveau la ville pour me rendre de l’autre côté, au Mirador de los Jazmines, le plus connu. C’est un peu sportif (ca monte) mais c’est encore une très belle vue qui m’attend. Puis je reviens sur mes pas pour prendre une autre route en direction du Mural de la Prehistoria, une montagne peinte aux couleurs criardes. Le site en lui-même est original mais pas vraiment beau, par contre la vallée où il est situé est la plus belle que j’ai vu ici (et pourtant il y avait déjà du niveau !). Un peu comme au Vietnam, les mogotes émergeant du sol créent un décor surprenant, rocailleux et verdoyant, ponctué ici et là de petites maisons colorées et de granges en chaume (ou une autre plante de ce type) pour sécher le tabac. Je trouve un nouveau mirador. C’est magnifique.

Histoire de clôturer la visites des principaux  sites repères de Vinales (hormis les nombreuses grottes, plus difficilement accessibles à vélo), je monte à la Finca La Ermita ; un hôtel de grande classe y a une position dominante sur le village et la vallée.

Je termine mes visites en retournant à la Finca Raul Reyes, où j’ai encore le droit à un accueil très chaleureux et où je prends le temps cette fois de découvrir le processus de fabrication des cigares. J’en ramène quelques-un en souvenir.

Enfin le soir, je retourne dans mon petit bar-restaurant attitré (pourquoi  chercher ailleurs quand on a trouvé un lieu idéal), puis à la Casa Culturelle (à l’heure cette fois), où j’assiste à une démonstration de danse puis à un concert. Il y a une bonne ambiance et la piste de danse se remplit rapidement.

J337 – mer 3/10

Je pars donc en randonnée à pieds dans le parc national de Vinales, face à la maison. Il est difficile de trouver des cartes et des indications claires, sans doute pour inciter les voyageurs à faire appel à des guides et à privilégier les excursions à cheval. J’y vais donc un peu au hasard.

Je traverse d’abord la Finca Raul Reyes Posada, un ferme bio (comme beaucoup ici) produisant du tabac, mais aussi, en moindre quantité, du rhum, du café, du piment et du miel. J’y reçois un accueil très sympathique. Elle est située aux pieds des voies d’escalade (ils ont également le matériel nécessaire) mais, en lisant le topoguide, je me rends compte qu’elles sont trop difficiles pour moi. Avec la chaleur, il serait encore moins évident de grimper. J’abandonne donc l’idée et me contente de monter à la Cueva de la Vacha, une grotte que l’on peut traverser.

De l’autre côté, je prends la direction de la Cueva de Palmarito, d’abord à travers champs, puis par des chemins très boueux. J’y trouve un groupe qui va la visiter aussi et un guide nous attend à l’entrée. D’abord un peu réfractaire, je comprends vite son utilité pour trouver le chemin dans le noir. Cette grotte a la particularité d’abriter, dans ses profondeurs, deux piscines naturelles, de 25 et 30 m, dans lesquelles, on peut théoriquement se baigner, mais nous ne le faisons pas. Pour rentrer, je tente une boucle, traversant d’autres finca, mais la randonnée se transforme alors en véritable galère. Je m’enfonce et suis bloqué à plusieurs endroits dans la boue, je glisse et me blesse sur des épineux, je me vois contraint d’escalader des rochers, quand le sentier disparaît, pour rejoindre une route, par laquelle je reviens au village sous la pluie. Bref, ce n’est pas vraiment une partie de plaisir, même si la vue reste superbe tout le long. A cette saison, le cheval est beaucoup plus adapté.

En soirée, je trouve un bar servant d’excellents cocktails pour moins d’un euro. On y mange très bien aussi. Ca deviendra mon bar attitré. J’y rencontre des danois et des belges, tous les 4 francophones. On discute un moment puis je termine la soirée tardivement avec Chloé et Joran (les belges), d’abord sur la place centrale (on est plutôt bien dehors la nuit à Cuba) puis à la Casa de la Cultura, où le concert est malheureusement terminé mais où les gens dansent encore et enfin à la terrasse d’un club.

J336 – mar 2/10

Fini la capitale. Je pars maintenant à la découverte des provinces, en commençant par Vinales et son parc national, l’une des plus belles région de Cuba d’après ce que j’ai lu. J’y vais en bus, avec la compagnie Viazul (la plus fiable et pratiquement la seule pour les touristes), et me rends pour cela à pieds à la gare routière, à 5 km, où j’arrive ruisselant. Il y a plusieurs français dans le bus. Il y en aura d’ailleurs beaucoup à Vinales. Le bus est confortable et met 3h45 pour parcourir les 180 km.

A l’exception d’une petite chaîne montagneuse que j’aperçois au nord, le paysage sur la route est plat mais verdoyant et décoré de palmiers. Il prends une autre dimension à l’approche de Vinales avec de superbes panoramas sur les mogotes (c’est le nom donné aux colline karstiques de cette région) et de belles maisons. Il se met pleuvoir en guise de bienvenue mais l’averse s’arrête à notre arrivée.

A la sortie du bus, c’est l’émeute : les représentantes des Casa particulares (des hébergements chez l’habitant, la solution principale pour dormir) se précipitent sur nous pour nous vendre leur antre. On peut à peine sortir ; c’est un peu oppressant. Je décline les offres et me dirige par moi-même vers la Cafeteral, une casa tenue par des grimpeurs. C’est complet mais je vais chez la voisine à la Cabana Manzana, qui offre l’une des plus belles vue vers le nord.

Vinales est très touristique (9 maisons sur 10 sont des casas particulares) mais très belle et finalement plutôt reposante. On a l’impression de faire un saut dans les années 50. Toutes les maison, colorées, ont un perron avec des rocking chairs. La route est partagée par de vieilles voitures américaines, des bus old fashion, des charrettes à boeufs, des chevaux et, chose étonnante, des scooters électriques. On s’éloigne ici du mode de vie communiste. Il ne faut d’ailleurs pas que je m’habitue au luxe. Je fais le tour du village, pas très grand, pour repérer les bonnes adresses,puis passe la fin de la soirée sur la terrasse de la casa, à admirer les mogotes, les fermiers à cheval et les enfants qui jouent au base-ball. Je mange ensuite du homard (ca fait plusieurs jours que j’en avais envie), en réfléchissant à la randonnée que je pourrais faire demain. Il y a plusieurs possibilités.

J335 – lun 1/10

Je me dirige aujourd’hui de l’autre côté de l’estuaire, à Casablanca, qui abrite le fort Tres Reyes del Morro’s et la forteresse de San Carlos de La Cabaña, et prends pour cela un ferry bien local.

Je commence par monter à la statue de Cristo de La Habana, d’où l’on a une belle vue sur la ville, puis je vais jusqu’à la pointe, au premier fort, plus petit, mais plus beau vu de l’extérieur, et notamment depuis l’autre rive. Il me semble redondant de visiter les deux forts et je choisis le deuxième. Je me contente donc des abords de celui-ci pour admirer la vue sur la mer et la ville. Il renferme le phare et un musée maritime.

Je pénètre ensuite dans la Forteresse de San Carlos de La Cabaña, l’une des plus grandes d’Amérique. Elle présente un musée sur les armes (pas folichon) et un autre retraçant la vie du Che, beaucoup plus intéressant. C’est lui qui a infléchi mon choix du fort et on peut facilement le confondre avec la maison de Che, située près de la statue de Cristo, également ouverte au public. La forteresse peut se visiter aussi le soir, avec une cérémonie de tir au canon. D’abord, je suis un peu déçu ; tout est fermé (même les toilettes) dans l’enceinte des remparts (surmontés de nombreux canons) et on a plus l’impression qu’il s’agit d’un centre administratif, que d’un édifice historique. Certaines parties sont bien restaurées mais d’autres totalement défraîchies. Puis, presque le seul visiteur, je me laisse séduire par la promenade. Je prends mon temps et en profite pour me documenter sur l’histoire de Cuba.

De retour au centre, je visite le musée du Rhum, que je qualifierais de piège à touristes. Le lieu est beau et le guide est sympathique, s’essayant à toutes les langues, mais il donne très peu d’informations sur le processus de fabrication du Rhum, pourtant l’objet principal de la visite. J’y reste donc peu de temps puis déambule à nouveau dans les rues de la ville. Je découvre à cette occasion le quartier chinois (où, paradoxalement, vivent très peu de chinois).

Ça aura encore été une bonne journée de marche. Je me pose un moment dans le hamac de l’auberge, sur le toit, puis vais dîner dans un restaurant prestigieux mais économique, Los Nardos. Le cadre est effectivement digne d’un restaurant étoilé, avec une décoration travaillées, des serveurs en redingote et un pianiste pour l’ambiance. En short et en tongs, je me sens un peu ridicule mais il est populaire (il faut faire la queue pour y rentrer et tout le monde est accepté) et on y mange plutôt bien. Un petit bémol cependant au moment de régler l’addition où l’on tente de me soutirer davantage que ce que je dois. Même détendu, il faut toujours rester vigilant, mais à Cuba, on peut être les deux en même temps.

J334 – dim 30/09

Après un réveil un peu tardif, je continue mon exploration du centre historique de La Havane (la Habana Vieja). Je suis pour cela l’itinéraire conseillé par le Lonely Planet, reliant les places principales et décrivant les édifices. On est dimanche et plusieurs lieux sont fermés mais la balade est agréables et les bâtiments majestueux. Je prends de nombreuses photos et découvre une fonction de mise au point sur mon téléphone qui devrait me permettre d’avoir de plus belles images.

Je commence par la Plaza de la Catedral puis me dirige vers la Plaza de Armas, où sont concentrés plusieurs monuments, dont le Castillo de la Real Fuerza, un fort militaire, et le Palacio de los Capitanes Generales, qui abrite le Museo de la Ciudad, que je visite. Le bâtiment et son cloître central sont superbes mais les salles intérieures plus banales et les objets exposés (mobilier royal, calèches…) m’intéressent moins. Je me rends ensuite, via des rues typiques, à la Plaza San Francisco de Asis puis à la Plaza Viejas, immense, pour terminer. Je me suis arrêté au passage déjeuner dans un endroit qui me semblait un peu moins touristique que les autres. Globalement, le centre historique est magnifique mais, flambant neuf et plutôt luxueux, il me semble en décalage avec le Cuba d’aujourd’hui.

Sur la Plaza Viejas, je rencontre Marie,  une cubaine intéressée par les arts. On discute un moment. Elle me donne quelques conseils et me propose de me faire découvrir d’autres endroits. On commence par l’église orthodoxe et le cimetière attenant, très arboré, avec de simple plaques, indiquant les noms de personnalités qui y sont enterrées. On poursuit par le quartier de la gare, beaucoup plus populaire (le vrai Cuba) et finissons à la Bodeguita del Medio, le café d’Hemingway. On s’était également arrêtés auparavant déguster un Mojito dans un café jouxtant le musée de Rhum, au son d’un concert. Forcément, à la fin, Marie me réclame quelques sous, mais je les lui donne volontiers car elle a été franche,  agréable et de bon conseils et, comme tous les cubains, ses revenus sont très limités.

Une petite pause Internet sur une place (c’est comme cela que ça fonctionne ici pour tout le monde, avec une carte à gratter, sur les places publiques), puis à l’auberge, et je retourne dans le quartier Vedado pour manger. J’y trouve un petit restaurant très agréable.

Finalement, je me suis vite acclimaté, j’apprécie La Havane et j’ai déjà une idée précise de mon programme pour les jours à venir.

J333 – sam 29/09

Je me rends aujourd’hui à Cuba, la dernière étape de mon tour du monde. C’est étrange de se dire cela après onze mois sur les routes. Et c’est un changement de décor radical avec l’Amérique du Sud qui m’attend.

La journée commence par une petite dose de stress. J’ai choisi de prendre le bus pour me rendre à l’aéroport, direct et économique. Le premier est annoncé à 5h30. Je l’attends en réalité 40 minutes, étant déjà un peu court en temps et n’ayant pas d’autres alternatives (plus assez de pesos pour prendre un taxi et pas d’accès à Uber sur mon téléphone). Heureusement, j’ai fait le check in en ligne et il y a peu de monde au comptoir. Je suis également bien content d’avoir tous mes documents imprimés (billet d’avion retour, réservation hébergement), car on me les demande (au passage, l’ambassade ne m’a, elle, rien réclamé). Bref, je suis un peu juste mais j’ai mon avion et le douanier colombien, plutôt agréable, tente de me parler en français ; le stress retombe.

Le voyage est la meilleure façon d’apprendre la géographie ; survolant les îles Caïmans, je sais maintenant où les situer. Je note également un net contraste entre le sud et le nord de l’île de Cuba ; la côte caribéenne est bordée de lagons bleu turquoise paradisiaques alors que le nord, donnant sur le Golf du Mexique, offre un paysage plus marécageux. C’est apparemment une bonne période pour venir à Cuba, certes en fin de saison des pluies, mais moins chaude et beaucoup plus calme en termes d’affluence.

De l’aéroport, il n’y a pas de bus pour aller au centre de La Havane, la capitale. Je partage un taxi semi-officiel avec un autre français, dépité d’avoir raté son avion pour la Colombie. Il me donne quelques informations précieuses. Je trouve facilement l’auberge, le Paradiso hostel backpackers. Elle est très bien située, dans le Havana Central, et plutôt bien équipée pour Cuba (avec eau chaude, climatisation et terrasse sur le toit). Par contre elle est déserte ; nous ne sommes que deux. Moi qui comptais rencontrer d’autres voyageurs pour avoir des conseils, c’est loupé.

Je pars alors découvrir la ville, en direction du centre historique. La juxtaposition du luxe et du délabrement est particulièrement marquante ; d’une rue à l’autre, on change complètement d’univers. Les clichés cubains sont, quant à eux, bien réels : les vieilles voitures américaines aux couleurs éclatantes (des taxis), la musique omniprésente, les boutiques de rationnement. Globalement, on sent vraiment la pauvreté. Je suis accosté à mainte reprises pour diverses propositions, chacun trouvant mille astuces pour compléter ses faibles revenus. L’un de ces guides improvisés, par ailleurs médecin, m’emmène découvrir un lieu de concerts, une sorte de grand cabaret très joli, faisant office de bar en journée. Je décline sa proposition de me faire visiter la ville, car, en ce premier jour, j’ai envie de déambuler à mon rythme, au hasard des rues, et besoin de prendre mes repères. C’est peut-être d’ailleurs ce qui me pousse à déjeuner au Café de Paris, pour me sentir un peu à la maison.

Le plus perturbant est l’utilisation simultanée de deux monnaies, les CUC et les CUP, les deuxièmes, la monnaie nationale, étant réservés aux citoyens cubains. En théorie, on est censé tout pouvoir payer en CUC mais la réalité est plus subtile et l’affichage des prix parfois confus. Je me fais d’ailleurs avoir le soir en payant un sandwich 25 fois sa valeur. Ca me sert de leçon.

Je reviens en longeant la baie, profitant des jours plus longs. Je me trouve finalement plus à l’ouest qu’à Bogota mais j’ai avancé d’une heure. Après une pause à l’auberge, je repars en expédition côté ouest, pour atteindre la place de la révolution. Elle est assez loin et je traverse des rues désertes et sombres. Heureusement Cuba ne connaît pas de problème d’insécurité ; je l’ai lu et on me l’a dit. Par contre, la place en question est un immense square vide, sans aucun intérêt le soir. Je reviens par le quartier Vedado, plus chic et lieu de sortie. J’y trouve une foule, plutôt jeune, agglutinés sur La Rampa et de nombreux stands de nourriture (où je ne peux payer en CUC), en bord de mer. Il y a également une scène extérieure avec des concerts un peu plus loin mais je ne peux y accéder à cause de mon couteau dans mon sac. Je rentre donc à l’auberge, bien fatigué par cette longue journée. Je me donne 3 jours à La Havane pour prendre repères et me documenter.

J332 – ven 28/09

Je consacre la matinée à ma demande de carte touristique pour Cuba ; je me procure pour cela des dollars puis me rends à l’ambassade, toute petite. Ils ne sont pas très aimables avec moi (face à ma piètre maîtrise de l’Espagnol) et me font attendre à l’extérieur, mais je repars avec le cezam 30 minutes plus tard. Le quartier (le quartier rose semble-il) est assez chic et  vivant. Je vais jusqu’au Parque de la 93 puis prends le bus en direction du Parque nacional Enrique Olaya Herrera, très grand, d’où je compte déambuler jusqu’au centre historique.

Je traverse un quartier populaire sur les hauteurs, la Perseverancia, que je trouve très agréable. J’y fais une pause dans un bon petit restaurant puis monte encore pour me rendre au funiculaire desservant le monastère de Monserrate. Je me retrouve sur une avenue déserte et pas vraiment faite pour les piétons, l’Avenida de Los Cerros, mais offrant de beaux points de vue sur la ville. Le sentier pédestre menant au monastère est fermé cet après-midi ; ne voulant pas faire l’aller-retour en funiculaire et ayant déjà aperçu la ville de haut, je renonce à y aller.

Je redescends vers le quartier universitaire, grand et bien situé, et le quartier Las Aguas, apercevant au passage la maison Simon Bolivar. C’est une journée ensoleillée et beaucoup d’étudiants se relaxent dans les squares. Je ne peux pas rentrer dans les universités mais je peux voir chacune dispose de parcs et de patios bien aménagés. Suivant les indications d’un guide, que j’écoute discrètement, je découvre alors les rues les plus animées dans le haut de la Candelaria. Il y a de nombreux bars, déjà bien remplis alors qu’il n’est que 15h, plusieurs fresques murales et des concerts sur une place. Je tombe sous le charme de ces ruelles.

Pour varier les plaisirs, je visite ensuite le musée Botero, où sont exposés essentiellement des tableaux, de Botero mais aussi d’autres nombreux artistes célèbres. J’apprécie vraiment ce musée. Il est situé dans un bel édifice, réunissant plusieurs musées et galeries, dont la Casa de la Moneda, tous gratuits et séparés par des ruelles. Je remonte pour finir les rues commerçantes, noires de monde jusqu’à l’arrêt de bus Museo Nacional, mon point de référence.

J’ai découvert aujourd’hui plusieurs quartiers, tous très différents, et mon regard sur Bogota a totalement changé. On me l’a souvent décrite comme une ville triste et dangereuse ; j’en retiens plutôt le caractère vivant, joliment agencé et verdoyant, du moins pour le centre.

Une drôle de surprise m’attend à l’auberge :  on m’apprend que je dois quitter les lieux, la police les obligeant à fermer temporairement l’établissement pour des raisons administratives. L’un des gérant, un français, est là pour nous expliquer la situation et nous aide à trouver des solutions de remplacement. Ils ont visiblement fait l’objet de dénonciations des hôtels voisins et doivent prouver qu’ils sont en règle. Ils n’est visiblement pas si simple que cela de gérer des affaires en Colombie pour des étrangers. Souhaitant accéder facilement à l’aéroport demain, l’auberge me paie un autre hostel, plus cher, que je trouve à proximité de la ligne de bus, ainsi qu’un taxi pour y aller. Ils s’offrent même une bière.

Situé dans le quartier de la Macarena, le Pit Hostel est plutôt bien. J’y vais avec un anglais, venu à Bogota pour monter un projet d’école multilingue, avec lequel je vais manger. Anticipant les restrictions d’accès à Internet qui m’attendent à Cuba, je règle quelques affaires urgentes, me procure un guide numérique sur ce nouveau pays et vais me coucher pour une courte nuit.

J331 – jeu 27/09

On a avancé plus vite cette nuit mais la fin du trajet, traversant la montagne, semble très long. On n’a même pas le droit à une pause petit-déjeuner et on arrive avec 3h de retard,

Je vais à pieds à l’auberge (environ 4 km), préférant éviter les taxis et ne connaissant pas les transports. Un petit contretemps : l’auberge a dû annuler plusieurs réservations, dont la mienne (je ne comprends pas pourquoi puisqu’elle est à moitié vide. Booking aurait dû m’envoyer un message pour m’avertir mais ne l’a pas fait. Finalement, ils acceptent de me garder mais je dois attendre un peu. L’auberge est toute neuve et confortable.

Une fois installé, je pars en direction du centre historique, la Candelaria, toujours à pieds, histoire de prendre des repères. J’en suis assez loin (6 km), mais je suis dans un quartier central et sûr, près du palais des congrès. Il n’y a pas grand chose à voir entre les deux et ce n’est pas très beau.

Dans le quartier historique, on trouve de grands bâtiments prestigieux, de belles façades, de nombreux musées. J’en fais le tour rapidement car la nuit commence à tomber et il vaut mieux éviter de se balader la nuit à Bogota, sauf dans certains quartiers, puis rentre en bus, un peu au hasard en essayant de m’y retrouver. Le fonctionnement n’en n’est pas simple. Je fais un arrêt dans un cybercafé,  pour imprimer les documents nécessaires à ma demande de visa pour Cuba, mange dans un restaurant mexicain puis rentre me coucher.

J330 – mer 26/09

La journée n’est pas bien passionnante puisqu’elle est pour l’essentiel consacrée au transport. Il me faut me rendre à Bogota, d’où part mon avion samedi pour Cuba. C’est à plus de 1000 km et j’y vais en bus.

Le matin, Margarita me fait, à ma demande, un petit-déjeuner (malgré une pancarte Bed & Breakfast, il n’est pas systématique, ni inclus) et elle me trouve un taxi collectif pour me rendre à Riohacha, à 45 minutes. Je laisse mon sac à la gare routière et pars visiter la ville ; j’ai 4h pour cela.

Riohacha est la porte d’entrée du désert mais on ne l’aperçoit pas depuis le centre. La plage est assez belle, contrairement au reste de la ville. On y trouve quelques établissements pour touristes mais tout semble fermé, comme à Dibulla. Je vois quelques kitesurfeurs ; le coin est réputé pour cela. Je tombe au bout de la plage sur un mini marché au poisson, tenu par les pêcheurs eux-mêmes et sur un quartier plus beau, aux maisons blanches, tel une médina. Le reste de la ville semble  populaire, à l’image du marché, sommaire, que je visite. Il fait très chaud et, ayant visité l’essentiel, je retourne à la gare routière pour attendre le départ.

J’ai un bus confortable et j’ai même le droit à la 1ère classe. Tant mieux car je suis parti pour 18h30. Quelques enfants braillant rompent un peu la quiétude et la climatisation est réglée très basse mais sinon tout va bien. Je perds juste le bus à la pause repas ; il revient 1h après l’heure fixée et la plupart des passagers sont restés dedans.

Côte paysage, le début du parcours est assez plat. On passe d’une végétation  rase (jonchée de détritus) à une forêt plus dense et traversons plusieurs villages. Ensuite vient la nuit, donc il est plus difficile de le décrire, mais d’après le gps, on n’avance pas bien vite.

J329 – mar 25/09

Aujourd’hui, je ne fais rien ; je contemple la mer, je lis, je regarde des vidéos de voyageurs et je me repose. La plage, c’est fait aussi pour cela et ça fait du bien.

Je vais quand même au village pour trouver à manger et admirer les pêcheurs à l’oeuvre (enfin ceux qui travaillent). Beaucoup de lieux sont fermés (il est difficile le soir de trouver un restaurant), beaucoup d’habitants semblent inoccupés et le rythme est très lent.

Je tente également une petite randonnée sur la plage, côté est, mais suis vite bloqué (j’en ai l’habitude) par des falaises. La chaleur (je lis sur la météo une température ressentie de 41°) m’invite davantage à me baigner qu’à trouver un autre sentier. Il y a en bordure de village quelques jolis lodges. Le tourisme serait-il en train de se développer ici ? Une amie de Margarita, venue en repérage, avec laquelle je discute, ouvre elle aussi un nouveau lieu dans le village d’à côté.

Globalement, je suis un peu partagé sur mon séjour à Dibulla. C’est calme et reposant, mais je ne m’y suis pas senti, comme je l’espérais, vivre avec les locaux, qui semblaient m’ignorer. Sans doute faut-il pour cela y rester plus longtemps et y être introduit par quelqu’un. Je me demande d’ailleurs de quoi vivent les habitants, la pêche restant réservée à certains.

J328 – lun 24/09

Après de longues hésitations, j’ai finalement opté pour le village de Dibulla pour ma dernière étape sur la côte caraïbe. Je voulais aller explorer le désert de la Guajira (Cabo de la Vela et Punta Gallinas, l’extrême pointe du continent), visiblement assez remarquable et encore originel, mais je suis un peu court en temps (je prends le bus mercredi pour Bogota) et je préfère ralentir le rythme. Je me rends donc à 30 km de Palomino, dans un village de pêcheurs, peu touristique. Je pars vers midi, trouvant un bus puis un taxi collectif pour faire la route.

Arrivé à Dibulla, je tente l’auberge Mangal, que l’on m’a conseillée, mais elle est fermée pour congés. Heureusement, j’ai d’autres cartes en main et me rends à la  Makarita (tenue par Margarita, une bogotanaise exilée), en bout de village, en bord de la mer. On est plus en mode cabanes-hôtel, avec une pizzeria, mais ça me convient. J’ai le droit à un cabanon stylé, jouxtant la cuisine et donnant directement sur la plage. Par contre j’ai l’impression de toujours rester en dehors de l’établissement, mon seul lien avec l’intérieur étant le comptoir, et il y manque quelques chaises longues.

Le temps que Margarita nettoie la chambre, plutôt poussiéreuse, je vais faire le tour du village, vraiment très calme, et trouver un endroit où manger. Je vois peu de commerces, mais j’ai l’impression que plusieurs, non signalés, sont directement dans les maisons. La plage, tout le long du village, est déserte aussi (ca sent vraiment la saison morte) et plutôt jolie, hormis quelques détritus traînant ça et là.

S’en suit une petite sieste et un bain de mer. Le temps est couvert et pas si chaud et les moustiques insupportables. Je m’aperçois à cette occasion que j’ai égaré ma crème indienne miracle contre les démangeaisons.

Je retourne faire un tour dans le village à la tombée de la nuit (il est plus animé) et reviens, sous la pluie, manger une pizza à l’hôtel, discutant, en anglais, avec Margarita. Curieusement, Internet fonctionne correctement et je passe une grande partie de la soirée les yeux rivés sur mon téléphone, mais bercé par le son des vagues. Le cadre est vraiment reposant.

J327 – dim 23/09

Prenant le rythme de la côte, on se réveille tranquillement aujourd’hui, avant d’entamer une petite randonnée avec Julien, Camille, Maxime et Lena, la fille de la propriétaire. Notre but : un petit coin tranquille au bord du rio pour se baigner. On traverse pour cela le village dans sa partie sud (le village des locaux, plus pauvre, mais avec néanmoins quelques demeures très luxueuses), puis suivons un sentier pénétrant dans la montagne, soit une heure de marche. On partage notre espace avec quelques enfants jouant au bord de l’eau. On apprend plus tard qu’il y a un village à peine plus loin que l’on aurait pu visiter.

Au retour, on assiste à une partie de Tejo, un jeu de palets avec une cible en argile, qui explose quand on vise bien. On revient vers 15h, mangeons dans un restaurant local plutôt chaleureux puis profitons des hamacs de l’auberge ; beaucoup plus simple et petite que la plupart des autres établissements, elle est très conviviale.

A la tombée de le nuit, je me dirige vers la plage, par un autre chemin, entouré de lodges vraiment bien faits (en mode chill out justement). Je prends un verre dans un bar lounge face à la mer puis retrouve à nouveau par hasard Alexandre et Fiona, accompagnés d’un autre couple français, actuellement bénévoles dans une ferme des environs. Je passe la soirée avec eux. Après un apéro sur la plage, on remonte la rue principale sous la pluie et nous arrêtons dans une pizzeria bien locale, où a lieu un petit concert. L’ambiance est très bonne. Alexandre, avec sa personnalité exubérante, y contribue aussi.

En rentrant à l’auberge, je retrouve Julien et Camille, en compagnie d’Hugo, un Argentin que j’avais croisé à Tayrona, faisant la cuisine au feu, comme moi.

On admire, en discutant, l’orage illuminant le ciel (comme tous les soirs) et l’averse torrentielle qui l’accompagne ; c’est cela aussi les tropiques.

J326 – sam 22/09

Je passe ma dernière matinée dans le parc de Tayrona. Je retourne à Canaveral par le sentier des chevaux, plus court, où j’explore le circuit Las Piedras, aménagé dans la forêt jusqu’à la plage. Je ne vois toujours pas d’alligators mais encore des lézards, dont l’un, noir et blanc, mesurant plus d’un mètre. Je n’en reviens pas. Je fais une pause à la plage de Castilletes et à son camping (vraiment mieux que les autres), j’y retrouve même la connexion avec le monde (Internet), puis je retourne à l’entrée du parc, toujours à pieds. J’ai dû faire une dizaine de kilomètres sans trop de relief. J’ai ainsi exploré l’ensemble des sites de l’est du parc. Mon seul regret est de ne pas avoir vu de tortues ; elles viennent pondre sur certaines plages du parc. Apparemment c’est la saison mais ici, en dehors de quelques panneaux, je n’en n’ai pas entendu parler.

De là, je prends le bus pour Palomino, à une quarantaine de kilomètres. J’hésitais avec un petit village de pêcheurs mais je choisis la facilité. J’ai aussi envie de retrouver un peu de confort. Palomino est un village touristique mais qui reste simple, même si beaucoup d’hôtels et de bars sont très travaillés, du point de vue décoration et agencements. Beaucoup y viennent plusieurs jours pour se détendre et pour l’atmosphère hippie. Les activités phares y sont le tubbing sur le rio, la plage et la fête.

Une fois installé à l’auberge, je vais explorer la plage (à un 1/4 d’heure de marche), où je retrouve un couple de français, Alexandre et Fiona, déjà rencontré à deux reprises en Colombie. Je reviens en longeant le rio, qui se jette dans la mer, réfléchissant à ma (mes) dernière étape colombienne. Le temps se raccourcit.

A l’auberge, je rencontre 3 français : Maxime, bénévole et copain de la gérante, elle-même très agréable, Julien et Camille. Il y a également un voyageur colombien  atypique : assez âgé, ayant vécu dans plusieurs pays et qui rigole tout le temps. Sa joie est communicative et nous passons une bonne soirée à échanger des anecdotes. Mais son rire irrite le couple d’allemands, dans la chambre voisine, qui, sans ménagement, nous enferme à l’extérieur,  sur les coups de minuit. Heureusement Julien viendra nous sauver.

J325 – ven 21/09

Qui dit parc naturel, dit randonnée. Je fais une boucle montant au site archéologique El Pueblito. Ce n’est pas très long (une dizaine de km) mais avec la chaleur c’est suffisant. Le site en lui-même n’est pas extraordinaire (de nouvelles huttes en chaume y ont été construites, il n’y a pas de belvédère et les 2 sites sacrés sont fermés au public), mais le sentier pour y accéder est intéressant : on grimpe au milieu de rochers dans la forêt, devant même en escalader certains. Je suis d’ailleurs surpris que certaines partie du parc soient sur-protégées sur les plages et qu’il n’y ait même pas un écriteau donnant quelques consignes pour celui-ci.

Pour y aller, je passe par Cabo San Juan, le lieu le plus fréquenté du parc, avec des plages magnifiques. Un bateau part chaque jour de Taganga (près de Santa Marta) pour venir ici ; je pense que cette  croisière offre de très belles vues sur l’ouest du parc, qui est plus montagneux et beaucoup moins aménagé. Il peut être aussi intéressant de l’explorer à pieds, plusieurs jours, en étant sûr d’avoir les bonnes infos sur les chemins, car ce matin je me suis encore retrouver dans un cul de sac en essayant de longer la plage.

Je redescends par un autre sentier, moins accidenté, menant à la plage naturiste, qui est déserte car déconseillée à la baignade, et me baigne à plusieurs reprises sur le chemin du retour. J’aperçois en route d’énormes criquets dont plusieurs sont morts.

Je reviens assez tôt au camping. Il y a moins de monde aujourd’hui et les moustiques sont plus agressifs. J’y dîne au restaurant (assez basique et cher mais je n’ai pas envie de refaire du feu), puis passe une soirée tranquille. Il y manque quelques hamacs pour se prélasser.

J324 – jeu 20/09

Je pars donc en direction du parc national Tayrona, un peu plus au nord. Le trajet est  assez rapide, avec un changement de bus à Santa Marta ; le premier nous dépose à l’entrée de ville, où passe le second. J’y fais quelques courses car les lieux de ravitaillement sont rares dans le parc. Le  bus nous dépose à l’entrée principale du parc, à Zaino. Beaucoup y vont pour la journée, dont deux irlandais qui étaient avec moi à l’auberge. J’allège mon sac et dépose mes affaires dans un restaurant puis paye mon entrée au parc. Il y a des minibus qui mènent un peu plus loin à Canaveral. Ensuite on ne peut circuler qu’à pieds ou à cheval. De mon côté, je pars à pieds dès le départ et je choisis de me rendre à Arrecifes ; je dormirai au camping Don Pedro.

Après quelques km sur la route, je tente de prendre un chemin longeant la plage mais  les cartes sont fausses et il n’est plus autorisé de passer par là. Je découvre quand même la plage de Canaveral, une petite crique très belle, où je pique-nique. Puis je reviens sur mes pas pour prendre un sentier aménagé très agréable dans la forêt. Le parc a la particularité de mélanger montagne, mer et jungle, avec d’énormes  rochers un peu partout. Du coup le chemin joue aux montagnes russes et l’atmosphère est tropicale (chaude et moite). J’y aperçois de magnifiques singes, des capucins, qui ressemblent à des peluches.

Une fois ma tente installée, je vais découvrir les plages à proximité pour m’y baigner, d’abord à Punta Las Gaviotas, puis à la Piscina, une sorte de lagon, délimité par une barrière de récifs et renfermant une faune spécifique. Je reviens par la plage d’Arrecifes, interdite à la baignade et près de laquelle se nichent des alligators. Je n’en vois pas mais j’ai pu admirer aujourd’hui de nombreux lézards colorés (certains très gros), des grenouilles de toutes tailles, des colonies de fourmis rouges par milliers et plusieurs oiseaux.

La cuisine du camping est assez rudimentaire et je dois me préparer à manger au feu de bois, qui s’avère très difficile à allumer avec l’humidité. J’y rencontre quelques personnes, dont Olivier et Pierre, des français débutant un voyage pour 9 mois avec lesquels je joue aux dés. Quand je tente de me coucher, il fait beaucoup trop chaud dans ma tente ; je dois en ressortir. J’ai également à nouveau quelques problèmes gastriques, probablement à cause de l’eau, pourtant filtrée.

J323 – mer 19/09

Je suis réveillé de bonne heure par la lumière et le bruit des cuisines. Après avoir pris mon petit déjeuner à l’auberge (c’est un peu cher mais tellement pratique et bon), je pars pour une journée de randonnée. Un petit tour du village, puis je prends la direction des cascades de Marinka en suivant la route en terre, croisant quelques motos taxis. Cette partie du chemin n’est pas la plus belle mais les cascades valent le coup d’oeil et je m’y rafraîchis. Je m’attaque ensuite à l’ascension d’un sentier beaucoup plus étroit et peu emprunté pour arriver au belvédère Los Pintos. Il est ombragé mais la chaleur me fait ruisseler. Malheureusement, arrivé en haut, je suis dans les nuages (le temps change très vite à cette saison) et la vue est complètement bouchée. J’y pique-nique puis poursuis mon chemin vers un autre belvédère, le sunset spot, lui aussi bouché, mais j’ai quand même quelques belles vues sur les montagnes végétales en cours de route. Je traverse des bambouseraies et entends quelques oiseaux. J’essaye d’éviter la route. Je me repère à l’aide du gps mais les chemins indiqués sur Mapsme ne correspondent pas à la réalité. Une barrière coupe le chemin, indiquant qu’il s’agit d’une propriété privée mais les gens du village me disent que je peux l’emprunter et les directions y sont fléchées à l’intérieur. Le chemin prend néanmoins fin quelques km plus loin dans la Finca La Victoria, une grande ferme à café, où l’on me confirme gentiment que je n’avais rien à faire ici. Visiblement tout le domaine leur appartient. Je rejoins alors la route pour descendre au Pozo Azul, dernière étape de mon parcours. Apercevant un petit chemin, je tente un raccourci pour d’économiser quelques kilomètres mais je suis reçu par des chiens. J’avais lu à l’auberge que l’on pouvait rencontrer des fermiers sympathiques. Là, c’est tout le contraire : la propriétaire ne retient pas ses chiens et ne daigne même pas ouvrir la bouche pour répondre à mes interrogations. Je fais donc demi-tour mais profite un peu plus tard du Pozo Azul, une succession de cascades et de bassins naturels très harmonieux, pour me baigner. Je rejoins ensuite le village de Minca, que je finis d’explorer, puis remonte à l’auberge pour admirer le coucher du soleil. J’ai parcouru au total plus de 20 km avec 1200 de dénivelé et le parcours était assez plaisant.

Je profite le soir de l’auberge pour me relaxer. Elle est très bien faite pour cela et je n’ai pas envie de redescendre au village. Un petit cocktail en admirant les postures circassiennes du prof de yoga, un peu de lecture dans un hamac, des recherches sur ma prochaine destination, le parc de Tayrona, un bon repas indien, des discussions avec les autres résidents, tel est le programme. Une coupure de courant m’incite à aller me coucher de bonne heure, ce dont j’ai besoin.

J322 – mar 18/09

Je prends ce matin un minibus pour Santa Marta, à 220 km au nord-est. Je vais à la station de bus à pieds et y arrive en nage.

Pour une fois le bus est rapide, du moins sur la première partie, jusqu’à Barranquilla. Ensuite le rythme se ralentit. On longe la côte et traversons de nombreux marécages. Ce n’est qu’arrivés à proximité de Santa Maria que le relief apparaît ; il y a non loin de là  des sommets à plus de 5000 m, ce qui est étonnant si proche de la mer, et la ville elle-même est coupée par des collines.

Je la traverse rapidement, mon sac sur le dos, sans rien voir d’extraordinaire (je ne suis peut-être pas dans les bonnes rues car la ville à bonne réputation). Je ne suis pas sûr d’y revenir. Mon but est de trouver un collectivo pour pour me rendre à Minca, à 20 km dans la montagne à 650 m d’altitude. Mapsme ne m’indique pas les bons endroits mais je finis par trouver et, après un peu d’attente, parviens à quitter la ville pour la montagne, ce dont j’ai grand besoin.

Minca, village écologique, est aussi bien noté par les voyageurs, de même que la Casa Loma, l’auberge-hotel où j’ai choisi de séjourner. Elle est en dehors du village, dans la forêt et il faut monter pour y arriver mais je ne suis pas déçu. J’y parviens au coucher du soleil et la vue depuis la terrasse est magnifique : on aperçoit simultanément la ville, la mer et la montagne sous des couleurs rougeoyantes. Le lieu est assez grand avec plusieurs cabanes. Je choisis l’option hamac, sur une terrasse abritée, où je me retrouve seul cette nuit. Je comptais camper mais on m’en dissuade car on est à la saison des pluies. On a d’ailleurs le droit à de beaux éclairs sur la vallée et quelques averses. Je retrouve aussi mes amis les moustiques.

Souhaitant me poser, je prends le repas à l’auberge : un seul plat au menu, végétarien et plutôt bon. L’ambiance est conviviale. Un grand bol d’air en perspective, sans internet, par choix des propriétaires, pour une déconnection totale.

J321 – lun 17/09

C’est encore une grande marche citadine pour moi aujourd’hui (plus de 15 km), sous le soleil par plus de 30°. C’est un choix ; ça me permet de mieux appréhender la ville.

Je commence par monter au Monastère de la Popa. C’est le point le plus haut de la ville (le reste étant plat), avec une large vue et un joli cloître.

J’ai prévu ensuite de me rendre à la plage Bocagrande, dans le «petit Dubaï». Je traverse pour cela plusieurs quartiers, dont le Manga. Il est censé abriter quelques belles demeures au milieu de tours plus banales, mais elles sont bien cachées et je n’en apprends l’existence qu’à la sortie. Je découvre également dans le centre une magnifique université avec un cloître central très arboré. Je longe la plage jusqu’au bout de la presqu’île (c’est assez long et le sable est brûlant), où je me baigne, louant une petite tente pour me mettre à l’ombre (tout le monde le fait). Cette partie de la plage est un peu moins fréquentée mais les vendeurs ambulants y sont très nombreux. Je reviens par l’artère centrale au milieu des tours, sans grand intérêt, puis flâne à nouveau dans le quartier historique.

J’ai gardé la visite du Castillo San Felipe de Barajas pour la fin de journée, au coucher du soleil et j’ai bien fait : il y a moins de monde, il y fait moins chaud et les couleurs sont plus belles. C’est un fort militaire (il n’est pas de Vauban mais en a le style). On peut se balader dans les nombreuses galeries souterraines et admirer la vue des différentes terrasses et l’architecture des tourelles.

Le soir, je retourne dans le Getsemani, pour y manger. Il est moins animé qu’hier mais tout aussi agréable et je m’y sens aussi plus en confiance avec l’expérience.

J320 – dim 16/09

Le bus arrive pratiquement à l’heure, un peu avant midi, à Carthagènes des Indes. On est plus que 4 en fin de parcours et on a le droit à la visite d’un policier venu nous filmer. Je trouve facilement un bus de ville qui me dépose pas loin de ma nouvelle auberge, Folatun. C’est petit et tout neuf dans un beau bâtiment vert, à côté du Castillo San Felipe de Barajas, donc pas dans le centre historique mais vraiment pas loin (juste un pont à traverser). Juste le temps de m’habituer à la chaleur et d’avaler un morceau, puis je pars à l’assaut de la ville. C’est l’intérêt du bus de nuit : on ne perd pas de journée. Le centre historique est une ville fortifiée (un Saint-Malo latin), très belle et touristique (bien qu’il n’y ait pas trop de monde en ce dimanche), avec des bâtiments historiques, des maisons colorées et des balcons fleuris. Des remparts, on aperçoit la mer tout autour (sans vraiment de plages) et la nouvelle ville, dans le prolongement, sur une presqu’île, avec de grandes tours modernes surplombant elles fois de nombreuses plages : un petit Dubaï. De l’autre côté, la ville ordinaire, pas très belle et finalement assez grande.

Je me lasse vite de la vieille ville (après 10 mois de voyage, je cherche vraiment à m’éloigner de ce genre de sites, qui ne reflètent pas le pays) et trouve par hasard le quartier Getsemani, juste au sud. C’est aussi touristique (toutes les auberges sont ici) mais beaucoup plus populaire (les locaux y habitent aussi) et animé. J’y retourne le soir. C’est la fête sur la place Trinidad : un cours de danse version XXL, des stands pour manger et des milliers de personnes dans la rue.

Fatigué par mon voyage de nuit, je ne rentre pas tard et profite de l’auberge. Du balcon, je vois passer de nombreux Chivas, des bus colorés et ouverts, à l’ancienne, qui sont utilisés ici pour des tours festifs noctambules.

Je fais des recherches pour organiser la suite de mon voyage. Le temps avance (plus que 10 jours en Colombie) et il va falloir faire des choix..

Je suis aussi rattrapé par mon problème de faux billets. Par un tour de passe-passe, le taxi avait réussi à m’en échanger plusieurs. Je ne m’en aperçois que maintenant ; cela me mets dans une situation embarrassante vis à vis de mes interlocuteurs (comme les gérants de l’auberge par exemple) et me mine un peu.

J319 – sam 15/09

Je retourne au centre de la ville pour l’explorer plus en détails dans le cadre  d’un free walking tour. Ça devient une habitude pour moi. On est une vingtaine et la visite dure 3h30. Juan, notre guide, l’anime avec passion et nous donne beaucoup d’informations sur la situation passée et présente de la ville et du pays, au risque de se faire interpeller par des passants car certains sujets sont tabous. Il fait appel à plusieurs métaphores. Lui-même a un passé cinglant (grand-père kidnappé, délogé de son quartier, mort de ses amis, blessures par balles qui l’ont conduit à fuire le pays pendant plusieurs années). Il nous parle franchement des dysfonctionnements mais insiste toujours sur le positif. Si les colombiens ont une telle joie de vivre, c’est aussi en réaction à ce qu’ils ont vécu. Ils souhaitent profiter de la vie et changer l’image de leur pays. La ville elle-même a beaucoup changé avec des zones entièrement réhabilitées. A ce titre, la place San Antonio, qui a connu un attentat meurtrier est plutôt désertée mais assez symbolique, avec les 2 statues identiques de Botero (l’une détruite et l’autre flambant neuve, symbole de renaissance). On trouve d’ailleurs beaucoup de ses sculptures dans Medellin, dont il est originaire. On visite les principales places, on marche dans les rues populaires réputées moyennement sûres mais surtout à cause des pickpockets. Le fait d’avoir vu la série Narcos, même si elle présente un point de vue, m’aide aussi à mieux comprendre l’histoire de cette ville.

Une fois la visite terminée, je continue à me balader dans le centre, souhaitant visiter le Palais de la culture, mais il est fermé. Puis j’en ai assez de la foule et vais à la bibliothèque La Ladera, située dans un parc, dans un quartier calme, non loin du mien. On sent la réhabilitation ici aussi, avec quelques jeunes venant errer à la bibliothèque, comme dans nos quartiers sensibles.

Je découvre ensuite la rue la plus sympathique de mon quartier, près de l’arrêt de tram Buenos Aires, très animée, où je fais une pause dans un bar, puis j’attends tranquillement à l’auberge l’heure de partir prendre le bus de nuit pour Carthagènes, car il pleut. Après une matinée chaude et ensoleillée, on a eu le droit à 2 bonnes averses pendant la visite et une après-midi plutôt couverte. Je constate aussi que c’était aujourd’hui la journée de l’amour et l’amitié, sans trop savoir à quoi cela correspond.

Le bus est confortable et loin d’être complet (on a de la place) mais accueil un peu froid à la gare. C’est parti pour 600 km prévus en 13h30, sachant qu’il faut souvent revoir les horaires à la hausse en Colombie.Il y a des écrans individuels. Je regarde un film en espagnol : El camino del guerrero.

Je suis content de quitter la ville (plus stressante) pour retourner vers la nature, mais je me dis qu’il y a beaucoup à découvrir à Medellin dans ses quartiers populaires.

J318 – ven 14/09

Finalement je revois assez vite mon jugement sur l’auberge, face à la gentillesse d’Alexia, sa propriétaire, qui me donne une foule d’informations en me préparant le petit déjeuner. Je suis aussi content de me retrouver dans un vrai quartier populaire.

Ce sera une journée bien chargée de randonnée urbaine aujourd’hui (je dois parcourir près de 15 km), durant laquelle je découvre des lieux variés.

Je commence par la visite du Musée de la Mémoire, à deux pas. Il n’est pas très grand mais bien fait et relate l’histoire cruelle du pays et les souffrances mais aussi les espérances de ses habitants. Je suis surpris de pouvoir lire en français les panneaux explicatifs. J’en fais rapidement le tour mais ce musée mériterait d’y passer un long moment pour mieux comprendre l’histoire du pays.

Je me dirige ensuite un peu au hasard des rues vers le centre. Il n’est pas vraiment beau mais vivant et grand. Je pousse jusqu’au marché principal Minorita José, un peu à l’écart, dans un quartier où je ne me sens pas très à l’aise. D’une manière générale, je reste sur mes gardes tout le temps, notamment vis à vis des pickpockets, et j’apprends plus tard que l’on nous signifie à leur entrée les quartiers où l’on n’a rien à faire. Je ne reste pas longtemps au marché, qui n’a d’ailleurs pas d’espace dédié à la restauration, ce qui étonnant.

Je traverse ensuite complètement la ville (enfin la partie centrale car Medellin est très grande) pour me rendre au Poblado, le quartier des touristes, histoire d’en tâter  l’atmosphère. Il est plus chic et tranquille mais finalement il y a surtout une place à bars centrale et je vois beaucoup de colombiens dans les rues alentours, où se trouvent les hôtels. Je prends alors le métro puis le télécabine vers le nord pour explorer Santo Domingo, un quartier populaire et très animé sur les hauteurs, pour lequel j’ai un coup de coeur. J’y trouve des points de vue sur la ville et une véritable vie de quartier. Les maisons sont toutes en briques, certaines  en triste état, comme partout sur les hauteurs, et quelques belles fresques décorent les murs. Il y a un deuxième téléphérique menant à un jardin dominant la ville, mais je ne le prends pas car je suis un peu court en temps et le ciel est voilé.

Je reviens sur mes pas pour finir la journée au jardin botanique, où se tient la Fiesta del libro y cultura, un festival, populaire et massivement fréquenté, dédié aux livres. Il est très grand et bien fait, dans un cadre agréable, avec de nombreux stands, des conférences, des projections et même des concerts. J’y vois notamment un concert de Charleston sur la grande scène, avant de rentrer dans mon quartier, totalement détendu cette fois.

J317 – jeu 13/09

Comme prévu, je pars aujourd’hui en randonnée pour la Splendor cueva. J’y vais de bonne heure car il est annoncé de la pluie dès midi et que je compte prendre le bus pour Medellin dans l’après-midi. A l’aller, je prends un sentier traversant les pâturages, plutôt agréable mais très boueux à la fin, et au retour une route qui ne figure pas sur mapsme (peut-être parce qu’elle est privée). Je parcours au total 16 km avec 1000 m de dénivelé.

L’accès à la grotte est interdit seul. Il y avait bien quelques panneaux mais à la finca du haut, çà ne rigole pas : on me demande mon passeport, on me fait payer un droit d’entrée assez cher (incluant une assurance) et la femme qui m’accueille appelle un guide pour venir me chercher et m’offre un verre de jus de mûre en attendant. L’endroit est assez impressionnant : une cascade à fort débit se déversant dans une grotte par un trou supérieur au milieu de la forêt. J’aperçois en hauteur d’énormes fleurs rouges. Un groupe d’enfants est présent ; ils se baignent dans la grotte. Nous en sortons tous sous une grosse averse (j’aurais le droit à une seconde un peu plus tard sur le chemin mais je suis bien équipé). Je pique-nique à la finca avant de repartir. Finalement tout le monde est plutôt sympathique.

Un dernier café sur une terrasse de la  place principale puis je prends le bus à 15h pour Medellin. Une fois de plus, la route est jolie et j’ai 5h30 pour en profiter. J’aperçois notamment une montagne en forme pyramidale parfaite, le cerro Tusa.

Arrivée à Medellin, changement complet de décor, puisqu’il s’agit d’une grosse ville. Ne la connaissant pas, je prends un taxi à l’arrêt officiel pour me rendre à l’auberge, mais je tombe sur un escroc : le compteur  tourne plus vite que d’habitude puis il tente de m’extorquer des billets et finis par m’en rendre des faux (je m’en rends compte plus tard). L’auberge semble elle aussi un peu sommaire et j’ai du mal à comprendre les commentaires si élogieux figurant sur  Booking, où je l’ai réservée. Le quartier n’est pas celui habituel des touristes mais il est assez animé, avec de nombreux bars. Je n’y fais qu’un rapide tour (fatigué et ne sachant pas trop si l’on peut s’y balader sereinement), puis discute avec ma voisine de chambrée, une française, qui me donne quelques infos sur la côte nord et sur Cuba.

J316 – mer 12/09

Alors que je m’apprêtais à aller faire une randonnée, que Thomas m’a conseillée, je rencontre au petit-déjeuner 3 américains, qui ont réservé une sortie canyoning et qui me proposent de venir avec eux. Je ne réfléchis pas longtemps : la randonnée peut être remise à demain, d’autant que le temps s’annonce pluvieux aujourd’hui, et je comptais faire une activité de ce type. Les cascades se comptent par dizaines autour de Jardin.

Je pars donc avec eux pour la Escalera de Cristal, dont nous allons descendre 5 cascades en rappel, encadrés par 3 guides. On s’y rend en jeep. Il fait un peu frais dans l’eau du rio et il y a beaucoup d’attente entre chaque rappel mais le cadre est beau et l’expérience intéressante. On a même le droit à un petit verre de vin au gingembre, produit par l’un des guides, au milieu du parcours. Nous sommes de retour en début d’après-midi et allons déjeuner tous les 4 dans un restaurant local sur les conseils des guides.

Aujourd’hui, je tombe littéralement sous le charme de Jardin, qui a vraiment un esprit villageois, et de ses habitants, dont la plupart sont très avenants. J’ai enfin découvert la Colombie dont on m’a parlé. Si l’on ajoute à cela le décor environnant (des montagnes harmonieuses) et les maisons colorées et variées, on peut vraiment parler d’un petit coin de paradis. Sous le soleil c’est encore mieux et précisément le ciel se dégage dans l’après-midi. Je pars alors pour une courte randonnée, empruntant d’abord le sentier en direction de la cascade Corazon (que je ne trouve pas mais il y en a d’autres), puis montant sur les hauteurs, de l’autres côté du rio, jusqu’à l’arrivée de la Garrucha, un petit téléphérique à l’ancienne, tout en bois. Le point de vue sur le village y est magnifique et ce quartier, très fleuri, abrite de belles maisons et des vergers de bananiers. Je fais une pause dans une guinguette puis redescends à pieds au village. Sur le chemin, j’ai retrouvé pour la 3ème fois les anglais, rencontrés au Chili et à Leticia, qui se baignaient dans le rio.

J’admire en rentrant les terrasses de la place, où les habitants se sont donnés rendez-vous, coiffés pour la plupart de chapeaux et vêtus d’un poncho, profitant du soleil, avant que l’orage n’éclate.

J315 – mar 11/09

On m’avait dit que le trajet de Salento à Jardin n’était pas simple. Finalement, avec les bonnes consignes et un peu de chance, ça se fait plutôt bien, mais c’est très long : Je mets 10h pour parcourir les 200 km, enchaînant 3 bus différents, avec pourtant des connections assez rapides à Pereira et Riosucio. On est plusieurs touristes à faire le trajet complet et je retrouve dans le dernier bus un couple rencontré à l’auberge de Cali. C’est le plus long ; il suit une petite route en terre dans la montagne sur l’essentiel du chemin et doit rouler à 10 km/heure (contrairement au premier qui roulait plutôt vite dans les virages). On voit sur le chemin de nombreux éboulements et sommes bloqués par l’un d’eux un peu avant l’arrivée. Nous attendons une pelleteuse qui vient déblayer le sentier. Ça nous donne l’occasion de discuter entre voyageurs (4 sont français).

Le décor est toujours aussi beau (la montagne, la forêt, les prairies), même encerclés de nuages comme nous le sommes, et nous croisons de nombreuses fincas à café, qui ont une touche exotique avec leurs bananiers.

Jardin est plus grand que je ne me l’imaginais, avec là encore de belles maisons colorées et beaucoup d’activités natures dans les environs. Mais je découvrirai réellement le village de jour demain. Il y quand même moins de touristes qu’à Salento et la place centrale, magnifique, est le lieu central de la vie locale. Ce soir il y a un match de foot Colombie-Argentine, diffusé dans tous les bars, qui sont nombreux.

L’auberge que l’on m’avait conseillée est complète. J’en trouve très vite une autre, avec sans doute un peu moins d’âme, mais toute neuve, confortable et je suis accueilli avec un grand sourire.

J314 – lun 10/09

Tous les matins, nous sommes réveillés tôt par le chant sonore des coqs et d’autres animaux. Aujourd’hui je vais visiter une finca (ferme) à café et me promener le long du rio, en contrebas, à l’ouest de Salento.

Il y a plusieurs fincas dans ce secteur et toutes proposent des visites. Je choisis celle de Don Elias, une petite exploitation familiale et bio et la visite s’avère très intéressante. Je marche une heure pour y aller ; le chemin offre de beaux panoramas.

On visite d’abord les plantations : au milieu des plans de cafés, on trouve de nombreux arbres fruitiers, qui ont chacun leur vertu pour la production. Les bananiers font de l’ombre, du compost et drainent l’eau, les avocatiers la régule quand il y en a trop, les agrumes absorbent les pesticides du voisin, les piments sont dilués et vaporisés comme pesticides… Il y a 2 récoltes par an et 70% de la production est exportée en Italie. Le guide, passionné, nous explique ensuite le processus de fabrication, très simple, et nous enlève quelques idées reçues de la tête. Plus la torréfaction est longue, plus le café semble fort mais en réalité, plus il perd de sa qualité et de ses propriétés. Le Nespresso est, quand à lui, fabriqué en grande partie avec du café de mauvaise qualité. La visite se termine naturellement par une dégustation.

Avec deux françaises et un couple allemand, on traverse ensuite le rio et nous dirigeons par un sentier vers le village de Boquia où nos routes se séparent. Je fais un petit détour par le Puente de la Explanación. Le pont en lui même n’a rien de particulier mais l’endroit est très joli et l’on y trouve plusieurs écolodges bien arrangés. Un petit coin de retraite au calme pour ceux qui veulent se délasser. Je me contente d’y pique-niquer puis me dirige vers la cascade Santa Rita, 3 km plus loin.

Les accès ont été aménagés et il y a en fait plusieurs cascades et une piscine naturelle. Ce n’est pas très impressionnant mais ça reste sauvage et ça me permet de me baigner dans l’eau bien fraîche, avec cette fois encore, des panoramas intéressants sur le sentier. J’ai au total parcouru une quinzaine de km sous le soleil (l’orage annoncé à 15h ne s’est pas présenté) et je prends le bus à la Boquia pour rentrer. Je constate que Salento est effectivement beaucoup plus calme en semaine : les terrasses ont disparu de la place centrale et il y a moins de monde dans les rues.

Le soir, il me faut décider de ma future destination, puisque je compte bouger demain. Je suis assez indécis et la très mauvaise connexion internet de l’auberge ne me permet pas de faire des recherches. Mais en discutant avec d’autres résidents, dont les témoignages concordent, je choisis de me rendre quelques jours à Jardin, ultime étape avant Medellin. L’un d’eux, Thomas, un français, me parle également de Dibulla, un petit village non touristique au nord de la Colombie, à faire absolument. Je n’y manquerai pas.

J313 – dim 9/09

Je profite du beau temps (ça risque de ne pas durer) pour aller visiter la vallée Cocora, prenant une jeep collective pour effectuer les 12 km qui m’en sépare. Ce site montagneux, alternant pâturages et forêts, est connu pour ses nombreux et immenses palmiers (les plus grands atteignent 60 m), qui en font un décor unique. C’est assez touristique mais le site est grand, on ne se marche pas dessus. Je choisis la version longue du parcours (une boucle d’une douzaine de km), qui va jusqu’au parc Acaime. C’est aussi l’entrée du parc national Los Nevados, où je comptais faire un trek de plusieurs jours, projet que je vais devoir abandonner car il n’est pas conseillé de s’y rendre seul et les conditions (chemins boueux, prévisions météo) ne sont pas favorables.

Je commence la boucle par une grande montée (ma montre indique 1000 m de dénivelé mais j’ai du mal à le croire, d’autant qu’elle me situe à une altitude de 9000 m), ponctuée de plusieurs belvédères, au milieu des palmiers puis face au pics du parc national. Le sentier redescend ensuite au bord d’un rio. Acaime est un peu plus loin, obligeant à faire un aller retour, dans la boue. Son intérêt : y voir des colibris. Mais c’est un peu décevant : sur 6 variétés annoncées, on n’en voit qu’une et tous sont regroupés devant le bar, où l’on nous offre gracieusement une boissons avec le prix d’entrée. J’en profite pour pique-niquer.

Le retour s’effectue le long du rio, que nous traversons à plusieurs reprises sur des ponts suspendus.

Je reviens à Salento de bonne heure et en profite pour visiter un peu plus en détails le village, faisant quelques pauses à l’auberge, où vient se nicher un magnifique oiseau peu farouche, un cousin des perroquets. Je monte également au Mirador, offrant une belle vue sur le village et sur la vallée de Cocora, et explore des  quartiers plus excentrés, plus calmes et tout aussi agréables. Le soir, je trouve par hasard un restaurant, l’Etnia, qui s’avère une très bonne adresse. Petit et dirigé d’une main de maître par la cuisinière, derrière le comptoir, il propose une cuisine simple mais pleine de petits plus. Étant moi-même au comptoir, face aux fourneaux, j’ai le droit à quelques attentions particulières.

J312 – sam 8/09

Je quitte le Pacifique aujourd’hui pour rejoindre la montagne, à Salento, à 1850 m d’altitude dans la région du café. Je passe donc une grande partie de la journée dans les transports. On m’a dit qu’ils étaient lents en Colombie, ça se vérifie : il me faut 9h pour parcourir moins de 300 km, enchaînant un bateau et 3 bus. Miraculeusement, il n’a pas plu cette nuit ; le chemin pour rejoindre le port reste praticable. On a le droit à un petit bateau cette fois et la mer est moins agitée. Dans le sens des départ par contre il y a beaucoup de monde. C’est le week-end. J’évite un détour par Cali, comme on me l’avait indiqué, en trouvant un bus pour Armenia, non loin de Salento, où j’ai le droit à un contrôle de passeport, réservé au étrangers. Le paysage sur la route est assez agréable, toujours aussi vert mais ce n’est plus la jungle. On aperçoit la Cordillère à l’est, beaucoup plus élevée celle-ci.

Salento est un très beau village, très touristique mais avec une atmosphère sereine et un environnement montagneux magnifique. Toutes les maisons sont colorées. Il y a des cafés partout, ce qui semble logique. C’est le week-end il y a plus de monde, y compris des colombiens.

J’ai le droit au dernier lit disponible en dortoir dans une auberge que l’on m’a conseillée, l’Estrella sin fronteras. Elle est en plein centre et en même temps un peu isolée, avec un très agréable jardin et un accueil chaleureux des propriétaire (un couple franco-colombien). A conseiller.

Arrivé à 17h, je profite des hamacs (c’est devenu mon élément quotidien en Colombie) puis vais découvrir le centre. Je trouve un restaurant tranquille (il n’y a que l’embarras du choix), pour déguster une truite et un patacon (une galette de banane, frite pour changer), les spécialités du coin, en plus du café et de nombreuses sucreries. Je retrouve alors mon bungalow en bambou et constate que les nuits sont plus fraîches ici.

J311 – ven 7/09

Tout se goupille bien aujourd’hui, même le temps, qui n’est pas très engageant le matin ; la pluie n’a pas cessé de la nuit et ne s’arrête qu’à 11h. Suite à des désistements, je peux finalement garder mon lit ce soir à l’auberge. Un groupe a réservé un tour complet et peu cher (l’auberge à tendance à pratiquer des tarifs un peu élevés pour les excursions) et nous pouvons, une américaine, Mikaela, et moi, nous joindre à eux. Nous partons donc en bateau, au moment où la pluie s’arrête, voir les baleines (il y en a beaucoup ici), au large de Juanchaco. C’est un peu rapide mais nous suivons les allers et venues d’un baleineau, qui exécute un beau saut vertical devant notre bateau. Nous prenons ensuite la direction des cascades Las 3 Marias et Sierpe, au fond du golfe, au décor somptueux, comme un grand lac parsemé d’îlots végétale, sculptés et bien verts.

La première cascade est une suite de vasques bien harmonieuses où l’on peut se baigner. Il y a 3 bateaux en même temps mais on en profite. Une petite expérience amusante : en plongeant dans l’une des vasques et traversant une fenêtre sous marine, on se retrouve dans le golf  plus chaud et salé. On va ensuite de l’autre côté du golf, vers deux cascades très hautes et très élégantes. On s’y baigne également. On termine par une belle plage isolée, bordée de cocotiers et d’autres espèces végétales, de type mangrove. Cette excursion a été une belle expérience improvisée. On y est resté presque 5h.

À mon retour, je croise les françaises qui attendent leur bateau pour partir, avec une australienne avec laquelle on a passé du temps. Elles attendront 1h30 finalement.

Je me fais à manger ; je ne profite sans doute pas assez de la bonne cuisine de l’auberge mais je n’ai pas les mêmes horaires. Un temps de pause dans les hamacs, puis je vais faire un tour au village, faire quelques emplettes et admirer le Pacifique au coucher du soleil. Je rentre avant la nuit complète néanmoins car le chemin est ultra boueux et glissant.

La soirée est tranquille : il y a un feu, des hamacs, un bar, des gens avec lesquels discuter…  tout ce qu’il faut pour se détendre. L’auberge est vraiment très bien pensée.

J310 – jeu 6/09

Il a encore plu cette nuit (c’est coutumier ici), mais le soleil est de retour le matin. Le petit déjeuner n’est servi qu’à 9h et plutôt léger.

Je pars aujourd’hui pour le village La Barra, à 6 km plus au nord. Il me faut commencer par traverser la passe qui mène à Juanchaco à la nage. J’ai prévu des sacs plastiques pour y mettre mon sac et les chaussures, mais ce n’est pas évident. Heureusement, une barque passe par là et transporte mes bagages.

Pour aller à la Barra, après avoir rejoint le village de Ladrilleros (j’aperçois au loin quelques baleines et de nombreux oiseaux), il y a 4 solutions : en bateau (ici on les appelle planchas) par la mer, en bateau par la mangrove (bien que j’ai quelques doutes sur le fait qu’ils le fassent en ce moment), à pieds par la plage (à marée basse seulement), ou à pieds par un chemin boueux dans la forêt. J’y vais par la forêt et reviens par la plage. Les villages sont plutôt sympathiques, bien qu’un peu désertiques, par contre les villageois ne le sont pas trop, contrairement à l’image que l’on m’a dépeinte de la Colombie.

J’arrive assez vite à la Barra, me baigne dans le Pacifique, assez agité, puis vais manger au restaurant Hola Ola, fortement conseillé. J’y mange du poison à la crème de coco, bon mais un peu en-dessous de mes espérances.

Puis je reviens tranquillement par la plage, pratiquement déserte elle aussi. La tâche s’avère plus compliquée que prévue car la marée n’est pas encore assez basse, mais la plage est belle, bordée de falaises couvertes de végétation. On y trouve malheureusement beaucoup de détritus, charriés par la mer.

De retour à Juanchaco, je cherche en vain des fruits (les commerces attendent la plancha de ravitaillement) et obtiens quelques infos sur les tours et les auberges car le Pacifico annonce complet demain. Ils m’ont proposé un hamac mais vu l’humidité et le prix, je cherche une autre solution. Puis je reviens à pieds ; la passe est pratiquement à sec ce soir.

J’attends qu’il fasse bien noir pour aller admirer le plancton luminescent. C’est assez surprenant ; quand on remue l’eau, la mer s’illumine. J’y reste peu de temps car il se remet à pleuvoir ; ce sera à nouveau le déluge ce soir. Le lieu central n’a pas de mur, juste un toit, et l’on sent bien les embruns de l’orage. Mais la soirée est animée. Le patron nous fait déguster des breuvages locaux (des viche et une bière à la coca).

J309 – mer 5/09

Il a plu toute la nuit ; ça s’arrête à 9h, le moment de mon départ. Je vais prendre la brujeta direction Cordoba. En fait, il y a 2 directions, l’autre allant à Zaragoza, plus à l’est, d’où il aurait été plus logique d’arriver. Au passage, brujeta veut dire petite sorcière en espagnol. Je dois l’attendre un peu et, arrivé à Cordoba, je trouve facilement un bus m’amenant à Buenoventura, sur la côte. Il me dépose même près du port, où je me fais escorter, d’abord par 2 jeunes du bus puis par un guide qui m’emmène à un guichet prendre mon billet de bateau. J’aurais normalement  dû le prendre dans une autre agence, qui m’aurait déposé directement à l’hôtel, un peu en retrait, mais je me laisse guider, d’autant que l’on m’a dit que la ville n’était pas très sûre. Je me balade autour du port pour chercher à manger sans aucune appréhension néanmoins. Tout est plus cher ici, à commencer par le bateau. Ce sera aussi le cas à Juanchaco, ma destination, dans le parc national Bahia Malaga, qui, curieusement, n’apparaît que rarement dans les guides.

Le bateau avance vite et heurte assez violemment les vagues. On a tous un gilet de sauvetage. On peut voir de gros oiseaux à long bec se jeter dans l’eau pour pêcher (des pélicans ?) et l’on croise une baleine. Sur les rives, le décor est assez surprenant : des roches lisses et creusées par les vagues (il y a d’ailleurs de nombreuses grottes), coiffées d’une végétation luxuriante.

En arrivant, j’apprends que le bateau poursuit sa route pour aller observer les baleines, mais, n’ayant pas pris l’option, je remets cela à plus tard.

Je fais un rapide tour du village, petit avec des maisons colorées en bois, puis cherche à rejoindre le Pacifico hostel, que m’ont conseillé les françaises à San Cipriano. On s’y rend habituellement en bateau mais il y a aussi un chemin dans la forêt. Il nécessite néanmoins de traverser une passe, à marré basse ou en nageant. J’ai de la chance, des jeunes me font traverser en bateau et font une partie du chemin très boueux avec moi.

L’auberge n’est pas loin et s’avère très bien, du point de vue du cadre comme de l’ambiance. Elle a ouvert il y a un an, est 100% nature, offre tout ce qu’il faut pour se relaxer et propose des dortoirs dans des cabanons au milieu de la forêt, au bord de l’eau. C’est exotique et encore bien sonore. Il faut quand même vérifier son lit et sa moustiquaire avant de se coucher.

Je passe donc ma première après-midi à l’auberge, dans les hamacs, et me baigne sur sa plage, seulement présente à marré basse. J’y mange très bien (des crevettes) et très tôt (le repas est servi à 18h), puis retrouve les françaises, Elodie et Marie, de retour d’excursion.

J308 – mar 4/09

Le village se réveille de bonne heure, même si la fête d’hier s’est terminée très tard (sans moi). Je croise 2 françaises au petit déjeuner qui me donne quelques infos sur la côte Pacifique, où elles vont aujourd’hui. J’irai moi aussi demain, plusieurs me l’ont conseillée.

Le matin, je retourne dans la réserve écologique, explorer tous les chemins que je trouve, sauf un, impraticable à cause de la boue. Il y en a finalement assez peu. Je m’arrête quand je vois un panneau interdisant l’accès aux personnes non autorisées. Je ne pense pas être autorisé. Il y a 5 plages sur le chemin, toutes différentes. Je me baigne sur l’une d’elles, déserte. J’écoute les bruits de la forêt. Je retourne voir les petites cascades. Je ne sais pas où est la grande ; apparemment il faut vraiment un guide pour y aller et probablement des bottes. Je suis surpris de voir qu’ils construisent un pont au milieu de la réserve, enjambant le rio. Il doit y avoir un hameau plus isolé puisqu’il y a déjà un transpondeur pour faire passer les marchandises et l’on voit une maison en construction sur l’autre rive.

Je croise très peu de touristes et quelques villageois, qui travaillent. Ils ne répondent d’ailleurs pas trop à mes bonjours.

Je fais une pause empanadas de crevettes à l’auberge, très bons. J’ai des scrupules à ne faire marcher qu’une boutique mais je m’y sens un peu à la maison. La gérante, sous ses airs de matrone, est plutôt sympathique.

Je loue un pneumatic (une grosse bouée) et remonte le chemin jusqu’à la 5ème plage pour une expédition tubing. C’est l’activité phare ici même si cet après-midi je ne croise que 2 allemands qui le font. Il y a quelques rapides, gentils, et des passages plus calmes, les plus profonds, où il faut pagayer avec les mains. Ce n’est pas extrême mais plaisant. Je mets pas loin de 2 heures à descendre le rio, en prenant mon temps (pour une ½ h de montée par le sentier).

L’orage arrive en soirée et se prolonge dans la nuit. C’est le déluge, une quantité de pluie impressionnante. La côte pacifique, non loin de là, est réputée pour être l’une des régions du monde les plus arrosées. Je me détends, bouquine. Quand je descends, le restaurant est fermé. Avec la pluie le village se met en pause. Ils me font quand même à manger.

J307 – lun 3/09

Je profite encore un peu de l’auberge (un petit café en terrasse), discute avec l’une de ses gérantes, Jami, vraiment adorable, puis prends le bus pour aller à la gare routière, dégustant sur le chemin une limonade à  la canne à sucre.

Je trouve facilement le bus allant à Buenaventua et le chauffeur comprend où il doit me laisser. Le chauffeur conduit un peu vite et brusquement mais on arrive à bon port.

On traverse la Cordillère (en fait elle est partagée en deux : une partie ici et l’autre plus à l’est) puis redescendons dans la jungle. Le bus nous laisse à Cordoba, une jeune française, Orane, et moi. Nous descendons dans le village pour prendre une brujeta, qui nous emmène à San Cipriano, 7 km plus loin. C’est un chariot roulant sur la voie de chemin de fer, avec un banc dessus, propulsée par la roue arrière d’une moto, posée sur le rail. On traverse la jungle comme cela, en se demandant si ça va tenir.

On arrive dans un joli village. On sent que le tourisme s’est développé depuis peu, la région étant contrôlée auparavant par les guérilleros. Mais on est lundi et c’est très calme ; les habitants se reposent du week end très chargé. On trouve une hospedaje facilement, toute repeinte avec de petites chambres à l’étage. C’est rustique mais bien.

On part ensuite avec Orane à la découverte de la réserve. Pour la grande cascade, on nous dit qu’il faut un guide, mais on va par nous-même à la petite, dans la jungle. Elle est moins sonore qu’en Amazonie mais les plantes ont ici une taille plus proéminente. La balade est courte ; on s’arrête sur l’une des plages, un grand espace naturel. Le rio est clair et profond. L’ambiance y est très calme. On voit seulement un groupe de jeunes pêcheurs descendre le cours du rio, harpon à la main, et un couple qui se baigne plus loin.

Au retour, on croise Emerick, un local, qui restera avec nous la soirée. Je fais un tour dans le village. Il y a de nombreux  d’enfants dans les rues. Le village a beaucoup évolué : très pauvre auparavant, on sent une certaine aisance aujourd’hui (tous les habitants sont habillés de neuf) et une tranquillité. À l’auberge, on profite du bar, y mangeons (pratiquement tous les autres lieux sont fermés), et jouons aux cartes avec un allemand-colombien, son fils et l’un de ses amis. Une petite fête s’est organisée sur la terrasse d’à côté. Ça danse (ils dansent tout le temps les colombiens). L’ambiance est plutôt chaude (certains dansent très collés) mais visiblement c’est normal ici et au Brésil.

J306 – dim 2/09

La nuit porte conseil dit-on. Ça a été le cas pour celle-ci. J’ai opté pour faire Pancé dans la journée, ce qui s’est avéré suffisant, et partir demain pour San Ciprian, dormant une nuit de plus à Cali. Il y a juste la météo qui s’annonce pluvieuse. J’ai par ailleurs  donné mon hamac et la moustiquaire à d’autres voyageurs et laissé des livres à l’auberge, ce qui allège mon sac.

On est dimanche et tous les caleños ont choisi de venir se rafraîchir dans le Rio de Pance. Il y a des espaces aménagés tout au long du Rio (des restaurants, des cabanes, des lodges,des piscines) et des vendeurs ambulants un peu partout, mais le rio, très clair et parsemé de piscines et jacuzzis naturels, reste à son état sauvage. Je trouve de mon côté quelques alternatives et passe une très bonne journée, la débutant par la dégustation d’un Obela, une spécialité gourmande très répandue ici, une sorte de sandwich de gaufrettes renfermant fromage, crème de lait et confiture.

Pour y aller, je prends 2 bus de ville (c’est à moins de 20 km), ce qui me donne l’occasion d’en découvrir le fonctionnement. Le 2ème me dépose à La Voragine, 6 km avant le village de Pance, mon objectif. De là, je traverse le rio et prends un chemin montant à la cascade Chorro de Plata. Elle est très belle et il y a moins de monde. Un groupe la descend en rappel. Je m’y baigne. Je poursuis ensuite le sentier jusqu’au village de Pance, parcourant au total une dizaine de km. Ça monte et il fait très chaud, mais le sentier est en partie ombragé, par la forêt. Du haut, on a une belle vue. On voit, entre les collines, la ville de Cali et derrière, tout devient plat. On est en fait au début de la Cordillère, proche de la mer et moins élevée en Colombie.

Je déjeune et me baigne à nouveau au village puis reviens à La Voragine par la route. Il y a quelques très belles maisons et la végétation est bien dense, tropicale. Mais en ce dimanche, c’est embouteillé ; je vais plus vite à pieds.

Beaucoup de choses sont fermées ce soir à Cali, sauf au centre du quartier, où je suis passé hier. Je mange à l’auberge et suis  plus social ce soir, discutant sur la terrasse jusqu’au couvre feu, à 23h.

J305 – sam 1/09

Je veux monter sur l’un des belvédères de la ville ce matin mais le Cristo Rey ne semble pas avoir de sentier pédestre (on me déconseille d’y aller) et le cerro de Las Tres Cruces n’est surveillé que jusqu’à 11h et donc déconseillé également plus tard. Cali à longtemps été une ville dangereuse. Ça s’est arrangé mais il vaut mieux éviter certains lieux à certains moments, comme à beaucoup d’endroits en Amérique du sud, même si j’ai encore peu été confronté à cette situation. La  visibilité étant particulièrement bouchée, je renonce à ce projet et vais visiter les marchés. Je commence par le marché artisanal Loma de la Cruz ; la plupart des échoppes sont fermées (elles ouvrent plutôt le soir) mais le cadre est agréable. Je me rends ensuite au marché alimentaire La Alameda, recommandé par Paul hier. Il est grand, dans un quartier populaire, avec de beaux étals de fruits exotiques et l’on y trouve plusieurs spécialités. J’y mange un rellenas (une sorte de boudin farci) et achète quelques fruits et un dessert à base de canne à sucre (la production principale du pays et de cette région). Je rentre ensuite à l’auberge en faisant un détour pour explorer le centre de mon quartier. Je trouve également une clinique du vêtement où je fais réparer mon sac dont les bretelles étaient complètement décousues (la qualité bolivienne !).

Je fais une longue pause à l’auberge et en profite pour combler les trous de mon journal. Puis je me rends à l’auberge El Viajero, dans l’espoir de me joindre au cours de salsa. Pas de chance, aujourd’hui il était à 17h et non à 19h. Je reviens donc en flânant à niveau dans le quartier San Antonio, plus animé en ce samedi soir, avec quelques spectacles sur les places principales. Je rentre tôt et passe la soirée à faire des recherches, alors que les autres résidents partent tous ensemble faire la fête. ll me faut décider où aller demain et commencer à définir mon parcours pour la suite mais j’avoue me sentir un peu perdu ce soir. J’ai bien 2 options en tête (Pancé, dans les montagnes, ou San Cipriano, un village isolé et peu touristique près de Buenaventura), mais le poids de mon sac (je n’ai pas trouvé de solution idéale pour l’alléger) est un véritable obstacle à ces déambulations. J’éprouve néanmoins le besoin de quitter la ville pour retrouver la nature.

J304 – ven 31/08

Je dois changer l’auberge car il n’y a plus de place en dortoir pour ce soir. Je pensais aller rejoindre mes compagnons d’hier au Viajero hostel, réputé pour ses cours de salsa, mais il est un peu cher. J’en réserve donc un autre qui me semble bien mais qui est un peu plus excentré, dans le quartier Miraflores.

Avant de bouger, je vais découvrir le centre, au hasard des rues. Il n’est pas forcément très beau mais populaire et il y a quand même quelques édifices à voir. Je suis surpris par le grand nombre de SDF, complètement apathiques, allongés dans la rue. J’apprends plus tard que ce sont des indigènes chassés de leur territoire d’origine, et qu’il y en a beaucoup en Colombie. Plus sympathique, il y a de nombreux stands de fruits et de jus dans la rue. Je reviens ensuite au quartier San Antonio, qui est plus chic et semble être l’un des plus agréable de la ville, avec beaucoup de petits restaurant et cafés. Je monte à la colline du même nom puis me ballade dans les rues, avant de récupérer mon sac et de filer à ma nouvelle auberge, la Havana. Elle est grande et plutôt bien faite, avec des hamacs sur le toit. J’y suis bien accueilli.

Une petite sieste puis c’est reparti pour le centre, en passant par un autre chemin. Je vais faire un free walking tour. Paul est notre guide. Il est plutôt dynamique et nous donne beaucoup d’infos sur l’histoire de la ville, la première à revendiquer son indépendance coloniale. Finalement j’ai déjà vu l’ensemble des lieux ce matin, mais avec les explications c’est mieux. On visite les places principales, plusieurs églises (la Ermita, la Merced, la cathédrale) et avons le droit à quelques dégustations, dont le chontaduro, un fruit aphrodisiaque qui se mange avec du sel et du miel. Après le tour, on va boire un coup puis manger avec un petit groupe et Paul. Ils sont tous hispanophone et j’ai du mal à suivre les conversations (je sature même un peu), mais c’est agréable. On aperçoit un incendie sur le chemin, sur la colline Cristo Rey.

J303 – jeu 30/08

Que calor ! Il fait 32° et on transpire pour un rien. Mais je quitte l’Amazonie pour me rendre à Cali.

La matinée, je fais tranquillement mon sac,qui commence à devenir très lourd. Je voulais revendre mon hamac mais je n’ai pas trouvé de voyageur fluvial à l’auberge, assez désertée finalement. Je tenterai si je le peux de m’envoyer un coli en France, ça me fera un souvenir. Je flâne en ville puis prends un tuk tuk pour l’aéroport, qui est en travaux et tout petit. Pas d’autre transport possible pour le reste de la Colombie. Ensuite, rien de spécial ; j’enchaîne tranquillement les 2 avions (comme pour mon vol pour Iquitos, je suis surpris de ne voir que des stewards dans l’avion), avec une escale à Bogota, et arrive à Cali à 19h,où je prends un bus puis un taxi pour me rendre à l’auberge que j’ai réservée. Je fais un rapide tour du quartier, San Antonio, et trouve un petit restaurant bien agréable pour manger, au son de la salsa, pour me mettre dans l’ambiance. Cali est la capitale mondiale de la salsa et il y a de nombreux clubs et cours de danse partout dans la ville. Sur le chemin du retour, je croise le néerlandais rencontré à Iquitos qui m’invite à me joindre à son groupe. On boit un coup puis allons ensemble à la Topa, le plus célèbre club de salsa de la ville. Ce soir, il y a un concert. Il y a une bonne ambiance et je découvre qu’il y a de nombreuses façons différentes de danser la salsa. Pour ma part, il va falloir m’y initier ; j’ai quelques souvenir de l’Equateur mais suis un peu gauche pour la danse en couple. Le concert ne démarre qu’à minuit ; je pars un peu avant la fin.

J302 – mer 29/08

Je dis au revoir ce matin aux autres, qui prennent l’avion pour Bogota, puis part à la recherche d’un loueur de motos (ou de vélos) car j’ai envie aujourd’hui d’explorer le coin de cette façon. La tâche n’est pas aisée mais j’ai le temps et après avoir flâné le long de la rivière, au milieu des maisons en bois sur pilotis, je finis par trouver une petite boutique qui accepte, après quelques hésitations, de me louer un scooter.

Je prends le même chemin qu’hier en bus, vers le nord, car j’y ai vu plusieurs panneaux indiquant des lieux touristiques et l’un de mes objectif est la réserve Mundo Amazonico, située au km 7. De toutes façons il n’y a pas beaucoup de routes et cette zone semble être la plus jolie. J’y suis rapidement et pousse jusqu’au km 11. Je m’aperçois que la plupart des lieux indiqués sont des réserves privées, alliant lodge et parcours découvertes. Je reviens donc à la réserve officielle où l’on me propose un choix entre 5 parcours. Je choisis la jungle. J’y retrouve le couple franco-polonais qui était avec moi sur le bateau et une colombienne parlant plusieurs langues se joint à nous et nous traduit certains propos du guide. La visite n’est pas extraordinaire, par rapport à ce que j’ai déjà vu (on y voit peu d’animaux, hormis 2 mygales que le guide fait sortir de leur trou), mais j’y ai quand même quelques infos (comme la découverte d’un arbre capable de se mouvoir quand le sol devient trop pauvre) et c’est l’occasion d’une balade tranquille.

Je retourne ensuite manger du poisson dans un complexe que j’ai repéré sur la route, au bord d’un étang. J’en profite pour me baigner puis m’abriter d’une grosse averse (elle était prévue par la météo et s’est avérée ponctuelle). En revenant, j’explore quelques chemins perpendiculaires puis traverse Leticia pour me rendre au Brésil (histoire de…). La ville de Tabatinga est collée à Leticia ; on ne voit pas de frontière et l’on peut y circuler sans visa. Les seuls grands changements sont la présence de nombreux drapeaux brésiliens et l’état des routes beaucoup plus délabrées. J’y fais juste un rapide tour, au bord du port, puis au hasard et y déguste un caïne, sorte de glace naturelle que l’on ma conseillé. Comme à Samaipata, je tombe en panne sèche. Rien d’inquiétant puisque je suis en ville et qu’un sympathique motard s’arrête pour m’aider et me rapporte 5 min plus tard un litre d’essence et me l’offre. Il me faudra revenir un jour au Brésil, un grand pays à explorer pendant plusieurs mois.

La nuit tombe. Je ramène le scooter et assiste à nouveau au vol désordonné et sonore des milliers de perroquets sur la place Santander. C’est impressionnant.

J301 – mar 28/08

Mes voisins du moment (les 5 anglais et la luxembourgeoise) ont décidé aujourd’hui d’aller à la plage, au bord du Rio Tacano et je me joins à eux. Je suis réveillé tôt par la lumière et le bruit de la route mais comme le petit déjeuner est servi de bonne heure, ça n’a pas d’importance. On prend notre temps le matin et partons vers midi. On s’arrête sur le chemin grignoter des tampas et des empanadas et faisons un rapide tour au marché, plus rustique que d’habitude. On prend ensuite le bus direction Kilometro 11 (il ne semble pas y avoir de nom de village ici, les repères sont en km, comme à Tahiti). Il nous arrête avant et nous devons marcher 3 km pour rejoindre le village au bout de la route. Il y a de belles et grandes propriétés ici ; le coin semble plutôt aisé. Sur le chemin, on entend de nombreux oiseaux et on croise un beau serpent noir et jaune (moi je ne l’ai pas vu mais je n’étais pas loin et l’ai fait fuir sur mon passage). Au village, on prend au hasard de petits sentiers mais mettons du temps à trouver le Rio. On trouve une petite crique et tentons de nous y baigner. Mais là, catastrophe. En plongeant, Eva (c’est la luxembourgeoise, je ne connais pas son prénom mais ça lui va bien) heurte une pierre ; elle n’a pas trop mal mais sort de l’eau la tête en sang. On revient donc au village et trouvons une moto pour la ramener en ville où elle va à l’hôpital. Elle aura quand même 10 points de suture.

Comme elle repart seule, nous décidons de profiter encore un peu de l’endroit et trouvons un chemin plus rapide nous menant à la plage principale do Rio. Plusieurs locaux sont là, pêchant en buvant de la bière (au passage, les femmes ont l’air plus émancipée ici, je l’avais déjà remarqué sur le bateau) et admirent les plongeons des anglais.

Au retour, le coucher de soleil approchant, nous assistons à une parade visuelle et sonore de magnifiques oiseaux, noirs à la queue jaune, et de quelques perruches ou perroquets. De retour en ville, on entend aussi de nombreux perroquets, place Santander pour leur parade nocturne (elle est connue pour cela).

Le soir, les autres mangent à l’auberge mais je pars, de mon côté, à la recherche d’un petit restaurant bien local. Ma recherche est vaine (il doit y en avoir moins en Colombie et tous sont fermés le soir). Je trouve quand même de quoi manger.

J300 – lun 27/08

Je suis réveillé bien avant 5h, heure d’arrivée du bateau à Santa Rosa, petite île péruvienne face à Leticia, où nous devons débarquer. Finalement nous n’aurons mis qu’un jour et demi. C’est apparemment plus long dans l’autre sens, à contre courant. J’apprends, une fois mes affaires rangées, que j’aurais pu rester tranquillement dans mon hamac, en attendant l’ouverture de la douane.

Là, nouvelle galère dans la série des affaires perdues. Alors que je tente de dormir encore un peu sur un banc du bateau, mon téléphone glisse de ma poche et tombe dans l’Amazone. Encore cette fois, ce n’est pas le matériel qui m’importe le plus mais les contenus et le fait que c’est devenu mon outil principal pour tout. Heureusement, grâce aux sauvegardes automatiques que j’utilise maintenant, je perds seulement les photos du bateau, quelques contacts et quelques jours de ce journal, que je venais juste de mettre à jour et qu’il me faudra rédiger à nouveau de mémoire, plusieurs jours plus tard.

Je ne le prends néanmoins pas trop mal et je rachète un téléphone dans la journée, puis passe la soirée à le configurer.

Entre temps, j’ai suivi les anglais : on a pris un petit déjeuner de poisson à Santa Rosa, puis avons trouvé un bateau pour nous amener à la douane colombienne puis à Leticia. On choisit l’auberge la Casa del  Kurupira, plutôt confortable. Je fais ensuite le tour du centre, plutôt petit. Je n’ai pas vraiment l’impression d’avoir changé de pays, si ce n’est pour la monnaie, mais l’ambiance jungle à sa propre identité et Leticia semble plus riche, du moins le centre.

J299 – dim 26/08

Une nouvelle nuit de 8h en continu dans mon hamac. Je dors définitivement mieux ici qu’à la montagne. Les repas sont fournis aujourd’hui. Au petit-déjeuner nous avons le droit à une boisson aux céréales, un peu visqueuse mais goûtue (une spécialité que j’ai déjà vue dans la rue) et le midi c’est poulet riz patates, un grand classique.

Le bateau fait plusieurs escales, parfois plusieurs dans le même village, mais toutes sont assez courtes. On ne descend d’ailleurs pas du bateau. Il a bien avancé  durant la nuit. Je suis surpris de voir autant de villages le long de l’Amazonie. Une barque va chercher quelques habitants plus isolés. On croise d’autres bateaux comme le nôtre lors des escales.

Les femmes ne portent plus de chapeau ici mais certaines sont voilées. Je suis surpris de voir 2 hommes armés qui font visiblement des rondes sur le bateau.

Une grosse pluie tombe le soir.

Globalement le voyage est très paisible et agréable. Le hamac y contribue ; on se laisse porter, en position allongée, en admirant les rives.

J298 – sam 25/08

C’est la fin de notre bout de route ensemble avec Eugen, qui reprend l’avion aujourd’hui pour Cusco, pour quelques jours, avant de retourner en Allemagne.

Ce matin, une pluie tropicale s’abat sur Iquitos et dure. Je n’ai pas eu le droit au petit-déjeuner, comme prévu. Un loupé de l’auberge visiblement mais sans explication. Quand la pluie se calme, je vais manger au marché du quartier, fais quelques courses pour le bateau puis m’installe dans un cybercafé pour acheter mon billet d’avion pour quitter Leticia. Finalement ce sera Cali. Je ne connais pas cette ville mais elle est bien située et me permettra de remonter tranquillement vers le nord ensuite.

Vient alors l’heure de me rendre au port en tuk tuk. L’heure et le lieu fournis par l’office de tourisme ne sont pas les bons mais je ne suis pas loin et j’ai largement le temps puisque j’arrive 4h avant le départ. J’installe mon hamac sur le pont supérieur, quasiment vide, et prends le soin de cadenasser  mon sac car tout le monde m’a conseillé d’être très vigilant à mes bagages lors de ce voyage. Visiblement les vols sont nombreux. J’ai hésité un instant mais ne prends pas de cabine. Autant vivre l’expérience jusqu’au bout.

Je retrouve un peu plus tard, le groupe d’anglais rencontré à l’auberge de Puerto Natales, qui partait faire le W. Ils sont avec une luxembourgeoise et s’installent près de moi, de même que les 2 autres touristes du bateau, un couple franco-polonais.

Le bateau fait plusieurs arrêts à Iquitos avant d’en partir réellement vers 23h. J’achète de quoi manger à l’un des nombreux vendeurs ambulants sur le bateau puis m’endors rapidement, bercé par les sons de la jungle

J297 – ven 24/08

C’est une nouvelle journée de détente à Iquitos pour Eugen et moi. Après hésitation, j’ai décidé de ne prendre le bateau pour la Colombie que demain. On doit encore changer d’auberge mais y gagnons nettement au niveau de l’ambiance. On part ensuite faire un tour au marché de Belen, où nous dégustons un délicieux poisson grillé et quelques autres spécialités, comme des larves de scarabées cuites et marinées dans l’huile (c’est plutôt bon). Un autochtone s’improvise notre guide (un peu collant au départ mais au final plutôt sympa et désintéressé) et nous emmène visiter le bas Belen, la ville dans la ville, la vraie, populaire, avec ses maisons en bois sur pilotis. À la saison des pluies, elle baigne totalement dans l’eau et l’on se demande comment le bois résiste.

Le soir , on mange dans un restaurant qui nous a été conseillé, le Zorrito (un peu moins bien niveau cuisine que la Blanquita) puis profitons de la cour de l’auberge et discutons avec le propriétaire, très agréable. Jeune, il est originaire de Lima et souhaite en ouvrir une autre là-bas.

J296 – jeu 23/08

J’ai extrêmement bien dormi dans mon hamac, peut-être même trop pour profiter de cet environnement sonore si riche.
Le petit déjeuner avalé, on reprend le chemin du lodge et nous arrêtons plusieurs fois pêcher. Ce matin les prises sont plus nombreuses et plus grosses, enfin pas trop pour moi ; je ne suis pas un grand pêcheur et n’adore pas cela. Curieusement, on rentre beaucoup plus vite que l’on est partis (le sens du courant). On peut encore admirer plusieurs espèces animales, avec lesquelles nous sommes désormais familiers.
On prend le repas au lodge (très bon), discutons un peu avec les autres puis il est l’heure de prendre le chemin du retour. Nous sommes les seuls à rentrer aujourd’hui. On a donc le bateau pour nous deux puis un taxi nous ramène à Iquitos. J’oublie mon porte monnaie dans le taxi mais les gens de l’agence se mobilisent très gentiment et le retrouvent. On trouve quant à nous une nouvelle auberge, assez basique, mais avec une terrasse agréable.

Le soir, on va dans un lieu festif, une sorte de parking avec une scène, sur laquelle se produit un groupe d’une trentaine de musiciens et danseurs (curieusement les filles sont beaucoup moins vêtues que les hommes). Ils jouent (plutôt bien) un medley de Cumbia de façon ininterrompue et entraînent les spectateurs à danser avec eux. Les gens arrivent tard mais sont au final plutôt nombreux. Ce n’est pas forcément ma tasse de thé mais c’est intéressant à regarder. On ne s’éternise pas et passons la fin de soirée tranquillement dans les hamacs, sur la terrasse de l’auberge.

J295 – mer 22/08

Après un petit déjeuner continental (on est dans la jungle mais quand même dans un lodge pour touristes), on part pour une nouvelle marche en forêt. On ne voit pas trop d’animaux si ce n’est encore quelques singes, des oiseaux et d’énormes fourmis.
L’après-midi, on pacte nos affaires pour aller camper. Il nous faut 2 heures en bateau pour rejoindre le grand lac où nous passerons la nuit. Sur le chemin, on fait quelques arrêts pour admirer les animaux. On voit un grand nombre d’oiseaux différents, de tous petits, dont certains très beaux par leur couleurs, comme de très gros, et 2 macaros, de jolis perroquets aux cris puissants. On voit également des paresseux, assis sur des cimes, et de minuscules singes (les plus petits existants). Côté paysages, quelques rizières ponctuent l’itinéraire, mais sinon le paysage reste du même type avec de beaux spécimens d’arbres à plusieurs troncs. Il faut préciser, qu’à la saison des pluies (6 mois dans l’année), le niveau de l’eau est bien plus haut et le bush que nous traversons est totalement recouvert. On installe notre camp (chacun son hamac renfermé dans une toile en guise de moustiquaire), puis reprenons le bateau pour aller pêcher, essentiellement des piranhas ; ils sont voraces mais pas très gros. Après le dîner (des pâtes et nos poissons, le tout cuit au feu de camp), nous repartons de nuit à la recherche d’alligators. On en trouve 2 petits et restons près de 2 heures à la recherches d’autres espèces. La lune éclaire beaucoup et Robert nous explique que l’on en trouve plus par nuit noire.  Les sons sont variés et surprenants. Le chant de certaines grenouilles fait plus penser à un moteur.

J294 – mar 21/08

L’agence doit passer nous prendre à 8h ce matin et on a négocié le petit déjeuner à 7h30 mais visiblement la femme qui s’en occupe à eu des consignes contraires pour ne pas le faire. Comme la voiture a un peu de retard, on a quand même le temps de manger.  On part donc en voiture pour Nauta, à 2h de route. Il y a 2 espagnoles avec nous. De là,on prend un bateau qui nous mène, lui aussi en 2h, au lodge.
Après le repas, plutôt bon, nous partons pour une marche dans la forêt amazonienne, avec notre guide, Robert, et son assistant, Augusto, ainsi que  2 québécois. Ce sera notre groupe pour 2 jours.
On traverse quelques ruisseaux. On voit plusieurs types de singes, tous assez petits et quelques oiseaux. Robert nous explique les vertus médicinales de plusieurs plantes. Il parle bien anglais.
Après le dîner on repart pour une excursion de nuit dans la forêt, à la recherche de bébêtes. On ne croise pas de serpent mais une énorme grenouille et 2 tarentules.
La jungle est assez surprenante par ses sons. Elle ne me semble pas vraiment dangereuse et moins dense que je ne l’imaginais mais on doit quand même faire attention où l’on met les pieds et les mains.
Le lodge est rustique mais confortable. On est une dizaine de visiteurs, pour autant de travailleurs. Les moustiques sont présents toute la journée mais moins virulents que je le pensais. Ils piquent à travers les vêtements mais les démangeaisons passent vite.

Comme dans les autres lodges (il y en a d’autres, plus luxueux, dans les environs), certains viennent ici pour s’essayer à l’Ayahuasca, en présence de Chamans, une médecine / drogue très forte censé nettoyer le corps et l’esprit. C’est le cas pour un seul des résidents. Robert prend le temps de discuter avec nous, pendant les temps morts. Il est très agréable. Il nous explique pratiquer de son côté une autre médecine du même type,  réputée, celle de la grenouille (on utilise la sueur de l’animal).

J293 – lun 20/08

On passe la matinée avec Eugen à rechercher un tour pour aller dans la jungle. Les agences sont nombreuses. Le gérant de l’auberge nous propose ses contacts et nous présente Walter, qui nous  fait une proposition (la plupart des résidents de l’auberge passent par lui). Nous préférons comparer et, après avoir été alpagués de toutes parts mais aussi suivis dans les rues par ceux qui nous avaient amorcés, on se décide pour une agence dont le gérant semblait avoir un discours honnête et qui est bien notée sur internet. Curieusement, à partir de ce moment là, on ne nous abordera plus. Le bouche à oreille semble bien fonctionner. Le gérant de l’auberge lui aussi est déjà au courant et change radicalement de comportement à notre égard, devenant beaucoup plus distant ; il n’aura pas sa commission, nous devenons moins intéressants. C’est aussi amusant de voir Eugen négocier et interpréter les signes comportementaux de ses interlocuteurs.
Le temps de manger au marché (du bon poisson) et de régler quelques détails (Eugen a perdu sa CB dans un distributeur et tente de la retrouver), on arrive vite en fin d’après midi. On va visiter le musée Ayapua, avec Beth, une anglaise de l’auberge. Le musée est un bateau à vapeur, qui a toute une histoire et dont a été fait un film. Ce n’est pas très grand mais on y trouve des informations variées sur l’histoire d’Iquitos, la conquête de l’Amazonie et sur la navigation.
Au retour on fait une rapide incursion dans Belen, le quartier situé en contrebas le long de l’Amazone, avec des maisons flottantes. Il n’est pas trop conseillé de s’y rendre seul mais nous sommes 3 et nous contentons de la rue principale. C’est un quartier pauvre et le décalage entre c’est deux monde (en haut et en bas de l’escalier) est assez intriguant.
Le soir, on part avec 2 autres allemands (il y en a beaucoup ici) manger au restaurant Blanquita ; la cuisine y est assez fine.

J292 – dim 19/08

On a décidé avec Eugen de prendre le bateau pour aller visiter l’île des singes mais arrivé à l’embarcadère, la tâche s’avère difficile : l’île est assez loin et l’on ne trouve pas de bateau collectif a cette heure là. On nous propose moult tours mais on choisit de prendre un le seul collectivo partant a ce moment là. Il se rend au village de Santa Maria de Ojeal, où nous parvenons après une heure de navigation sur l’Amazone. Tout est très calme et paisible ici. On prend des chemins un peu au hasard, nous enfonçant dans la forêt luxuriante. On entend beaucoup d’oiseaux. On prends ensuite un sentier un peu plus large et plus emprunté, avec plusieurs ponts. C’est la saison sèche ; tous les cours d’eau sont à sec ; a d’autre périodes, le décor doit être complètement différent comme en témoigne les maisons sur pilotis. Le sentier nous mène au village de San Juan de Sinchicuy. Il y a un tournoi de foot, malgré la forte chaleur, et tout le monde est ici. On discute avec quelques villageois dont l’un nous invite à revenir dormir chez lui. On revient ensuite à Santa Maria pour reprendre le bateau.il y a visiblement un sentier pour revenir à pieds vers Iquitos en 3h mais, vu l’heure, on n’a pas tenté. Pour le bateau la tâche s’avère plus difficile que prévu. On nous annonce un dernier colectivo que nous attendons 2 bonnes heures (on en profite pour nous baigner dans la rivière)  et au final on nous dit qu’il n’y en a pas. Il nous faut alors négocier sérieusement pour en avoir un. Au final, on a un peu l’impression de payer pour les autres, mais après encore un peu d’attente, on arrive à rentrer, de nuit. On a testé plusieurs spécialités culinaires tout au long de la journée, et finissons dans un restaurant chino-péruvien.
En prévision de mon périple en bateau pour rejoindre la Colombie, j’achète un hamac à l’un des Néerlandais, qui a fait le trajet dans l’autre sens.

J291 – sam 18/08

C’est un changement radical de décor qui m’attend à Iquitos ; j’ai l’impression de changer de pays. Je prends l’avion de bon heure mais il a 1h30 de retard. Du ciel, on voit que l’on passe très vite de la montagne à l’Amazonie, mon nouveau terrain de jeu. J’arrive sous une chaleur de plus de 30 degrés. Prenant un tuk tuk (ici on appelle  cela un motorbike taxi), je me rends à l’auberge Flying Dog, plutôt agréable et bien située. Prenant comme prétexte de faire le tour des autres auberges repérées, je me promène dans plusieurs coins de la ville en attendant le check in, en commençant par le marché de Belen. Tout a l’air calme ici, en dehors des tuk tuks et motos, assez nombreux. Les gens vivent plus à l’extérieur mais à cette heure là, ils sont reclus à l’ombre. Je ne croise aucun touriste avant d’arriver dans le petit quartier qui leur est dédié, au bord de l’Amazone. Là, c’est un peu différents ; les restaurants sont beaucoup plus chers et on se fait alpaguer par les tuk tuks et les agences. A l’auberge, je rencontre plusieurs personnes dont 2 allemands et 2 néerlandais, avec lesquels je passe la soirée à jouer au yams puis dans un restaurant, touristique mais bien. Je teste l’alligator ; ça ressemble un peu à du poulet. J’obtiens déjà pas mal d’informations pour organiser mon séjour ici. J’ai aussi rencontré Eugen, un autre allemand, avec lequel je vais  passer les jours à venir. J’ai pris le dortoir sans clim mais je dors très bien.

J290 – ven 17/08

Une nouvelle journée de repos et de dégustations, en attendant mon vol de demain pour Iquitos, au nord de Pérou, côté Amazonie.
J’explore un peu plus en détail les quartiers San Cristobal et San Blas, sur les hauteurs derrière la Plaza de Armas. Ce sont des quartiers un peu bobos mais très agréables, tout en étages. La plupart des maisons y sont blanches avec des portes bleues et on y trouve de très nombreux cafés et restaurants végétariens. Pour ma part c’est au marché que je me fais plaisir, avec d’abord un énorme jus de fruits frais puis à midi un délicieux falafel, très copieux lui aussi. Je passe aussi un peu plus bas par l’avenue Tullumayu qui, curieusement, encastrée dans les quartiers chics, reste beaucoup plus populaire ; plusieurs restaurants y servent des menus à 3,50 soles (moins d’1 euro), ce que je n’ai encore vu nul part.
L’après-midi il commence à pleuvoir et je me réfugie dans un cybercafé (ou plus exactement dans deux successifs, le matériel étant vraiment trop désuet dans le premier et l’ambiance bruyante). Je passe la fin de l’après-midi dans le patio de l’auberge puis retourne au petit restaurant à arcades que j’avais découvert la semaine dernière avec un menu assez fin pour 10 soles, mais cette fois je suis à l’intérieur ; la décoration y est très travaillée aussi.

J289 – jeu 16/08

C’est une longue journée aujourd’hui puisqu’elle démarre à 2h30 (je suis même réveillé avant). À peine sortis du lit, avec mes 2 compagnons de chambrée (David, un autrichien, et Beget, un brésilien), on saute dans le camion qui nous emmène à la montagne colorée. On a un peu l’impression d’êtres des réfugiés : on est tous entassés par terre, dans le noir. Mais tout le monde à l’air de bonne humeur et plusieurs ont prévu leur botte de paille empactée, pour plus de confort. On a un peu de mal à comprendre où ils vont si tôt, mais leur destination s’avérant la même que la nôtre, on imagine qu’ils viennent travailler sur le site, qui accueille de très nombreux touristes. On arrive vers 4h30 mais on nous dit d’attendre un peu (l’ouverture du site ?). On pend donc notre petit déjeuner dans le camion et, à 5h, on décide par nous-mêmes d’y aller. Il fait noir et frais mais le chemin est bien visible. Arrivés au contrôle, un homme allume la cahute (dans laquelle  il a visiblement dormi) pour nous vendre les tickets, les yeux encore mi-clos.
Il y a 5 km pour aller au belvédère du site et ça monte un peu. Je ne sais pourquoi, ça me semble un peu plus difficile que d’habitude : peut-être le manque de soleil et l’altitude, car on est à nouveau à 5000 m. C’est encore plus difficile pour Beget, qui fait aujourd’hui l’un de ses premiers treks.
On est seuls sur le site pour découvrir ce phénomène étonnant de la nature qui se découvre à nous petit à petit. C’est agréable. Le site n’est pas très grand et le ciel se couvre brutalement quand on arrive au point central, masquant un peu l’éclat des couleurs, mais le décor est effectivement surprenant. De là, on continue un peu plus loin pour découvrir la Valle Rojo,un massif d’un rouge vif  intense, puis l’on décide de continuer la randonnée par un autre chemin pour rentrer, plutôt que de nous mêler à la foule qui commence à arriver. Nous avons 13 km à parcourir et encore du dénivelé, nous perdons le chemin à plusieurs reprises, mais nous sommes tranquilles et voyons là encore des paysages assez étonnants. Nous croisons de nombreux alpacas dont la plupart semblent à l’état sauvage. Nous arrivons à la route plutôt contents et trouvons un très vite une voiture pour nous ramener à Pitumarca. On déjeune ensemble à l’auberge, puis prenons chacun nos bus, eux pour Punto et moi pour Cusco. Ça fait bizarre de retrouver la ville. Il y a des festivités (des défilés un peu partout) mais je suis trop fatigué pour m’y attarder. Je découvre ma nouvelle auberge, la Blacky Hostel ; elle n’est pas mal mais l’autre avait un côté plus familial. Je sors manger et prendre un Pisco Sour dans un bar (j’en avais envie depuis longtemps), mais je ne m’éternise pas.

J288 – mer 15/08

Curieusement, alors que l’auberge est plutôt confortable, je n’ai pas très bien dormi ces deux dernières nuits. Ce n’est pas bien grave. Je prends mon temps pour me lever et préparer mes bagages, depose mon sac à la nouvelle auberge, puis file en direction de la montagne colorée, la Winincunka.
J’ai choisi de la faire par moi-même, sans agence, et suis cette fois encore les conseils très précis de Morgane et Sylvain. Je prends un bus direction Sicuani, au sud-est de Cusco,  et m’arrête à Checacupa. Sur la route, je retrouve des montagnes plus arrondies, à la végétation  rase et aux teintes  rosées. Je decline les offres des taxis à l’arrêt de bus et me rends à la Plaza de Armas, où je trouve un collectivo pour Pitumarca. Je m’octroie une pause pique-nique entre les deux et fais le tour du village, plutôt joli et qui  a lui aussi ses édifices Incas. Au final, cela me prend 3h et me coûte seulement 8 soles pour plus de 100 km.
Arrivé à Pitumarca, je me rends à l’auberge Miski Punuy (après le pont sur la gauche tout en haut du village), accompagné sur le chemin par un papy avec qui je discute ; elle est bon marché et juste à côté du départ des camions qui partent le matin (à 3h) en direction de Winincunka.
Je me promène ensuite dans le village et en dehors, admirant les montagnes. Je peux voir un site archéologique sur les hauteurs,le Matchupitumarca (qui n’apparaît même pas sur la carte) et je suis agréablement surpris par le bonjour que m’adressent de bon cœur tous les villageois que je croise. Le rythme de vie a l’air assez tranquille ici et je peux davantage l’apprécier que si j’étais venu avec un tour.  Je mange à l’auberge et me couche à 20h.

J287 – mar 14/08

C’est une journée repos aujourd’hui, une vraie cette fois. J’ai quelques impératifs techniques à régler mais je prends mon temps et ça fait du bien. Du coup, j’ai un peu moins de choses à raconter. Je skype,  passe pas mal de temps dans un cyber café, pour régler mes soucis de billets d’avion (car j’ai décidé d’annuler mon escale en Amérique Centrale, suite aux problèmes survenus au Nicaragua, ce qui me permettra de profiter davantage de la Colombie) et mettre à jour le blog. Je glane quelques informations sur la montagne colorée, où je pars demain, et Iquitos, où je m’envole  samedi, et réserve une nouvelle auberge pour mes derniers jours à Cusco, histoire de changer. Je me promène dans les rues en journée et le soir (pour n sonder  l’animation) et m’octroie quelques plaisirs gustatifs. La journée passe plutôt vite.

J286 – lun 13/08

Je suis réveillé à 4h30, ravi, par la gérante du camping qui vient me réclamer le prix de l’emplacement.
Sous les conseils de Morgane et Sylvain, j’ai décidé de rentrer à Cusco par un itinéraire alternatif, rajoutant une journée de marche à mon périple pitchuien. J’aurais normalement du retourner à Hydroelectrica pour prendre un bus. Là, je suis encore la voie ferrée mais dans l’autre sens jusqu’à Piskacucho. Parti pour faire 17 km (j’avais quand même des doutes), j’en fais finalement 32 à une allure assez vive, mais le chemin n’est pas trop difficile. La voie ferrée longe le Rio Urabamba, très large et d’une force impressionnante, faisant des boucles entre les pics montagneux, élevés, raides et verdoyants, me rappelant un peu l’Asie. Je croise très peu de monde et la voie est curieusement mieux aménagée pour les piétons que celle venant d’Hydroelectrica, à l’exception de quelques parties m’obligeant notamment à traverser des tunnels. La ligne n’est que touristique (alors qu’elle pourrait servir aux petits villages enclavés sur le parcours) mais les trains sont assez nombreux (j’en vois un passer tous les 1/4 d’heure). Je croise plusieurs ruines Incas, dont certaines en très bon état. Le fameux trail des Incas (réservé aux touristes très fortunés) passe d’ailleurs juste de l’autre côté du Rio en début de parcours. Je longe la voie pendant 4 heures puis le chemin s’en éloigne, jouant aux montagnes russes à la fin. Le midi, alors que je m’arrête pour pique-niquer dans un village qui n’apparaît même pas sûr la carte (le GPS a d’ailleurs beaucoup de mal a me repérer aujourd’hui et Mapsme ne connait pas les chemins), trois rangers viennent me voir pour le dire que je n’ai pas le droit de fumer puis pour le parler foot.
Arrivée à Piskacucho, je prends un minibus pour Ollantaytambo (ça me donne l’occasion d’avoir un aperçu de ce village que je n’ai pu visiter, très touristique mais plutôt joli), où j’en trouve un autre pour Cusco. Je me fais déposer près de l’auberge où je retrouve mes affaires et mes repères, une bonne douche et un lit moelleux.

J285 – Dim 12/08

Étape obligée d’un voyage au Pérou, c’est maintenant le moment de visiter le Matchu Pitchu. Il me faut 1h30 pour me rendre au village du même nom, en continuant à longer les rails. Parfois, on est même obligé de marcher dessus malgré les panneaux l’interdisant. C’est étrange qu’ils n’aient pas fait un vrai chemin vu le nombre de personnes qui l’empruntent chaque jour. Il fait beau et le paysage est joli, le long de la rivière, entourée de ces hauts pics qui ressemblent un peu aux pains de sucre asiatiques. Là, on me renvoie à Aguas Calientes, 2 km plus loin, pour acheter mon billet. J’en ai un dans problème pour l’après-midi. Je reviens sur mes pas pour m’installer au camping municipal puis entame l’ascension de 400 m pour arriver à l’entrée principale avant midi. Beaucoup s’y rendent en bus et sont déjà présents à mon arrivée. J’avale mon pique-nique rapidement puis pénètre sur le site. Il faut commencer par le haut sous peine de ne pas pouvoir y accéder par la suite. On avance tous en enfilade mais l’intérêt, comme le site vient de réouvrir suite à la session du matin, c’est qu’il n’y a pas grand monde en bas, ce qui est beaucoup mieux pour les photos. Chacun y va de son plus beau selfie. Moi je m’éloigne vite de la foule en allant voir le pont Incas situé encore plus loin et retrouve les bouchons en revenant. Ce qui est surprenant, c’est qu’il n’y a aucun panneau d’explication. Je tends l’oreille pour attraper quelques informations des guides, très nombreux. Globalement, le site est très joli et en excellent état. Sa situation, en hauteur, dans une vallée recluse, en fait tout son attrait je trouve. Côté architecture, à force de voir des monuments Incas, il est difficile de les classifier mais les styles et techniques  employées sont plutôt variés ici.
Je suis de retour a 15h. Je prends mon temps puis vais aux thermes dans la ville hyper touristique d’Aguas Calientes (les prix ici sont pour la plupart supérieurs à ceux de nos pays). Il y a beaucoup de monde là encore ; on est loin du calme des thermes germaniques mais ça fait du bien.
J’ai recroisé lors de mon ascension les étudiants avec lesquels je suis monté au Huyana Potosi. Par contre je suis surpris de ne pas retrouver mes autres compagnons de trek ce soir au camping. Je discute avec un couple de français, Morgane et Sylvain, en voyage pour 2 ans, qui me donnent quelques bons conseils sur les alentours pour la suite.

J284 – sam 11/08

Une très bonne journée de trek aujourd’hui. Je fais deux étapes en une : 30 km avec 1200 m d’ascension et 2200 m de descente. Il fait beau jusqu’au soir où les orages arrivent. Le chemin de Chawllaypampa à La Playa est très agréable, suivant le Rio, alternant petites montées et descentes, ponctué de nombreuses cascades et de belles aires de repos. Je décide ensuite de prendre le chemin Incas menant à Hidroelectrica via Llactapata, avec des ruines en son sommet. Ça grimpe dur avant de redescendre mais les vues sont magnifiques sur des montagnes pointues et bien vertes. Je fais un bout de chemin avec Julien, un français faisant la même étape que moi, et Rémy me rejoint à deux reprises mais doit attendre ses 2 compagnons de route, beaucoup plus lents. On traverse une culture de café ; je ne résiste pas à faire une pause dans un camping (celui où s’arrêtent les autres pour la nuit) pour y goûter (il a un petit goût d’agrumes) et le propriétaire nous offre des bananes frites et de l’avocat. Au sommet de la montée l’après-midi, l’orage arrive. Je passe miraculeusement entre les gouttes, faisant une pause sous un abri lors de la première averse et parvenant de justesse à un camping, un peu après Hidroelectrica, juste avant les grandes eaux. Pour y arriver, je longe la voie ferrée, direction Aguas Calientes, éclairé de ma frontale car il fait déjà nuit. J’avais trouvé un premier « camping »  un peu trop sommaire ; j’ai préféré poursuivre et j’ai bien fait car le propriétaire me propose un espace bien au sec sur la terrasse de son restaurant. J’ai le droit à une douche (froide mais bien agréable après cette longue journée) et à un très bon accueil. Les autres invitées de cette journée étaient des mouches pernicieuses qui piquent sans que l’on s’en aperçoive et qui laissent de belles marques sur mes chevilles. Je suis maintenant près du Matchu Pitchu où je vais tenter de me rendre demain, si le temps le permet et si je peux obtenir un billet d’entrée.

J283 – ven 10/08

Ça va beaucoup mieux à mon réveil et c’est tant mieux car je me voyais déjà rebrousser chemin. Je pars à 8h, seul car on n’a pas le même rythme avec Clara ou les français. Il me faut d’abord remonter 700 m jusqu’au col de Salkantay. Je sens bien le poids du sac (environ 12 kg je pense) mais ça va, d’autant qu’ensuite ce n’est que de la descente. Le ciel est voilé mais j´aperçois quand même le paysage de haute montagne qui m´entoure, avec d’énormes rochers reposant sur le sol. Je fais une pause déjeuner à Huayracmackay, à l’abri car il commence à pleuvoir. S’en suit une descente un peu pénible sous le déluge ; la vue, censée être magnifique (on retrouve la végétation luxuriante), est complètement bouchée et le sentier s’est transformé en un torrent de boue. J’arrive trempé (moi et mes affaires) à Chawllaypampa, où je trouve un camping avec de petits abris en paille. Heureusement la pluie s’est arrêtée et je parviens, en partie, à faire sécher mes affaires. Je pensais initialement aller plus loin mais il faut savoir s’adapter aux conditions.
La plupart des randonneurs font le trek en groupes, via des agences. Il y en a   mais je dépasse tout le monde et me retrouve seul l’après-midi. Je croise plusieurs troupeaux d’ânes (de la taille de chevaux mais avec de grandes oreilles), les porteurs des groupes qui reviennent à vide, ainsi qu’un colibri. Je mange tôt, tant qu’il fait jour et me couche encore de bonne heure, après avoir pris une bière avec les français qui sont arrivés 5h après moi.

J282 – jeu 9/08

C’est parti pour le fameux Salkantay trek et le Matchu Pitchu. Je me lève a 5h, sans trop avoir dormi et avec un mal au ventre qui va me tenir toute la journée. Il m’est plus difficile aujourd’hui de trouver un collectivo, mais après un peu d’attente, je finis par trouver une voiture qui m’amène à Mollepata, la ville de départ du trek, du moins en théorie car la plupart des agences emmènent directement sur les randonneurs à Soraypampa, où ils explorent le premier jour l’Humantay Laguna. De mon côté, je ne sais trop par où commencer et je finis par négocier un taxi, avec Clara (une singapourienne), qui nous amène a mi-chemin, le début n’étant pas très intéressant. Vu mon état, les 10km en montée sont largement suffisants et j’esquive le lac pour le reposer sous la tente. Je ne mange d’ailleurs rien de la journée et dors pas loin de 12h la nuit.
Je retrouve par hasard les trois  francais avec lesquels j´ai visité le canyon de Torotoro. On va se suivre.
Côté paysages, c’est assez surprenant : la haute montagne jouxte avec des forêts très luxuriantes. C’est d’ailleurs tout l’intérêt de ce trek ; comme pour  celui de Choro, près de La Paz, que je n’ai pas pu faire, on descend de la montagne vers la jungle.

J281 – mer 8/08

Je repars pour la Vallée Sacrée pour visiter les Salineras de Maras, Moray et Chinchero (que je n’aurais finalement pas le temps de faire). J’ai rendez-vous avec Albert mais ne le vois pas. J’apprends plus tard qu’il était là (enfin sans doute à l’autre station de collectivos) et que lui a eu le temps de tout faire, même Ollantaytambo. Je ne sais pas comment.
Je commence par les salines. J’ai un bus sans problème pour Urabamba mais il me faut marcher 7 km pour rejoindre le site. Il est assez surprenant et toujours en activité. J’y arrive par le bon côté, le plus tranquille. Je m’en rends compte quand je vois une horde de touristes à l’entrée principale. Je me dirige ensuite vers Moray, des terrasses en amphithéâtre, où les Incas tiraient profit des différents niveaux pour une culture « raisonnée ». Le gardien des salines me dit que c’est a 45 min, mais en fait il n’y a pas vraiment de chemins et je mets 2h en coupant à travers champs et monts. Je rejoins ensuite la ville de Maras où je trouve un bus pour rentrer. Le soir, j’ai pas mal de préparatifs à faire avant de partir en trek, et surtout, je dois définir où je vais après Cusco et comment.

J280 – mar 7/08

Finalement le temps n’est pas trop couvert mais je me suis décidé à visiter la Vallée Sacrée pendant 2 jours, du moins certains de ses sites, en prenant un « boléto » forfaitaire partiel, avant de partir en trek jeudi.
Après avoir encore un peu flâné en ville, je prends donc un bus pour Pisaq, mon objectif pour la journée. J’apprends plus tard qu’il y a une grève des transports pendant 2 jours mais j’ai de la chance à l’aller comme au retour. Il y a une trentaine de km pour y aller. On traverse des montagnes acerées avant de nous trouver dans la vallée. D’ailleurs, on dit la vallée mais je pense qu’il y en a plusieurs vu le relief. La ville est assez touristique. J’y trouve une gargotte pour manger puis me rends sur le site archéologique. Il est immense et très pentu. Plusieurs bus s’y rendent par le haut mais en mode local l´accès se fait par le bas, ce qui permet d’en avoir une vue générale. J’y reste plus de 3 heures et demi, prenant les chemins un peu au hasard (la carte n’est pas très bien faite). On commence par découvrir les grandes terrasses agraires (il y en a tout autour, donnant sur deux vallées), puis plusieurs anciens villages aux maisons très bien conservées/restaurées. Certains ont une allure de châteaux forts, et enfin le cimetière, constitué de petites niches dans la falaise (mais lui on ne peut pas s’en rapprocher). Des villages perchés, la vue alentour est superbe. J’ai donc choisi un site très riche et suffisamment grand pour ne pas se sentir submergé par les autres touristes.
Au retour, je m’arrête au site de Saqsayhuaman (sur cette route, les sites Incas se succèdent, nombreux). Je ne peux le visiter avec mon boleto, mais il se trouve en hauteur à 2km du centre de Cusco, que je peux admirer au coucher du soleil avant de redescendre. J’y suis avec Albert, un espagnol rencontré dans le bus, et on a la surprise de pouvoir quand même traverser le bas du site et d’admirer les immenses roches polies constituant les murs de cette « forteresse ». Un autre style inca, impressionnant, que j’ai déjà aperçu dans le centre de Cusco.
À mon retour, je mange tôt dans un charmant petit restaurant en arcades, puis fais le gros des courses pour le trek ; il va quand même falloir manger pendant 5 jours sans trop de ravitaillement possible et donc porter tout cela, ce qui influe les menus.
En attendant une autre grande journée de randonnée m’attend demain, avec des sites variés, à condition de trouver des transports pour y aller.

J279 – Lun 6/08

Surprise à mon réveil : il pleut et la météo ne s’annonce pas terrible pendant trois jours. J’aurais pu être prêt  pour demain mais je juge opportun de repousser le trek et de m’occuper autrement. Il y a de quoi faire (la vallée sacrée et ses multiples sites, la Rainbow  Mountain…), le tout est de choisir et de ne pas se ruiner.
Quoiqu’il en soit, je prospecte pour glaner un maximum d’informations (internet, agences, office de tourisme, voisins d’auberge). Pour le trek et le Matchu Pitchu, je préfère ne rien réserver (entrée et transports) pour me laisser plus de liberté, même si cela comporte un risque ; je sais maintenant comment m’y prendre. Je trouve un réchaud d’occasion ; je suis maintenant  complètement  équipé. Je fais encore une tentative pour réparer mon appareil photos ; c’est faisable mais trop cher.
À midi je me rends Place d’Armes pour une visite guidée de la ville (comme je l’avais fait au Chili). Le guide est plutôt bien. Il nous apporte plusieurs éléments sur l’architecture et les traditions Incas et nous apprend quelques mots en queshua. Cusco était la place centrale de cette culture, avec de nombreux palais. Plusieurs édifices ont été reconstruits par les espagnols sur les fondations Incas, qui restent encore bien visibles, avec une maîtrise impressionnante de la taille des pierres. On va jusqu’au Korikansha (le temple du soleil) puis montons sur les hauteurs en nous arrêtant dans des lieux variés : magasin artisanal, galerie d’art, luthier, fête populaire (je vois encore plusieurs fanfares passer aujourd’hui et toutes les églises sont décorées). La visite est un peu décousue mais intéressante. On finit par une dégustation de Pisco Sour, très bon.
Je me balade ensuite dans les quartiers populaires près du marché puis rentre assez tôt à l’auberge, toujours indécis sur ce que je vais faire demain.

J278 – Dim 5/08

On arrive à 7h30 à Cusco, un peu plus tard que prévu mais ce n’est pas plus mal. Par contre une nouvelle tourista se déclare pour moi en fin de trajet (c’est étrange, cela fait plusieurs fois que ça me prend dans un bus de nuit) et va limiter mon activité de la journée. Je rejoins le centre à pieds (un peu plus de 3 km), tente une première auberge, complète, puis une deuxième un peu plus loin. Elle est un peu excentrée, située sur les hauteurs ; ce n’est pas très loin et plus tranquille et elle est plutôt bien. J’attends tranquillement dans le patio que la chambre soit prête et fais connaissance avec d’autres résidentes. Je fais deux sorties assez rapides dans le centre pour découvrir la ville. C’est très touristique (il y a même un Mac Do et un Starbucks) mais assez joli, avec d’imposants édifices religieux en pierre rose, à nouveau un beau marché et plusieurs rues fermées à la circulation. Je vois de petites fanfares passer et entends des pétards toute la journée, visiblement une coutume ici.
Je me renseigne sur les sites à visiter, ici et au Pérou et notamment sur le Salkantay trek, que je veux absolument faire pour rejoindre le Matchu Pitchu, mais qui demande un minimum d’organisation.

J 277 – Sam 4/08

Dernière journée à Arequipa : j’alterne flânerie et vie pratique. Petit tour à la poste puis au terminal de bus pour prendre mon billet pour le soir ; difficile de choisir la compagnie idéale tellement il y en a. J’y suis allé en bus mais je reviens à pieds. C’est à 3 km et ça me donne l’occasion de découvrir d’autres quartiers. Il y a plusieurs marchés et je découvre par hasard un très grand marché aux puces bien local. Les quartiers suivants sont un peu moins animés. Je m’arrête au marché central pour déguster une énorme assiette, avec notamment du ceviche (poisson cru). Je trouve aussi enfin sur le chemin un matelas pour le camping ; mon sac devient encore un peu plus gros mais je pense qu’il me sera bien utile. Une petite pause à l’auberge puis je retourne me balader en direction de la Recoletta ; je ne visite pas le cloître mais le quartier est plutôt agréable. Je termine l’après-midi dans un cyber café (ça devrait devenir une habitude maintenant, d’autant qu’à 25 cents de l’heure, le coût est simplement dérisoire), où je parviens enfin à remettre mon blog à jour. Il me faudra compléter la période manquante mais au moins je l’ai relancé. Je retourne ensuite à la gare routière avec Marwa, qui va elle aussi à Cuzco, mais avec une autre compagnie. Le nouveau terminal est digne d’un aéroport et les contrôles aussi. Il nous faut même signer de notre empreinte la feuille d’émargement. Le bus est confortable, même si je ne le mettrais pas dans la catégorie cama comme annoncé. C’est parti pour 10h de route.

J 276 – Ven 3/08

La nuit n’a effectivement pas été très confortable. On va prendre notre petit déjeuner au village, dans une gargotte bien locale, en attendant le départ du bus de 9h. Il est plus que complet jusqu’à Chivay ; de nombreuses personnes sont debout dans l’allée centrale. Le trajet dure plus de 6h et paraît très long. A Arequipa, on retrouve notre auberge et consacrons la fin de la journée à un grand nettoyage (de nous et de nos affaires), à nous rassasier, à renouer avec internet (pour échanger des photos notamment) et à nous balader dans la ville. Enfin, quand je dis nous, c’est un peu eux trois de leur côté et moi du mien. Sinon, un peu hésitant au début, j’ai pris la décision de partir demain soir pour Cuzco, en bus de nuit, pour éviter encore une journée complète de transport.

J 275 – Jeu 2/08

C’est une étape assez courte aujourd’hui mais pentue et on prend notre temps. On a décidé de switcher l’Oasis Sangalle qui  nous ferait revenir  sur nos pas et que l’on juge trop 
touristique. On profite encore des termes le matin puis l’on se met en route vers les geysers de Pacilla. Je traverse la rivière à pied au milieu des fumeroles. Ensuite on entame la longue remontée vers Cabanaconde (plus de 1000 m de dénivelé continu). On a choisi la meilleure  heure pour grimper, entre midi et deux, en plein soleil. On pensait se rafraîchir à une cascade mais elle est a sec, puis s’arrêter à une zone de camping pour y passer la nuit mais c’est une simple terrasse minuscule sans attrait particulier. On continue donc notre route, ponctuée de plusieurs belvédères sur le Canyon, et l’on s’arrête juste avant le village. Une autochtone très sympathique nous dit que nous pouvons camper dans la pampa et trouver de l’eau à proximité. On dine très tôt puis admirons le ciel étoilé. Les autres se couchent dès 20h. Moi je fais un petit tour au village et y prends un Pisco chaud pour me réchauffer ; j’ai eu un peu froid la nuit dernière sous la tente et celle-ci s’annonce encore plus fraîche.

J 274 – Mer 1/08

Le bus vient nous chercher comme prévu à 8h (nous avons choisi un bus touristique pour des raisons d’horaires et de simplicité) et nous sommes partis pour 6h de route. Nous nous arrêtons à Chivay, prendre le petit déjeuner et payer notre entrée au parc (assez élevée), puis du Mirador Cruz d’El Condor pour admirer ces grands prédateurs, et enfin à San Miguel, d’où nous démarrons notre trek par une grande descente de 1000m dans le Canyon en direction de San Juan de Chuccho. Globalement je suis un peu déçu par le côté très touristique du lieu (du moins à son approche) et par le canyon (le 2eme le plus profond du monde), qui ne correspond pas vraiment à l’image que j’en avais. Cela dit, du fond la vue est impressionnante, la roche est véritablement sculptée en orgues verticaux et nous nous retrouvons très vite seuls sur le chemin. Nous ne prenons pas le même itinéraire que les autres, qui se rendent directement à l’Oasis Sangalle. Nous remontons bien et marchons 7h jusqu’à Llahuar. Une bonne partie du chemin se fait sur la route, peu passante heureusement, mais la fin de journée est bien agréable : nous profitons des thermes au bord du rio et campons dans le lodge qui les gère. Je suis une fois de plus un peu largué dans les discussions en espagnol (parfois en basque) tout au long de la journée, mais l’ambiance est bonne dans notre petit groupe.

 J273 – Mar 31/07

Une journée très agréable ; le Pérou commence très bien. À mon réveil (du lit le plus confortable que j’ai eu durant tout mon voyage), je retrouve par hasard Marwa (rencontrée à Sucré) , qui vient d’arriver en bus de nuit de Bolivie, avec deux espagnols. Ils veulent comme moi faire un trek de plusieurs jours dans le Canyon de Colca. On partira donc demain ensemble.
Je profite d’internet pour rependre contact avec  la famille et apprends par l’assurance que je serai indemnisé pour le vol. Puis je pars explorer la ville, qui est très agréable.
Un tour à l’Office de tourisme et à une agence  spécialisée sur le Colca, histoire d’avoir quelques billes en main, puis je file au mirador Yanahuara, d’où l’on a une vue sur la ville et les sommets environnants. Je déambule ensuite dans les rues, cherchant en vain un matelas de camping, puis je file au marché. Il est magnifique (pas le bâtiment mais les étals, notamment les piles de fruits) et j’y mange très bien. On y revient plus tard faire nos courses pour le trek. J’avais au préalable aussi goûté à la glace au fromage, que l’on trouve partout dans la rue. Côté batiments, la ville est bien dotée avec de nombreux lieux historiques, comme la cathédrale, que je visite, plusieurs cloîtres et de nombreuses façades très travaillées.
La journée passe vite ; je la termine en retournant au petit restaurant d’hier ou l’on mange bien dans un cadre agréable pour un prix dérisoire (j’ai un peu mangé toute la journée, je l’admets, et je crois que je vais pouvoir me faire plaisir de ce côté là au Pérou), puis je tente de me coucher très tôt car demain on décolle à 3h.

J272 – Lun 30/07

Fini la Bolivie, bonjour le Pérou. Je passe la journée dans le bus pour me rendre à Arequipa, à environ 430 km. J’ai choisi de prendre le bus de 9h pour ne pas arriver trop tard. Je perds à nouveau 1h (le décalage) et arrive à 18h30. Le passage de la frontière se fait sans problème (à pieds on peut même passer sans se faire arrêter). Le douanier péruvien  a juste oublié de mettre son tampon à jour, ce qui nous vaut  quelques discussions et une belle rature sur le passeport. On doit changer de bus à Puno, une ville connue pour ses îles flottantes mais que je visiterai pas. Il ne me reste plus un sou en poche et les distributeurs de la gare routière ne fonctionnent pas. J’avais quand même un sandwich dans mon sac et en expliquant la situation je suis exonéré de la taxe de la gare et des toilettes. Le changement de pays se fait d’ailleurs facilement car la culture et les modes de fonctionnement y sont sensiblement les mêmes. Je retrouve néanmoins des tuk tuk (ça faisait longtemps), de beaux petits engins carossés et tout rutilants.
Côté paysages on traverse de grandes zones desertiques, d’abord assez plates puis très montagneuses, mais la route, en asphalte, est quand même assez fréquentée. On est dans la pampa, en altitude, et le décor est assez impressionnant. J’aperçois même un volcan, apparemment en activité qui fume, et une voie de chemin de fer traversant le néant en zigzagant. Dans le bus on a le droit à des films mais je les trouve plutôt violents pour le public familial présent.
Arrivés à Arequipa, la deuxième plus grande ville du Pérou, on a le droit à des bouchons, 
Mais tout se passe pour moi avec une grande facilité : je trouve directement un bus qui m’emmène au centre et tout de suite une auberge très bien, le Misti Hostel. Je fais un rapide tour de l’hyper centre et découvre une ville plutôt chic et propre, avec de magnifiques édifices. J’approfondirai cela demain.

J271 – Dim 29/07

C’est une journée détente aujourd’hui à Copacabana. Je prends le bateau dès 8h pour m’y rendre (heureusement j’avais pris de la marge car on me l’avais annoncé à 8h30). Il est plein de locaux. J’y rencontre néanmoins 2 francaises et une italienne avec lesquelles je prends le petit déjeuner en terrasse en arrivant. Copacabana est une ville à la fois touristique et populaire (les 2 mondes s’y côtoient). Je trouve une auberge/hôtel repérée. Je dois attendre pour le chec in mais je renoue avec internet dont j’ai été privé pendant 3 jours. J’y retrouve également par hasard Agnès (rencontrée à Valparaiso), avec laquelle je vais passer la journée. On assiste au baptême des voitures, une grande tradition ici, puis profitons d’une terrasse tranquille avant de monter au Calvario pour le coucher du soleil. C’est aussi un lieu de rituels où les locaux arrosent de petits autels de bière. On mange dans une gargotte près du marché et rentrons tôt. J’ai aussi profité de cette dernière journée en Bolivie pour m’acheter un pull en alpaga, un petit souvenir qui remplacera ma doudoune.

J270 – Sam 28/07

Une nouvelle journée randonnée sur cette île (l’Isla Del Sol) où il n’y a pas de voitures. Je pars dès 8h30 et y vais un peu au hasard, coupant parfois à travers les terrasses, en commençant par le côté est (c’est celui que je préfère  avec la vue sur les glaciers boliviens). J’essaye de rester en hauteur pour la vue et pour réduire les montées et les descentes car c’est très vallonné. J’admire les plages et les villages. Je rejoins le camino nord-sud au centre de l’île et le remonte au nord sans trop savoir où je dois m’arrêter suite à l’interdiction. C’est un chemin en pierres qui suit la crête. La vue est magnifique. Je suis tout seul depuis le début de la journée. Des refuges sont abandonnés. Je vois un moment sur le sol l’inscription No caminar. La je décide de faire demi tour ; je suis déjà bien au nord, sans doute un peu trop. Des rapaces (dont je ne connais pas la race) me survolent de tout près, comme si j’étais leur proie. Les gardiens Incas du chemin ? Il y a vraiment un air de fin du monde. Le calme est agréable mais presque inquiétant. Je retrouve alors rapidement le village de Yumini et fais une pause à l’hostel font le principal intérêt est la vue. Puis je repars en direction du sud. Je traverse le village et descends au premier port où se situent les seules ruines visibles aujourd’hui, les autres étant au nord. Elles sont bien conservées mais n’ont rien d’extraordinaire. Je remonte au belvédère pour redescende de l’autre côté et me rendre à la plage. Je trempe les pieds dans le lac Titicaca (l’eau est un peu fraîche), profite du calme puis remonte. Au total j’ai quand même parcouru 20km en 6h, avec 750 m de dénivelé. Le soir je retourne au Mirador admirer le coucher du soleil (avec une bière cette fois). Il y a moins de monde qu’hier. Il y a finalement peu de touristes, sans doute du fait du conflit qui fait peur et  qui doit être préjudiciable à la vie locale. Je change de resto (je vais dans celui le plus fréquenté) et mange le même menu qu’hier (ils se copient tous) mais en un peu mieux (plats et cadre). Je rentre encore plus tôt qu’hier. Je crois avoir fait le tour de l’île…

 

INTERRUPTION J224 a 269 : Suite au vol de mon ordinateur, j’ai dû interrompre mon journal. J’ai reconstitué de façon manuscrite et sommaire la partie manquante. Je la mettrai à jour quand je le pourrai. Dorénavant, je le rédige chaque jour sur mon téléphone (un peu moins dans le détail car c’est plus difficile). Je le reprends donc maintenant, en Bolivie sur l’Isla Del Sol.

J223 – Mar 12/06 : Randonnée glacière

Difficile de se lever quand on est au chaud sous la couette et que l’on sait que le reste de la maison est froide. Heureusement, notre colocataire local, Marcello, a allumé le poêle. Dehors on nous parle de -15° mais en réalité il doit faire un peu moins de zéro quand nous nous mettons en route pour le belvédère du Cerro Castillo. Il n’y a pas de château proprement dit mais son nom vient de la forme du massif qui domine le mont avec ses tourelles.

Le sentier ne s’annonce pas très long (8 km depuis l’auberge) mais avec un dénivelé de plus de 1200 m et nous n’en connaissons pas l’état. On se dit que si l’on va vite ou que si l’on ne peut pas aller jusqu’au bout, on tentera le stop en fin de journée pour Coyhaique et que dans le cas contraire on dormira à nouveau à l’hospedaje, où l’on a laissé nos bagages. Il y a un péage mais il est fermé et nous devons enjamber la barrière pour y accéder. Des traces de pas dans la neige nous indiquent que d’autres promeneurs ont emprunté récemment le chemin mais nous ne croiserons personne de la journée.

Dans les faits le sentier est très facile durant les 6 premiers kilomètres (il y a un peu de neige avec de beaux cristaux scintillants mais elle n’est pas gelée et j’en suis surpris) mais s’avère très difficile les 2 derniers : le chemin est mal balisé, on s’enfonce dans la neige jusqu’au genoux, on est à l’ombre et on traverse des névés et des pierriers glissants. Je suis épuisé et tenté plusieurs fois de rebrousser chemin. On apprécie néanmoins la vue lointaine sur la succession de lacs et les sommets et après 4h de marche, on arrive enfin au belvédère, au pied du Cerro abritant des glaciers et au bord d’un lac gelé. On assiste, en avalant notre sandwich, à l’effondrement d’un bloc d’un glacier dans le lac, avec fracas. C’est assez impressionnant. On avait déjà entendu lors de notre montée un bruit d’avalanche, pas très rassurant, qui devait provenir du même endroit. On ne s’éternise pas et redescendons plus facilement que nous ne sommes montés mais avons les pieds gelés et sentons davantage le froid ; à l’aller on a eu un peu de soleil mais au retour, le Cerro Castillo cache de son ombre majestueuse toute la vallée, jusqu’au village.

En revenant à notre hébergement, on est gentiment accueillis chez les propriétaires qui nous proposent de nous y réchauffer et nous offrent du thé. On discute ensuite un moment avec Marcello, qui nous vante les mérite de sa région (il habite Coyhaique) et des paysages à découvrir plus au nord. Je me sens de mon côté un peu frêle et Alexandre s’occupe du repas.

J222 – Lun 11/06 : Pickup frigorifique

Après nous être tout simplement fait mettre à la porte de l’auberge par la propriétaire (l’heure c’est l’heure !), nous partons aujourd’hui en stop pour Villa Cerro Castillo. Ca devient récurrent, il y a peu de monde sur la route et ceux qui passent nous font des signes nous indiquant qu’ils restent dans le coin. Après 1h30 d’attente, on trouve un pickup qui nous prend dans sa beine au-dessus du tri sélectif (bouteilles plastiques, verre). Commence alors pour nous une véritable épreuve contre le froid, la température extérieure avoisinant le zéro (voire moins). Alors que le soleil domine, les routes à l’ombre sont encore toutes gelées. Une déviation allonge le trajet et nous parcourons ainsi environ 150 km en 2h30. Le paysage, montagneux, est très beau : des lacs sauvages, des ponts et rios, des sommets enneigés et une végétation colorée s’offrent à nous. Nous nous sentons vraiment dans une région reculée, même si l’on croise un village, 2-3 minuscules hameaux et quelques chalets isolés. Vu les conditions du transport, nous n’en profitons pas aussi bien que nous le souhaiterions (je ne sors pas beaucoup mon appareil photos), mais l’expérience est intéressante. Dos à la route, nous observons un véritable traveling arrière, dévoilant progressivement le décor dans ses trois dimensions.

Après une courte pause, un peu avant la fin, avec vu sur un lac émeraude dont nous ne profitons pas, occupés à récupérer une partie de nos sens (ne maîtrisant pas tous mes mouvements, je tombe d’ailleurs du pickup sur le dos en descendant), le chauffeur nous dépose au centre de Villa Cerro Castillo. Le village est petit et encaissé dans les montagne mais semble plutôt joli. Nous nous dirigeons vers un snack original (deux bus réunis ensemble) où nous nous réchauffons un long moment, engloutissant moult tasses de thé et des sandwichs améliorés.

Nous trouvons une hospedaje pour nous héberger, assez sommaire mais faisant l’affaire. Nous y passons la soirée et profitons du poêle central, entourés de 3 travailleurs locaux travaillant sur les routes et faisant escale ici.

J221 – Dim 10/06 : Puerto Rio Tanquilo

Il est un peu difficile de sortir de mon écrin de chaleur où j’ai passé une nuit plutôt correcte mais le soleil apparaît rapidement et nous réchauffe. Thomas part de son côté pour un périple en kayak sur le lago Bertrand, dont il nous vante la beauté, et nous dépose au croisement de la route remontant au nord.

Après la route 40 en Argentine, c’est la mythique Carretera Australe au Chili, réputée pour ses paysages, que nous allons suivre maintenant. Elle longe d’abord le Lago General Carrera, que nous avons contourné depuis Chile Chico et qui, avec le lago Buenos Aires côté argentin, forme le 2e plus grand lac d’Amérique du Sud, après le lac Titicaca. Le paysage est effectivement très beau, avec des montagnes encaissées et de belles vues sur les lacs et les sommets nous entourant.

On n’attend pas très longtemps ; un couple nous amène directement jusqu’à Puerto Rio Tranquilo où nous trouvons une petite auberge bien faite, l’hostel Casa, même si la propriétaire n’est pas très sympathique et la maison toujours chauffée par un unique poêle dans la cuisine. Le village est lui-même assez beau avec de petits chalets, touristique mais tranquille, comme son nom l’indique.

L’attraction principale ici est l’exploration des Capillas de Marmol (des grottes de marbre). Nous voulions la tenter en kayak mais à cette saison, l’option n’est plus envisageable selon les loueurs et nous percevons effectivement plus tard que cette expédition aurait été assez longue et fraiche. Nous prenons donc un petit bateau dès l’après midi pour aller les découvrir. Elles valent le coût d’œil : une roche très découpées dans les grandes falaises bordant le lac et sur des îlots, de véritables sculptures naturelles par endroit et un aspect marbré peu banal. Nous profitons également des belles vues depuis le lac au coucher du soleil.

J220 – Sam 9/06 : Bivouac dans la neige

C’est une belle journée mais la maison est bien froide à notre réveil : 6° dans la chambre et le poêle n’est pas encore allumé dans la cuisine. Je m’aperçois un peu plus tard que nous avons perdu une heure à la frontière. En fait le Chili a deux créneaux horaires. Cela explique en partie ma déconvenue à Puerto Natales mais la mauvaise nouvelle c’est qu’il fait nuit encore plus tôt maintenant (vers 17h30).

Nous reprenons le stop à la sortie de la ville et attendons 1h30, encore accompagnés de chiens. On assiste d’ailleurs à une scène assez insolite : un cycliste, poursuivi comme les voitures par les chiens à son passage, a préparé sa réserve de cailloux dans une petit seau sur son guidon, et les leur jette pour les éloigner. S’arrête alors un pickup. Il est conduit par Thomas, un jeune médecin fraichement diplômé effectuant des remplacements et actuellement en poste à Chile Chico. Il est passionné de nature et part ce week-end à l’aventure, hésitant entre plusieurs itinéraires (un trek, une boucle en 4×4 ou un tour kayak) sur des itinéraires isolés qu’il a repérés sur des cartes. Il a tout le matériel nécessaire dans sa voiture. Il nous propose de l’accompagner. Sans trop d’hésitations, on le suit et on fait un bref arrêt pour acheter quelques provisions dans l’unique épicerie du secteur. Le paysage est très montagneux dans cette région, alternant lacs et sommets et il n’y a que de rares habitations. Un coin sauvage comme je les aime.

Après discussions avec des locaux, l’option du trek n’est pas faisable et celle de la boucle en voiture fermée un peu plus haut. On la suit quand même (seul un cheval semble y être passé) jusqu’à une clôture nous barrant le passage. Il est déjà 15h30 et Thomas nous propose de passer la nuit ici dans la neige. On s’installe, préparons un foyer pour faire du feu et allons faire un tour pour admirer le coucher de soleil sur le Mont Christine, que Thomas aime beaucoup. On passe ensuite la soirée autour du feu, qui est le bienvenu vu la température, et partageons nos repas. Pour la nuit, Alexandre partage la tente de toit de Thomas alors que j’inaugure ma tente (plutôt bien) dans la benne du pickup, histoire d’avoir moins froid, avec un duvet complémentaire que me prête Thomas.

C’est donc une aventure un peu fraiche mais inattendue et bien agréable qui s’est offerte à nous aujourd’hui.

J219 – Ven 8/06 : Trop de fruits pour le Chili

On doit quitter Chez Raoul peu après 8h car il a un rendez-vous et ne souhaite visiblement pas nous laisser seuls alors qu’il est très partageur ; ce personnage reste énigmatique jusqu’au bout. On prend quand même encore le temps de discuter avec lui autour d’un thé.

On attend seulement 1 heure aujourd’hui pour trouver une voiture, qui nous mène à Los Antiguos, à 50 km. La route est toujours aussi belle et la journée aussi. Il n’y a pas de neige ici et l’on peut admirer pour la première fois les couleurs automnales dans la végétation, avec une vue sur l’immense lac Buenos Aires (on se demande pourquoi il s’appelle comme cela), sur les sommets enneigés au loin et sur le relief un peu moins élevé plus proche de nous.

On fait une rapide escale à Los Antiguos, d’où nous rejoignons à pieds la frontière, que nous passons rapidement côté argentin. Une route de 6 km sépare les 2 postes ; nous commençons en marchant puis sommes pris à l’arrière d’un pickup. Le contrôle des bagages est plus poussé côté chilien. On avait anticipé avec la nourriture mais il nous reste encore des fruits, que nous devons dévorer sous le nez des douaniers.

On rejoint alors assez vite Chile Chico, un joli petit village dans un écrin de montagnes. On prend le temps d’admirer le lac et de monter au belvédère puis tentons de poursuivre le stop, espérant aller jusqu’à Puerto Rio Tranquilo, à 150 km. Mais Chile Chico est aussi tranquilo et à 17h nous renonçons et partons à la recherche d’une auberge. Il y en a peu et la plupart sont fermées. On finit quand même par trouver une hospedaje qui nous accueille à la sortie de la ville et on y passe la soirée, restant près du poêle dans la cuisine, l’unique moyen de chauffage de la maison. Le froid commence un peu à nous peser.

J218 – Jeu 7/06 : Neige et poèmes

On continue le stop sur la route 40. L’hôtel se situe à la sortie ouest de la ville, ce qui nous simplifie la tâche. Le temps est couvert donc nous ne bénéficions pas du soleil pour nous réchauffer et il y a du vent. Nous attendons 2 heures (ça devient le temps habituel), voyant seulement 2 voitures et 2 camions passer. C’est le 2ème qui nous prend. Un barrage de police s’est installé non loin de nous (on se demande pourquoi vu le peu de circulation) ; on se met juste derrière et ça fonctionne. Le camion est confortable (c’est un camion citerne transportant de l’essence) et bien rangé avec un chauffeur agréable. On va l’appeler Gustavo ; on ne lui a pas demandé son nom mais ça lui va bien et ça sonne local.

La route est belle avec quasiment aucune habitation. Encore de la pampa mais le paysage prend beaucoup plus de relief à la fin, dans le coin des Cuevas de las Manos, avec des montagnes très colorées, mais malheureusement dissimulées sous la neige. Car il se met à neiger en cours de parcours et de plus en plus intensément. La route est complètement recouverte mais cela ne semble pas inquiéter Gustavo. Il s’arrête un moment pour aider des personnes en panne. Eux repartent mais nous, nous restons bloqués : le poids de la citerne dans la faible pente le fait glisser et l’empêche d’avancer. Il a des chaines en réserve mais ne parvient pas à les détacher (il lui manque seulement une boite à outil dans son camion). Finalement nous descendons, il y va au forcing… et ça passe. Nous remontons dans le véhicule en marche.

Après 400 km et 6h de route, Gustavo nous arrête dans la Ville de Perito Moreno (à ne pas confondre avec le glacier, dont on s’est beaucoup éloigné), où il passe la nuit. Alors que l’on cherche une auberge (il y en a très peu), on se fait aborder par un personnage un peu étrange qui nous invite à rentrer chez lui. C’est Raoul. Il tient un mini camping et nous propose de dormir dans la cuisine pour un prix dérisoire, après nous avoir montré les témoignages de ses précédents visiteurs dans sa collection de livres d’or. C’est un sacré personnage, qui n’arrête pas de parler, passant d’un sujet à l’autre, en nous offrant du thé et des spécialités un peu étranges (il y a un petit air du Père noël est une ordure là-dedans). Forcément, je ne comprends pas le dixième de ce qu’il dit mais je le trouve attachant. C’est un poète ; il nous déclame avec ferveur ses poèmes, dont certains ont l’air assez engagés. Curieusement, il a aussi appris l’hébreu et semble bien le maîtriser. Je me rends d’ailleurs compte au fil de mon voyage que les israéliens ne sont pas très appréciés au Chili et en Argentine.

On fait quand même une pause dans un petit restaurant agréable puis on se couche après quelques nouveaux poèmes. La journée a été pleine de surprises.

J217 – Mer 6/06 : Les camionneurs dans la pampa

On part le matin avec Alexandre pour notre mission impossible (le début d’une grande aventure ensemble) et, avec un peu de chance il faut bien le dire, on arrive à parcourir 300 km dans la journée jusqu’à la ville Gobernador Gregores. Plusieurs nous prennent pour le père et le fils, c’est amusant.

On commence par attendre 2 heures à El Chalten, où l’on croyait que ce serait plus facile puisque c’est la direction d’El Calafate. On passe le temps en jouant à la pétanque avec des galets, en observant des grimpeurs qui ne semblent pas trop savoir où grimper (c’est néanmoins le signe qu’il y a des sites d’escalade dans le coin) et en admirant des condors qui tournent au-dessus du belvédère du même nom. Finalement un premier camionneur nous prend et nous emmène un peu plus au nord que nous ne l’espérions, à Tres Lagos. Connaissant la faible fréquentation de la route 40 sur cette portion, il évoque avec nous une autre solution qui nous permettrait d’avoir un bus en faisant un détour par sa destination finale, de l’autre côté du continent (à seulement 200 km finalement). Mais nous sommes obstinés et préférons poursuivre notre idée de départ, d’autant que nous savons qu’un brésilien venant d’El Chalten va passer par cette route et pourra le cas échéant nous prendre pour nous emmener à destination côté chilien (à Chile Chico).

Sur la route 40, on attend encore 2 heures, au milieu de la pampa, pendant lesquelles une seule voiture nous double sans s’arrêter. Pas de trace non plus du brésilien. On voit que plusieurs backpackers sont passés par ce point et ont attendu eux aussi, laissant des messages sur des cailloux et ayant construits avec ceux-ci un abri contre le vent, car il y en a beaucoup. Alors que nous nous apprêtons à renoncer pour aujourd’hui, un camion arrive et s’arrête. Pour être plus précis, il passe d’abord devant nous puis fait demi-tour pour venir nous chercher. Il sale la route (enfin plus exactement y déverse un produit liquide). Il nous emmène 200 km plus loin. La route devient un chemin de terre sur une longue partie. On fait un bref arrêt dans une habitation isolée.

Arrivé à Gobernador Gregores, il nous conseille une auberge et appelle son propriétaire, qui nous y emmène et nous y laisse seuls. C‘est un peu sommaire mais nous y passons une soirée tranquille à discuter.

J216 – Mar 5/06 : Rando dans la brume

J’ai prévu aujourd’hui d’aller randonner au Loma Del Pliege Tumbado, un autre sommet, ou plus exactement au mirador se situant au pied de ce sommet, qu’Alexandre a eu du mal à atteindre. Quand je sors de l’auberge, le temps est couvert et j’hésite à poursuivre mon chemin ; à quoi bon aller sur un belvédère si c’est pour ne rien voir ? Mais je continue, espérant passer la couche de nuages. J’y parviens en effet, admirant la couche duveteuse dans la vallée mais une deuxième couche se trouve au-dessus de moi. Il neige très légèrement d’abord puis un peu plus. Le chemin est verglacé mais pas dangereux ; ce sera un peu plus délicat au retour car une fiche couche de neige fraiche cachera la glace. Maintenant que je suis parti, je continue ; c’est mieux d’être au grand air que renfermé à l’auberge. Je suis seul dans la brume et le chemin apparaît plus sauvage (moins aménagé) que celui du Fitz Roy. Je traverse de grands espaces vierges mais aussi quelques portions de forêt.

Arrivé en haut, j’aperçois vaguement, à travers le voile nuageux, le Laguna Torre en contrebas et le Fitz Roy en face, mais il est difficile de profiter vraiment de la vue. Au passage, je ne connais toujours pas la différence entre un lago et un laguna ; pour moi, ce sont tous les deux des lacs.

Au retour, le temps se dégage légèrement et je fais un détour par le Mirador de Los Condores. A un kilomètre du centre avec seulement 100 m de dénivelé, il est beaucoup plus fréquenté mais n’offre rien de plus à ce que j’ai déjà vu, si ce n’est une vue plongeante sur El Chalten. Au total, j’aurais parcouru pas loin de 20 km aujourd’hui sur un chemin plutôt facile.

J’arrive assez tôt et retrouve Alexandre qui n’a pas bougé de l’auberge. On se décide alors à poursuivre la route ensemble. Partant tous les deux en stop dans la même direction, autant le faire ensemble, ce sera plus agréable. L’idée est de remonter vers le nord jusqu’à Chile Chico (à 500 km), par la route 40. Elle est très peu fréquentée à cette saison, on le sait, mais c’est la seule alternative qui nous convient. L’idéal aurait été de faire à pieds le sentier Robinson Crusoe jusqu’à Villa O’Higgins, dont j’ai déjà parlé, mais il n’y a plus de bateau. En bus, il faut repasser par El Calafate puis par Rio Callegos, ce qui fait un détour de plus de 1500 km.

Sinon, encore une petite frayeur avec ma carte bleue, disparue à nouveau. Heureusement, El Chalten est un petit village et les infos circulent. J’apprends le lendemain qu’elle a été retrouvée à la gare routière ; je l’avais visiblement laissée au distributeur. Ce n’est pas bien mais je suis soulagé.

J215 – Lun 4/06 : Flânerie à El Chalten

Je n’ai pas très bien dormi et j’ai envie aujourd’hui de me reposer et de découvrir le village d’El Chalten ; je ne l’ai aperçu que rapidement de nuit. Donc pas de grande randonnée car il faut compter au minimum 6h de marche pour la plupart d’entre elles et un peu plus dans les conditions actuelles (neige, verglas).

Dès mon réveil, je vais acheter du pain frais ; il y a des boulangeries à proximité de l’auberge. J’ai du mal à comprendre les horaires des commerces ici. La plupart ouvrent tard et font une longue pause l’après-midi. Certains restent ouverts jusqu’à 22h. Plusieurs sont fermés ce lundi, mais pas les plus excentrés. Les supermarchés ne sont pas terribles. Je suis agréablement surpris par la confiance de la « buraliste », qui, ne prenant pas la carte, me propose de prendre la marchandise et de venir la régler plus tard.

Il y a beaucoup de petits chalets de styles variés et originaux et quelques magasins très spécialisés. La ville est étendue mais reste petite par son nombre d’habitants et les services qu’elle propose. Il me faut de l’argent et les rares distributeurs, tous situés à la gare routière, ne fonctionnent pas ce matin là ; j’arriverai heureusement à mes fins l’après-midi.

Dans ma déambulation, je me laisse quand même tenté par une petite randonnée, hors des voies balisées. Je suis, sous les conseils de Vincent, un tout petit sentier très raide de l’autre côté du ruisseau qui me mène à un grand plateau vallonné et parsemé de lacs gelés. Je suis alors quelques sentes d’animaux et quand je les perds, je n’ai pas de mal à errer dans ces pâturages, car il s’agit bien de cela. Les panoramas sont encore très beaux (le Fitz Roy se voit finalement de partout) et une atmosphère très paisible y règne. Je croise quand même deux autres personnes, de la même auberge que moi.

J’arpente à mon retour d’autres quartiers de la ville. Finalement on en fait vite le tour et elle tourne au ralentit car beaucoup d’endroits sont bel et bien fermés.

Ce sera une nouvelle soirée tranquille à l’auberge. Alexandre a fait une grande randonnée aujourd’hui (celle que je veux faire demain) mais elle est périlleuse au sommet. Ce soir il est malade.

J214 – Dim 3/06 : Randonnée au Fitz Roy

El Chalten est un village isolé dédié à la randonnée, proposant plusieurs parcours à la journée pour admirer les glaciers, les nombreux lacs et plus généralement les paysages montagneux, mais il y a aussi des circuits plus longs et notamment le célèbre trek traversant le Lago del Desierto en bateau pour se rendre à Villa O’Higgins, du côté Argentin.

A mon réveil, alors que la météo s’annonce encore très belle, je n’hésite pas longtemps et suis les conseils de Vincent : s’il fait beau, fonce au Fitz Roy.

Je ne connais pas les circuits ici mais trouve un itinéraire à charger sur ma montre. Je n’ai plus rien à manger mais trouve de quoi me faire un pique-nique dans les victuailles laissées par les anciens convives. Donc rien ne s’oppose à mon départ d’autant que l’on est dimanche et que la vie du village risque d’être en veilleuse.

Je parcours au total 26 km avec une ascension de 1000 m. Le sentier est agréable, traversant la forêt, des prairies et des moraines, aménagé mais pas trop et bien balisé. Il offre de très beaux points de vue sur le Fitz Roy et les paysages environnants (le lit du rio, les lacs, les autres sommets).

Je pars seul mais rejoins assez vite Alexandre, avec lequel je reste la fin de journée. On doit être une quinzaine de randonneurs sur le sentier.

La partie finale est assez difficile avec de la neige, une rivière de glace sur le chemin, qu’il nous faut contourner pendant plus d’un kilomètre, et un fort dénivelé. Le Fitz Roy est très élégant ; géologiquement, il ressemble aux Torres (une roche lisse et très à pic, avec des tons mêlant le beige et le rose) mais je peux le voir intégralement cette fois.

On tente ensuite une autre variante pour nous rendre au glaciar Piedras Blancas. Cette fois le chemin n’est plus balisé du tout et pas toujours aisé ; il y a de la glace partout et l’on doit traverser à plusieurs reprises le rio, ce qui ralentit notre progression. On arrive finalement dans un grand champ de roches avec une belle vue sur le glacier mais il est déjà tard. On progresse plus rapidement au retour, avons le droit à une belle mer de nuage dans la vallée et terminons le dernier kilomètre dans le noir.

Le soir, on se laisse tenter par la facilité et prenons notre repas au restaurant de l’auberge (ouvert 24h sur 24, on se demande pourquoi). Je tente à nouveau la viande et suis encore déçu. On constate également avec surprise que notre bière gèle instantanément dans nos verres quand nous sortons.

J213 – Sam 2/06 : Une longue attente

Le stop ça ne marche pas à tous les coups. Je l’ai tenté aujourd’hui pour me rendre à El Chalten mais sans succès. Le matin, je me rends à la sortie de la ville, où je trouve un emplacement pourtant idéal, au soleil. J’y attends désespérément 5h avant de renoncer. Il y a peu de voitures (il y en a plus dans l’autre sens) et elles ne s’arrêtent pas. J’écoute de la musique, je lis, je mange mais surtout j’attends. Je suis accompagné de deux chiens, rencontrés au bord de la route, qui m’ont suivi et restent avec moi toute la journée, couchés au soleil. Il y a des chiens partout en Patagonie. Ils n’ont pas l’air de chiens errants, sont plutôt bien portants et affectueux avec les humains. Ce n’est pas la première fois que certains me suivent. Par contre beaucoup ont un comportement étrange, voire dangereux avec les voitures : ils aboient à leur passage et se jettent littéralement sur les roues. Je croise aussi d’autres stoppeurs, des français, qui vont attendre un peu plus loin. Selon eux il y en a également deux autres avant.

Alors que je débutais bien comme stoppeur, et que ce trajet me semblait relativement facile (seulement 200 km sur un trajet courant), cette expérience m’a un peu refroidi. J’ai le temps mais je ne veux pas non plus en perdre et il n’est pas très agréable d’attendre aussi longtemps. On dira que ce n’était pas ma journée. Les quelques commerçants auxquels j’ai affaire ne sont d’ailleurs pas très agréables non plus et je me ferai avoir sur le pris du bus.

A 16h, je change donc mon programme et file à la gare routière. J’y trouve un bus qui part à 18h. J’arriverai tard mais je n’aurais pas perdu ma journée. Je fais un dernier tour dans la ville en attendant. En dehors du centre très touristique, elle est très dispersée, avec de larges rues désertes et plusieurs chemins en terre. Les maisons sont assez disparates. Dans le bus je peux admirer le beau coucher du soleil sur le lac et les plaines. Malheureusement il fait nuit assez vite, alors que cette portion de la route 40 semble valoir le coup d’œil. Le trajet ne prend que 2h30.

Arrivé à El Chalten, je découvre un village plutôt joli, avec plusieurs restaurants et brasseries bien agencés mais la plupart sont fermés. Je pars à la recherche d’une auberge ; j’en ai repéré quelques-unes. La première semble avoir changé de nom et ne pas avoir d’espace commun ; je n’y rentre pas. La deuxième, le Rancho Grande, à l’autre bout de la ville est assez grande, ouverte 24h sur 24 et il y a du monde. J’y reste. J’apprendrai plus tard que c’est l’une des seules encore ouvertes à cette saison. Cette fois j’ai eu de la chance. Je suis dans un dortoir de 4 mais on est que 2, avec Alexandre, un jeune français qui voyage depuis 3 mois en stop en Argentine.

J212 – Ven 1/06 : Le Perito Moreno

Aujourd’hui je visite l’un des (si ce n’est le plus) célèbres glaciers au monde : le Perito Mereno. Je suis venu à El Calafate spécialement pour cela. Il est grand et on peut l’approcher de très près. C’est l’un des seuls à s’agrandir et il avance de 2 mètres par jour, tombant par morceaux dans les lacs qui le bordent. Il est vraiment impressionnant et j’ai la chance de le voir sous un beau ciel bleu.

Je n’ai pas pris d’excursion et continue sur ma lancée en y allant en stop. Il est à 70 km d’El Calafate. Je pars assez tôt et marche près d’une heure, en admirant la vue sur l’immense lac Argentino et les sommets derrière lui, avant de trouver une voiture à la sortie de la ville. C’est un couple argentin, plutôt sympathique. Lui est venu ici pour une opération. Cette fois, je me lance et parle espagnol avec eux ; j’arrive mieux à les comprendre que les précédents. La route pour y aller est magnifique, longeant un long moment le lac Argentino, traversant des collines désertiques puis suivant au final un autre lac, le Brazo Rico, dans lequel se déverse une partie du glacier.

Arrivés au parc Los Glaciares (qui se prolonge beaucoup plus au nord et où je retournerai en allant voir le Fitz Roy), il nous faut nous acquitter d’un droit d’entrée relativement élevé pour les étrangers (600 pesos, soit environ 20 €) ; eux ne payent que 60 pesos. Il y a deux miradors sur la route offrant une vue panoramique sur le glacier. On s’arrête au premier. Un drôle d’oiseau (après vérification, il s’agit d’un aigle) nous y accueille, se promenant tranquillement sur le parking. On se rend alors sur le site proprement dit où nous nous séparons. Eux ont choisis de débuter par une croisière au pied du glacier. Je ne la ferai pas, pensant qu’elle n’apporte pas une grande plus value à la visite.

Le site est bien aménagé (peut-être un peu trop) avec de nombreuses passerelles et belvédères, sur plusieurs niveaux, face au glacier, à même pas 100 mètres. En pleine saison, il doit être noir de monde mais aujourd’hui il est plutôt calme. Je prends mon temps et suis l’ensemble des parcours en faisant des pauses. Il faut non seulement admirer le glacier mais aussi l’écouter : on entend régulièrement des craquements, tels des coups de fusils et de temps en temps, un morceau s’effondre, dans un grand vacarme qui semble disproportionné à la taille du ou des blocs qui se sont détachés. S’ensuivent d’importants remous dans l’eau. On peut admirer le glacier dans le détail et dans son intégralité. Le décor qui l’entoure vaut aussi le coup d’œil et le met bien en valeur.

Je reprends la route en sens inverse 3h plus tard et il me faudra encore une heure pour trouver une voiture. C’est l’occasion d’une belle balade à pied. J’ai le temps d’admirer le Brazo Rico, de passer devant le port et de monter jusqu’au premier belvédère où je trouve une place de choix pour le stop. Là, la première voiture s’arrête. On parle moins (il s’agit encore d’un couple et ils ne semblent pas en avoir très envie) mais le trajet passe vite.

En arrivant à El Calafate, je fais un rapide tour sur les hauteurs puis rentre tranquillement à l’auberge où je passe la soirée.

J211 – Jeu 31/05 : Vers l’Argentine en stop

C’est le début de la vraie vie de backpacker pour moi puisque j’ai décidé de me rendre à El Cafalate en stop. A vol d’oiseau, ce n’est pas loin mais par la route, qui comporte plusieurs bifurcations, il faut compter 350 km, en traversant la frontière et des zones désertes. Heureusement la météo est avec moi.

Je pars à 10h. Je devais réveiller Rodrigo mais je n’insiste pas trop et le laisse dormir. Lucia n’est pas de très bonne humeur ce matin. Quant à Edison, on a déjà beaucoup échangé. Les aurevoirs sont donc assez rapides.

Le stop n’est pas aisé mais fonctionne. L’attente est longue à la sortie de Puerto Natales ; je marche près de 7km avec mon sac sur le dos et trouve une voiture qui m’avance de 3 km, me déposant proche de la première bifurcation, celle devant me mener à la frontière. Là, j’attends à un arrêt de bus. Très peu de voitures passent mais l’une des premières s’arrête. Il s’agit d’un couple argentin assez âgé. C’est la femme qui est au volant et elle roule vraiment très lentement par peur de glisser. J’ai beaucoup de mal à comprendre leur espagnol mais échange quand même quelques mots avec eux. Le passage de la douane ne pose pas de problème Un douanier regardent rapidement les bagages dans la voiture mais ne me demande rien, alors que je transporte un peu de nourriture et toujours mon pot de miel (c’est interdit). Par contre je n’étais pas vraiment sûr que ce poste soit ouvert et si j’étais arrivé un peu plus tard, j’aurais dû attendre un moment sa réouverture après la pause déjeuner. J’ai donc eu de la chance. Le couple me dépose au village Rio Tubio, à une dizaine de km de la frontière.

Je vais à la sortie de la ville puis trouve quelqu’un qui me dépose sur la célèbre route 40 ; je vais la fréquenter plusieurs jours. Il y a encore très peu de voitures. Et la, surprise : je vois réapparaître le couple qui m’a pris ce matin et qui s’arrête à nouveau. Je ne comprends pas où ils vont mais découvre plus tard qu’ils se rendent à Rio Galleco, capitale de la région, située sur la côte Atlantique. Ils me déposent à Esperanza, un minuscule village au milieu de nul part (la ville la plus proche est à 150 km). Pour y arriver, on traverse un immense paysage désertique : pas d’arbre mais une végétation rase, comme en Terre de Feu. C’est visiblement ce que l’on appelle la pampa ; c’est vraiment un type de paysage, pas seulement une expression familière comme je le pensais. Le terrain est bien enneigé au départ mais moins à l’est et l’on a des vues régulières sur le Torres et d’autres sommets. C’est plutôt joli.

À Esperanza, je sors de la ville pour me mettre sur la bonne route. Il est 17h quand je commence le stop et j’ai déjà en tête de camper ici car il y a encore très peu de voitures et celles qui passent ne s’arrêtent pas. Au final, je trouve un chauffeur avec un beau 4×4 qui se rend directement à El calafate. C’est le propriétaire de la station service et il parle anglais. C’est un grimpeur. Il me donne quelques informations intéressantes sur la région. A l’approche d’El Calafate, on retrouve la neige sur la route et la température extérieure indiquée par la voiture est de -3,5°. On a le droit à un beau coucher de soleil sur les sommets enneigés de l’autre côté du lac.

Je trouve facilement de la place dans une auberge que j’ai repérée. Elle fait un peu usine mais propose tout ce qu’il faut. Je décide d’aller manger dehors après cette journée d’aventurier. Je suis les conseils du Lonely Planet mais suis déçu ; la viande n’est toujours pas à hauteur de sa réputation.

J210 – Mer 30/05 : La montagne chocolat

C’est une journée magnifique (le début d’une longue série), même si un peu froide et venteuse, et nous allons comme prévu explorer le parc national Torres Del Paine en voiture avec Edison.

Nous partons à 7h30 et y arrivons à la bonne heure, le soleil levant nous offrant un très beau point de vue depuis la route sur les lacs et les fameuses tours.

Il est agréable de pouvoir parcourir le parc à notre rythme (c’était l’intérêt de la voiture) et les visiteurs y sont peu nombreux, nous laissant seuls face un décor naturel immense et préservé. Nous enchaînons les belvédères et quittons la voiture pour trois petites randonnées. Celle du mirador des condors était supposée être fermée mais nous l’empruntons sans problème, et y trouvons l’un des plus larges points de vue sur l’ensemble des sommets et des nombreux lacs. Nous y dégustons notre pique-nique (des empanadas préparés par Edison) et y apercevons les fameux condors tournant au-dessus de nos têtes. On croise également en chemin des Guanacos peu farouches, que nous pouvons admirer de près. Tout au long de la route, les paysages sont splendides. Le parc s’articule principalement autour d’un massif montagneux, réunissant deux ensembles distincts. L’un a ma préférence : ressemblant à une grosse meringue avec des couches superposées nettes de différentes couleurs, je l’ai baptisé la « montagne chocolat ». Je n’ai jamais vu ce type de formation auparavant.

Si les vues sont larges, le parc me semble finalement plus petit que je ne l’imaginais. En trek, il reste néanmoins un grand terrain de jeu et la partie pour moi la plus impressionnante n’est pas celle abritant les Torres.

On finit notre exploration à l’ouest du parc au bord du lac Grey, immense, d’où nous pouvons admirer au loin le glacier du même nom se déversant dedans. Plusieurs icebergs ont traversé le lac ; d’une bonne taille et d’un bleu vif étonnant, ils sont venus tout proche se faire admirer des visiteurs.

Pour le retour, on prend une autre route, celle passant par la grotte Miloton. Elle est plus courte en distance mais plus longue en durée, car sinueuse et en travaux sur plusieurs tronçons. Elle présente elle aussi de nombreux points de vues.

Nous sommes très contents de notre journée mais le grand air nous a épuisé et, seuls à l’auberge le soir (Rodrigo est parti travailler), nous ressemblons à des zombies.

J202 à 209 – Mar 22 au Mar 29/05 : Bénévolat à Puerto Natales

Le cadre :

Puerto Natalès est une ville isolée et plutôt jolie, avec des maisons colorées, chacune ayant son propre style. Elle est située sur le canal Senoret et le fjord Ultima Esperanza, relié à l’océan Pacifique par le golfe Almirante Montt, dans une plaine entourée de sommets. Les vues alentours y sont magnifiques. C’est la porte d’entrée du célèbre parc national le Torres del Paine, situé à 100 km au nord. Elle offre aussi un accès à l’immense parc national Bernado O’Higgins, qui le borde à l’ouest. Très touristique et spécialisée dans le trek, on y trouve des agences et de nombreuses auberges partout, proposant chacune, en plus de l’hébergement, des tours, des guides, du matériel de camping à louer. Mais j’arrive en toute fin de saison et la ville est très calme. Il commence à faire frais mais j’ai le droit à de nombreuses journées ensoleillées.

L’auberge Lili Patagonico’s est plutôt cosy, confortable et bien organisée, avec différentes catégories de chambres, un bureau d’accueil, une grande cuisine, un coin salon, une pièce dédiée à la location de matériel et des locaux de stockage. Le tout est bien chauffé, avec de nombreux poêles au gaz (plus ou moins vétuste, comme partout ici). Je bénéficie moi-même de ma propre chambre. Les visiteurs y sont bien accueillis et conseillés pour leurs activités. Ivan en est le propriétaire depuis 11 ans et vit à cette période sur place avec ses 3 filles, plutôt remuantes, et son ex femme, qui est aussi guide. Rodrigo, un brésilien, travaille également ici ; passionné, calme et plutôt avenant, il vient l’après-midi et le soir pour accueillir les résidents. Lucia (plutôt appelée Tia, signifiant tata, comme beaucoup de monde dans ce pays), un peu plus âgée, vient faire le ménage tous les jours. L’ambiance est familiale. Je suis bien accueilli par tous et me sens rapidement comme à la maison. Il y a également un autre bénévole, arrivé un peu après moi, Edison, qui vient d’Uruguay et qui aide au nettoyage, avec lequel je m’entends bien.

Les missions :

Je suis chargé de l’accueil à la réception le matin mais dans les faits surtout de la préparation du petit déjeuner, qui est offert aux visiteurs. Je travaille très tôt, en fonction des départs en excursions, mais j’ai mes après-midis libres et le soir je dois juste installer le petit-déjeuner pour le lendemain avant de me coucher. Il m’arrive de donner ponctuellement un coup de main au nettoyage mais c’est souvent de ma propre initiative. Même le matin, vu le peu de visiteurs, j’ai beaucoup de temps pour moi et bricole sur mon ordinateur.

Côté activités, je fais quelques balades et visites mais je prends surtout le temps de me détendre, discutant avec les autres, lisant et me replongeant dans la série Narcos, quand la connexion internet me le permet, histoire de me mettre dans l’ambiance colombienne, pays où je compte me rendre dans quelques mois.

Mar 22 :

Il n’y a pas d’excursion aujourd’hui. Du coup je ne commence qu’à 8h. Je n’ai pas grand chose à faire, d’autant que Nadia anticipe certaines questions avec les résidents. Je suis surpris par son accent mais j’apprends qu’elle est d’origine israélienne. Cela dit, en croisant des écoliers l’après-midi, je perçois aussi un petit accent russe. Côté éducation, les filles d’Ivan et de Nadia ne vont pas à l’école. La plus grande bénéficie d’une scolarité maison ; je peux voir Ivan à la tâche.

Je pars l’après-midi faire un tour dans Puerto Natales, longeant d’abord le golfe, du port de pêcheurs à l’est (pas vraiment accessible) jusqu’à la sortie de la ville, puis déambule dans les rues. La ville est déserte ; je n’ai pas forcément choisi la meilleure heure (entre 13h et 15h tout est fermé). Il faut que je me cale davantage sur leur rythme car cela fait plusieurs fois que je me fais avoir. Il fait soleil et je profite des belles vues sur le golfe.

De retour à l’auberge, Rodriguo me donne quelques infos sur les circuits qu’ils organisent et je prospecte sur ce qu’il y a à faire dans les environs. Je contacte Vincent et j’apprends qu’il est lui aussi à Puerto Natales, bénévole dans une autre auberge. On se retrouve dans la soirée pour aller boire un verre (difficile de trouver un bar), puis l’on va à son auberge passer une partie de la soirée. Elle est plus sommaire que la mienne mais agréable aussi. Il a un bon contact avec le propriétaire qu’il a rencontré en randonnant dans le Torres quand il y est allé avant Ushuaïa. Il est aussi guide et en ce moment fait la boucle complète du parc avec 2 touristes. Les conditions y sont devenues assez extrêmes et la tâche ne doit pas être facile. C’est aussi un grimpeur ; il y a une petite salle de bloc dans son auberge.

J’ai un souci avec l’heure en rentrant ; par je ne sais quel phénomène étrange, mon téléphone et mon ordinateur se sont déréglés. Même en recherchant sur internet le Chili n’est pas à la bonne heure ; ça me confirme que l’on est bien hors du temps ici mais je ne veux pas me louper avec le réveil.

Mer 23 :

Cette fois je dois être prêt à 6h30 ; la nuit a été courte mais ça va devenir une habitude. Un peu désoeuvré, j’en profite pour trier mes photos ; c’est maintenant ou jamais.

L’après-midi, je vais explorer le Cerro Dorotea, à 8 km de la ville. Ian m’y emmène dans son vieux camion (un VW) et me montre un chemin pour rentrer gratuitement. Je n’ai pas de scrupules car je reviens par l’entrée principale et elle est fermée. Des policiers à l’entrée me disent eux-mêmes de passer par dessus la barrière.

La montée est très raide ; je mets 1h15 en me perdant un peu dans la forêt. Si j’en crois internet, j’ai grimpé 700m. Le terrain est gelé par endroit et je trouve de la neige en haut. La forêt est très belle, avec des arbres couverts d’une mousse légère vert pâle. On en voit beaucoup en Patagonie ; c’est apparemment signe d’air pur. Il y a également de grosses boules végétales colorées dans les arbres. C’est un peu noël. D’en haut la vue, à presque 360 degrés, est magnifique ; on y voit la ville, le golfe, tous les sommets alentours et les plaines du côté argentin. J’aperçois de grandes falaises en forme de cratère. Il y a visiblement un site d’escalade mais je ne parviens pas à le trouver. Ayant déchiré ma doudoune (que je suis bien content d’avoir apportée dans mes bagages), je sème des plumes sur le chemin. Je rentre en stop ; il y a peu de voiture mais je n’attends pas longtemps.

Le soir, je passe la soirée tranquillement à l’auberge, bercé par le son d’un groupe répétant dans la maison d’à côté.

Jeu 24 :

Il n’y a que 5 clients aujourd’hui donc pas de surmenage. Je fais connaissance avec Edison, le nouveau bénévole, arrivé hier soir.

L’après-midi, je pars pour les grottes de Milodon. Ivan m’avait proposé de m’y accompagné avec ses filles, mais ne le voyant par revenir à 14h30, je pars en stop. Je trouve une voiture assez vite à la sortie de la ville. Le chauffeur m’explique que la route pour y aller est fermée pour plus d’un an, obligeant les voitures à faire un grand détour par une petite route. Par chance, lui travaille sur le chantier et paraît en être un responsable ; il emprunte la route en travaux puis me dépose devant le parc. Il m’explique qu’il habite près de Santiago mais vient ici sur les périodes de travaux, qui s’arrêtent en hiver, donc dans quelques jours.

Le parc est assez grand avec trois grottes, un belvédère et une concrétion rocheuse particulière, la Silla del diablo, assez belle. Je mets deux heures à en faire le tour et n’y croise qu’un seul groupe. L’ambiance y est donc très apaisée. Certains tours y passent en soirée en revenant du Torrès del Paine mais j’imagine qu’ils ne font que la grotte principale. Le paysage alentour est magnifique ; on ne se lasse pas des vues sur le golfe, sur les plaines et les sommets. Les grottes (plus des cavernes en fait) sont très larges mais ne présentent pas de charme particulier.

J’enjambe une barrière pour m’économiser 3 km de marche inutiles (aller à l’entrée puis revenir par la route en chantier) puis refais du stop. Il y a peu de voiture mais la 3ème s’arrête. Il s’agit d’employés travaillant dans les excursions nautiques. Je passe au port où je trouve le ferry Navimag, qui fait l’été la croisière jusqu’à Puerto Montt mais à cette période le bateau s’en tient à son rôle de cargo. Je m’étais renseigné à Punta Arenas. Il y a une belle luminosité sur le golf malgré le plafond nuageux.

Le soir, on a le droit à une crise des filles des propriétaires (c’est assez régulier). Je fais une rapide expédition nocturne pour prendre la température de la ville. Il n’y a toujours pas grand monde, hormis quelques clients dans les bars-restaurants regardant un match de foot.

Ven 25 :

Il n’y avait personne cette nuit à l’auberge. Je me lève donc plus tard et me vois octroyer le grand ménage de la cuisine. J’y passe la matinée puis reste l’après-midi à l’auberge. Pas d’excursion aujourd’hui.

En revanche, ayant évoqué avec Ivan mon projet d’aller explorer le Torres del Paine, il me propose de me joindre à un trek cette semaine. Au départ, il était question du célèbre W pour 4 jours, où j’aurais aidé le guide en échange du tour gratuit ; une très bonne opportunité. Finalement les intéressés se dédisent mais il y a un départ demain pour un jour de trek vers les fameuses tours, c’est déjà ça. Le départ est prévu à 6h30 avec les 4 clients de l’auberge. Je leur préparerai le petit déjeuner et partirai avec eux.

Le soir, entre les préparatifs du trek, je vais prendre un verre avec Vincent à la Distillerie, un bar que nous avons repéré et qui n’est ouvert que les vendredis et samedis. Le cadre est agréable et les cocktails originaux et bons. J’ai néanmoins passé 45 minutes dehors dans le froid à attendre Vincent alors qu’il était à l’intérieur.

Sam 26 :

C’est un jour off pour moi et l’occasion d’aller découvrir les fameuses tours qui ont donné leur nom au parc national. L’excursion s’appelle Base Las Torres et, bien que bien balisé, on est obligé d’avoir recours à un guide en période hivernale pour le faire. On est treize au total (le bus passe nous prendre dans les différentes auberges), encadrés par 2 guides, Natalia et Martha ; l’une ouvre la marche, l’autre la ferme. On marche 18 km en 8 heures avec 750 m de dénivelé mais on avance très lentement et le parcours me semble plutôt facile. Ce sont les journées du Patrimoine culturel au Chili (nos guides n ‘étaient même pas au courant) ; nous sommes donc exonérés du droit d’entrée au parc.

La météo est assez surprenante : il y a énormément de vent au départ : on ne peut même pas avancer par moment, les rivières sortent de leur cours en projections et je vois une cascade s’écouler à l’horizontal. Ca se calme ensuite ; le temps reste couvert, mais ne nous empêche pas d’assister à un magnifique levé de soleil d’un rose vif, et de voir les tours. On a le droit à de la neige mais en tout petit flocon, pas très dérangeants, si ce n’est leur projection avec le vent qui nous fouette le visage. Dans le bus, la guide nous disait qu’on ne serait pas sûr de pouvoir aller au bout, mais tout le monde arrive en haut.

Le décor est très beau dans le parc. Les tours sont majestueuse, même si elles ont la tête dans les nuages et sont moins colorées que sur les photos, avec un lac glacière en contrebas. Le sentier traverse des prairies, la forêt et une moraine au final. Il est bien aménagé et très prisé en été, avec plus de 500 randonneurs par jour. On m’a tellement parlé du W, dont nous empruntons aujourd’hui une partie, que ce que je vois est un peu en-dessous de mes espérances ; il me faut revenir dans le parc par meilleur temps pour en explorer les autres espaces. J’en ai bien l’intention la semaine prochaine.

Le soir, j’apprends qu’Ivan s’en va pour 15 jours en Argentine faire de l’alpiniste et je découvre de nouveaux clients.

Dim 27 :

Encore un levé très matinal puis une matinée tranquille. Au miracle, j’arrive enfin au bout des photos de la Nouvelle Zélande qui mettent très longtemps à se charger sur le blog. Quatre nouveaux pensionnaires, des anglais, arrivent dès le matin et il n’y a personne dans la maison donc je les accueille. Ils partent demain pour faire le W. Rodrigo leur organise cela à son arrivée. J’aide aussi Edison à nettoyer les chambres car la femme de ménage n’est pas là aujourd’hui puisque l’on est dimanche.

Je reste une bonne partie de la journée à l’auberge mais aujourd’hui le temps s’est complètement dégagé (ça aurait vraiment été la journée parfaite pour partir en trek) et je vais voir le coucher de soleil au bord de l’eau ; malheureusement à ce moment là, le ciel se couvre à nouveau. J’en profite pour faire un tour dans la ville ; l’heure est plus propice cette fois mais on est dimanche et l’ambiance est encore assez morte. Selon Rodrigo, en pleine saison, la ville est vraiment agréable.

Ce soir les propriétaires s’en vont. Ivan comme prévu mais aussi Nadia et les 3 filles. La maison est beaucoup plus calme. En fait c’est réellement la fin de la saison ; ils partent tous en vacances et une nouvelle, Charlotte, arrive jeudi pour reprendre l’affaire pendant les mois d’hiver.

De mon côté, je me suis décidé à rester jusqu’à jeudi, où je partirai pour El Calafate pour faire le Perito Moreno. Et mercredi j’ai l’intention de louer une voiture pour retourner au parc et l’explorer de manière autonome. Je devrais y aller avec Edison et peut-être aussi Vincent. C’est aussi la météo qui a dicté mon choix.

Lun 28 :

Tout le monde part tôt ce matin. Il y a un petit contretemps avec les anglais partant faire la W : un premier chauffeur arrive en avance et met un peu la pression alors que le guide le suit de peu avec un second véhicule. Du coup ils n’ont pas le temps de manger alors qu’ils vont avoir besoin de quelques calories. Je tente de me recoucher car la nuit a été courte, mais ne parviens pas à dormir. Je reçois des coups de fils à l’accueil et y réponds en espagnol : je vais au plus simple et leur dit de rappeler plus tard. J’en profite peaufiner un peu mon blog et tenter de comprendre quelques subtilités de worpress.

C’est encore une très belle journée. Je mange dehors puis vais me promener le long du golfe en direction de l’est cette fois. Il y a pas mal de déchets rapportés par la mer sur ce pseudo sentier mais c’est très calme et plutôt agréable, avec toujours en fond les montagnes. Je croise de nombreux oiseaux qui se dorent au soleil : de beaux signes au col noir, des cormorans et une famille de flamands rose Arrivant à un phare, je prends un chemin perpendiculaire qui monte, pour avoir un plus grand panorama. Je ne peux pas aller bien loin (le chemin est boueux et la route close) puis reviens en partie à travers champs, suivant les traces de cavaliers. En arrivant en ville, je prends des routes que je n’ai pas encore empruntées et découvre un quartier agréable, non loin de l’auberge, où je reviens ensuite.

Je pose plusieurs questions pratiques à Rodrigo : où louer une voiture, le parcours idéal dans le parc Torres del Paine, bus ou stop pour El Calafate, où je peux trouver une tente d’occasion car je me dis que ça peut m’être utile maintenant ; apparemment tous les loueurs les revendent en fin de saison mais c’est déjà fait en grande partie.

La soirée est calme, avec seulement 2 résidentes à l’auberge, que l’on ne voit presque pas. J’écoute Rodrigo et Edison échanger en espagnol, puis en découvre un peu plus sur Edison, un nomade dans l’âme.

Mar 29 :

Les résidentes s’en vont en fin de matinée et Rodrigo se lève très tard (il dort sur place quelques jours). On ne m’a rien demandé mais je me lève pour 8h, histoire d’assurer l’accueil ma dernière journée.

L’après-midi, j’ai pas mal de chose à faire. J’ai repéré des adresses la veille et m’y rends. Je commence par l’agence de location de voitures. Malgré les horaires d’ouvertures indiqués, j’attends une demi-heure que quelqu’un arrive (le rythme chilien ?!) mais j’obtiens ce que je veux. Je fais ensuite deux compagnies de bus qui ont des trajets pour El Calafate. La première effectue son dernier trajet de la saison demain mais la deuxième propose bien un bus jeudi matin. Je ne prends néanmoins pas mon ticket tout de suite car si je trouve une tente d’occasion (ça c’est ma troisième mission), je tente le stop pour y aller. Je fais 3 agences de location de matériel ; l’une m’en propose une, visiblement très bonne mais pour un coût un peu élevé pour l’usage que je vais en avoir. Je temporise encore et fais bien car Edison me donnera finalement la sienne, sous l’égide de la fraternité entre backpackers (ainsi armé, j’en suis maintenant vraiment un). Sur le chemin je m’arrête à la farmacia où j’arrive tant bien que mal à me faire comprendre ; j’ai depuis quelques temps d’énormes cors aux talons, à force de marcher, qui commencent à me faire mal.

En revenant à l’auberge, je discute encore longuement avec Edison qui me propose une solution alternative pour la voiture : une de ses connaissance lui a proposé de nous y emmener moyennant de le remplissage du réservoir de son pick up. Après étude, la location reste plus économique et je récupère la voiture ce soir pour pouvoir partir de bonne heure demain.

Beaucoup de démarches inutiles me direz-vous ? Pas vraiment car, j’arrive bien à mes fins et en apprends chaque fois un peu plus sur les usages du pays.

La journée a été froide et pluvieuse et il neige ce soir. Cela ne m’empêche pas d’aller assister à un concert avec Vincent, en extérieur avec une température proche de zéro. Il s’agit de Damas Gratis, un groupe argentin très populaire jouant de la cumbia, avec néanmoins quelques clichés et messages que nous trouvons de mauvais goût, comme la kalachnikov dessinée sur la guitare clavier du chanteur. Plus de 5000 personnes de tout âge (soit près de la moitié de la population de la ville) s’y sont données rendez-vous et semblent très enjouées.

Bilan :

Une fois de plus, le bilan de cette semaine de bénévolat est positif. Si cette ville est très touristique et donc moins authentique, j’ai pu vivre quelques jours la vie d’un travailleur chilien, découvrir quelques usages du pays et retrouver un rythme quotidien changeant de mon itinérance perpétuelle. La ville manque un peu d’animation à cette saison mais j’ai apprécié le déroulement tranquille de mes journées et le cadre apaisant de l’auberge dont j’ai pu découvrir l’organisation. J’ai finalement peu discuté avec Ivan mais j’ai apprécié mes échanges avec Rodrigo et Edison. J’ai peu parlé espagnol mais l’ai beaucoup écouté.

J201 – Lun 21/05 : Installation à Puerto Natales

Je prends la route aujourd’hui pour Puerto Natales. Je prends mon temps le matin (je remets mon blog à jour) et même un peu trop ; un incompréhensible problème technique m’indique la mauvaise heure sur mon ordinateur et je loupe le bus que je souhaitais prendre. Heureusement je n’avais pas encore de billet et je trouve une autre compagnie qui propose un départ imminent.

Je pars donc à 13h pour 3h de route, sous le soleil. Nous ne sommes pas nombreux dans le bus. La route est bordée d’immenses plaines, très belles, à l’image de celles traversées pour aller à Ushuaïa, avec quelques estancias (de grandes fermes) ici et là. Je croise encore quelques guacanos et même un couple d’émeus. J’étais surpris de ne pas apercevoir la cordillère mais elle s’étend plus à l’ouest et je retrouve les montagnes enneigées à l’horizon en arrivant à Puerto Natales, que je découvre.

J’avais pris contact, avant de me rendre en Terre de Feu, avec l’auberge Lili Patagonico’s pour y être bénévole et j’y ai rendez-vous. J’hésite encore sur le chemin à m’engager, car il ne faut pas trop m’attarder dans le sud si je veux pouvoir enchainer les nombreux sites que l’on m’a conseillés avant qu’ils ne ferment à leur tour, en remontant le Chili et l’Argentine. Je me dis aussi que, tant qu’à être bénévole, je préfèrerais le faire dans une estancia isolée, pour appréhender ce mode de vie extrême. Mais l’endroit me plaît en arrivant et je peux y avoir de bons conseils, voire bénéficier d’un circuit organisé pour le Torres Del Paine. Je décide donc d’y rester une semaine. Je m’occuperai de l’accueil en matinée. Ca me donnera aussi l’occasion de me mettre un peu plus franchement à l’espagnol.

Je fais un rapide tour de la ville, avant que Rodrigo ne m’enseigne les rudiments de la gestion de l’auberge. Ivan, le propriétaire, que j’ai rencontré en arrivant, s’est exceptionnellement absenté ce soir. Me voici donc, dès le premier jour, le référent du lieu pour la nuit. Enfin il y a quand même dans les murs Nadia, l’ex copine d’Ivan, avec ses enfants, qui connait la maison. 

J200 – Dim 20/05 : Navigation dans le grand sud

J’ai passé une bonne nuit dans le bateau, peu réveillé par les soubresauts des vagues. A 3 dans une cabine de 40, on ne s’est pas vraiment gênés. Le petit déjeuner est simple mais suffisant.

Je découvre à mon réveil une météo très mauvaise (pluvieuse et froide), qui restera la même toute la journée. Ca gâche forcément un peu la traversée, notamment en termes de visibilité. Je fais quelques sorties rapides sur le pont, où je prends de grandes bouffées d’oxygène, mais reste l’essentiel du temps en cabine, admirant le paysage par les fenêtres.

Une grande partie du parcours est située dans le parc national Alberto de Agostini. On ne voit plus de glaciers (s’il y en a, ils sont cachés par les nuages) mais les montagnes se jetant dans la mer sont assez impressionnantes par leur taille et l’atmosphère qu’elles dégagent, blanches au sommet, brutes ou recouvertes d’une sombre végétation, avec quelques espaces plus colorés. On croise une multitude d’îles et d’îlots et les passages les plus étroits, en rejoignant le détroit de Magellan, sont les plus agréables. La mer est beaucoup plus agitée quand on sort des fjords et que l’on navigue dans l’océan Pacifique, en milieu de parcours.

On se sent vraiment isolés et les rideaux de nuages accrochés aux montagnes apportent un côté ténébreux et énigmatique. Même la faune est peu présente ; on croise quelques phoques et oiseaux mais ils se font rares. En revanche, je vois enfin pour la première fois des pingouins, regroupés sur de petits îlots ou fuyant en nageant l’approche du bateau. Ce ne sont pas des pingouins empereurs mais une variété plus petite ressemblant davantage à des oiseaux. Je ne les vois pas très bien mais je suis content. On croise quand même sur le chemin deux petits bateaux, probablement des pêcheurs.

Le bateau arrive un peu en avance, à 22h30, et je partage un taxi avec un passager du bateau (je voulais un taxi collectif mais je n’en n’ai pas trouvé à cette heure-là) pour rejoindre l’auberge Samarce (celle où je suis venue la semaine dernière), où le propriétaire m’attend. J’y rencontre des chiliens qui m’offrent un pisco en tentant de lire l’avenir avec des cartes.

Au final, en dépit de la météo, cette traversée en bateau a été une expérience insolite et intéressante ; j’ai l’impression de mieux percevoir ce que peut être le quotidien d’un marin.

J199 – Sam 19/05 : Mirador et embarquement

Cécilia est vraiment aux petits soins : elle nous a quitté tard hier soir et reviens au petit matin nous préparer le petit déjeuner avec du pain tout frais. Elle nous emmène ensuite au pied du sentier de randonnée et rapporte dans la journée une énorme marmite de crabes à déguster. L’ambiance entre convives s’en ressent et devient familiale.

L’île de Navarino, sur laquelle se trouve Puerto Williams, au sein de l’archipel du Cap Horn, est un beau lieu de randonnée. Il y a un trek de 4-5 jours, los Dientes de Navarino, à faire plutôt l’été puisqu’il nécessite de camper, qui traverse toute l’île. Nous en empruntons le début pour nous rendre au Cerro La Bandera, un très beau belvédère sur le détroit et les autres sommets. J’y vais avec 3 autres résidents, 2 chiliennes et indien, un pilote travaillant aux Malouines, qui nous sème assez vite. Le parcours de 3 km est raide mais pas trop difficile. Il passe dans la forêt On aperçoit du haut l’arrivée de la régate, une quinzaine de voiliers et la couleur de l’île, éclairée par le soleil rasant, a une dominante violette. Nous revenons par le même chemin puis tentons un autre sentier vers un lac qui s’avère vite impraticable.

En rentrant au centre, j’ai à nouveau une impression de ville fantôme, amplifiée par l’architecture froide et répétitive et le regard de certains habitants sur mon passage. Pas de toute, on est vraiment dans une contrée perdue au bout du monde. Je dis au-revoir à Cécilia (elle espère me revoir l’été dans deux ans) et aux autres puis pars prendre le bateau, juste en face.

Il n’y a qu’une quinzaine de passagers. Le bateau est un ferry ; les espaces passagers sont réduits mais restent confortables, même en classe économique, où je suis, qui est réservée prioritairement aux locaux. Le bateau part avec une heure de retard, soit à 17h. J’assiste en attendant aux manœuvres des marins procédant à son chargement. Le soleil se couche malheureusement assez vite après notre départ, illuminant le détroit de belles teintes, et il fait déjà bien nuit quand on passe au large d’Ushuaïa, plus de deux heures plus tard. Entre temps j’ai pu admirer des phoques (ou des otaries, je ne connais pas la différence), jouant à la surface de l’eau sur notre passage, et une famille de baleines ; elles sont un peu plus loin mais je devine leur course par leurs nombreux jets d’eau et peux apercevoir à plusieurs reprises leurs queues dépassant de la surface.

Après le repas, plutôt sommaire et servi dans un plateau de prisonnier, on fait un arrêt dans un endroit isolé ; d’après le Gps (je suis notre progression sur MapsMe), il s’agit de Caletas dos de Mayo. On ne voit que des ombres et il y a beaucoup de vent mais le ciel est étoilé. Cela fait une drôle d’impression de naviguer, de jour comme de nuit, dans ce grand chenal, loin de toute habitation : on se sent tout petit dans une nature sauvage. Je reste l’essentiel du temps à l’intérieur, essayant de deviner les glaciers par le hublot et regardant un film pour m’occuper. A 22h, on nous distribue des couvertures puis c’est l’extinction des feux. Mais je reste encore éveillé un moment. Vers minuit le bateau ralentit sa course et scrute l’horizon avec un projecteur, pour éviter les icebergs flottant à la surface. Il y a plusieurs glaciers dans cette zone et certains se déversent directement dans la mer. Le trajet est probablement plus grandiose dans l’autre sens car l’on peut admirer les glaciers de jour (j’ai d’ailleurs découvert que l’on peut revenir en avion pour un coût raisonnable), mais j’espère moi aussi avoir le droit à de belles surprises demain.

J198 – Ven 18/05 : Le bout du bout du monde

J’ai rendez-vous à 10h ce matin pour prendre le bateau me menant à Puerto Williams, ou plus exactement à Puerto Navarino (du nom de l’île), la dernière partie s’effectuant par voie terrestre. On dit qu’Ushuaïa est la ville la plus australe mais en fait Puerto Williams est encore plus au sud. Mais c’est au Chili et moins connu. Pour mettre tout le monde d’accord, on dit que c’est le village le plus austral. J’arrive donc au bout du bout du monde.

J’ai 20 minutes de traversée, dans un petit bateau confortable avec 2 familles du cru. On traverse de petites îles et sur l’une, il nous semble apercevoir des pingouins (enfin ce sont des manchots dans cette région), mais j’ai un doute ; j’ai une irrésistible envie d’en voir mais de l’avis de tous, ils ont migré fin avril vers d’autres contrées. L’attente est assez longue, d’abord à Ushuaïa puis à Puerto Navarino, où l’on attend un agent des douanes, qui nous demande si l’on n’a pas de nourriture. Les formalités administratives ont l’air lourdes (beaucoup de papiers) et les contrôles sont plus strictes dans le sens Argentine-Chili. Mon transport (au coût assez exorbitant, non concurrence oblige) incluait le bus mais c’est finalement une famille qui m’amène à Puerto Williams, à la demande du douanier. Il y a 55 km sur une petite route en terre, que nous mettons 1h et demi à parcourir, dans un décor superbe. Arrivant en ville (c’est quand même plus une ville qu’un village !), nous passons à nouveau par un bureau de l’immigration, qui vise mon passeport. La famille s’en va avant que je n’aie le temps de lui dire au revoir.

Je me rends à pieds à l’auberge El Padrino, sur laquelle j’ai vu de très bons commentaires sur des blogs, face au port. C’est une hospedaje, un terme qui désigne habituellement un hébergement chez l’habitant, ce qui n’est pas vraiment le cas ici, même si Cécilia, la propriétaire, est très présente et maternelle. Quand j’arrive, vers 13h, la porte est close. Je laisse mon sac dehors, fait un premier tour d’horizon du village puis reviens pique-niquer sur la terrasse. Je n’attends pas longtemps. Cécilia arrive avec toute sa bonne humeur, me fait la bise, et m’offre un café. Il n’y a pas l’air d’avoir eu beaucoup de monde dernièrement. On fait du feu et la maison reprend vie.

Au centre aussi tout semble fermé à mon arrivée, telle une ville fantôme, mais passé la pause de midi et en trouvant les bonnes portes, je finis par la voir un peu plus animée. Tout n’est pas très joli, avec des barres de maisons identiques dans plusieurs rues, pour héberger les militaires, et un bord de mer ressemblant plus à un parc industriel. Mais le port de plaisance, en retrait et tout petit, est plus agréable, avec un cours d’optimistes quand j’arrive, et le décor tout autour est superbe. Je me promène ici et là, en passant par le haut de la ville, d’où je peux admirer les montagnes, et finis par me rendre au village Ukika, à deux pas de l’auberge, où ont été cantonnés les habitants originels de l’île, qui sont 70 aujourd’hui. Il est de bric et de broc et sent la pauvreté. Ca pose quelques questions sur l’histoire et le traitement qui leur a été réservé. Puerto Williams est un point stratégique du Chili, encore en guerre avec l’Argentine il n’y a pas si longtemps, et a été développé comme une base militaire.

Il fait un temps magnifique et les jours semblent plus longs ici. Ushuaïa, donnant au sud et étant cachée du nord par de hautes montagnes, reste plus à l’ombre. En revanche, il y a beaucoup plus de vent ; celui-ci s’intensifie en soirée et la mer devient plus agitée. Il n’y a pas de wifi à l’auberge et visiblement peu dans l’île. J’en trouve néanmoins au bar d’en face, un salon de thé un peu cosy, où je vais me réfugier et me réchauffer à la tombée de la nuit. J’en profite pour vérifier la confirmation du bateau pour demain (la seule urgence pour moi), puisque l’agence sur place était fermée cet après-midi.

Nous devions être deux à l’auberge mais en fait elle se remplit dans la soirée, avec d’abord 3 marins argentins, en combinaison de ski (comme tous ici), venus en voilier d’Ushuaïa (ils ont mis 6 heures), pour accueillir la fameuse régate. Les autres pensionnaires (5 personnes) arrivent tous en même temps, vers minuit. Ils sont venus de Punta Arenas avec le bateau que vais prendre demain.

J197 – Jeu 17/05 : Parc national Terra del Fuego

On part pour le parc national Terra del Fuego aujourd’hui avec Vincent, Quentin et Coraline. Il y a un service de navettes depuis l’hôtel mais il est assez cher et nous préférons y aller en bus puis en stop. Le bus nous amène jusqu’à la sortie de la ville, à 5 km de l’entrée du parc mais nous trouvons, après quelques kilomètres parcourus à pieds, une voiture qui nous amène jusqu’au bout du parc. J’avais dans l’idée de monter de mon côté au sommet Guanaco, par un sentier visiblement très pentu avec une large vue d’en haut sur la Cordillère, mais je suis finalement le mouvement.

Le parc est assez touristique avec des chemins bien aménagés. Il y a même un petit train, un peu ridicule, qui ne parcourt qu’une très courte distance pour accéder au parc. Mais à cette saison le célèbre parc est peu fréquenté et les points de vues sont majestueux, qu’ils donnent sur le détroit de Beagle (j’ai décidé de ne plus l’appeler canal car ça n’en n’est pas un), sur les différents lacs du parc ou sur tous les sommets environnants. La frontière du Chili est toute proche à l’est ; comme partout en Terre de Feu, elle est rectiligne et complètement arbitraire. On traverse plusieurs zones boisées mais les abords des lacs et les sommets sont dégagés. La variété des décors et les contrastes de couleurs sont magnifiques et la sensation de grandeur assez démesurée. Nous croisons peu d’animaux, seulement des oiseaux, de très beaux et gros piverts (l’un à la tête rouge, un mâle), que nous admirons à l’œuvre.

Il fait un temps magnifique (le soleil est moins caché qu’au Lac Emeraude) et nous marcherons au total une vingtaine de km (15 pour revenir vers l’entrée du parc plus ceux parcourus avant et après). Vincent a un rythme plutôt rapide. Quentin et Coraline ont moins l’habitude de randonner et peinent un peu en fin de parcours. Il faut dire que le long du Beagle, le parcours n’est pas plat ; on alterne montées et descentes. Pour le retour, on se sépare. On laisse le couple prendre la première voiture que l’on trouve très vite. Pour Vincent et moi ce sera plus difficile ; il y a peu de voitures en cette fin de journée, elles ne s’arrêtent pas et la température commence à tomber. On finit quand même, après un peu de marche, par trouver un pick up ; on monte dans la beine, à la fraiche mais avec un beau panorama, puis dans l’habitacle quand le chauffeur dépose 2 autres stoppeurs en cours de chemins. Ces derniers n’ont d’ailleurs pas été très loyaux. On les a doublé en marchant et en échangeant quelques mots, ils nous ont dit qu’ils allaient prendre un taxi. Sans cela, on serait resté derrière eux. Quand la voiture nous dépose, il nous reste encore une demi-heure de marche pour rentrer. Je m’arrête également acheter de quoi manger.

A peine rentré à l’auberge, je dois en ressortir car j’ai reçu une confirmation de l’agence, pour le bateau, me donnant rendez-vous à 19h30 pour le paiement. Ce n’est heureusement pas bien loin et c’est plutôt rassurant car la réponse avait tardée à venir. Dans la foulée, je tente de réserver une auberge qui n’est pas sur les sites de booking, ainsi que le bateau pour Punta Arenas ; j’espère avoir les réponses très vite car je n’aurais plus accès à Internet ensuite. Le soir, Vincent me donne des conseils très détaillés pour ma remontée de la Cordillère en Argentine et au Chili.

J196 – Mer 16/05 : Randoboue à Esmeralda

Je pars aujourd’hui pour Laguna Esmeralda, un lac d’altitude au nord est de la ville. Après être passé à l’Office du tourisme, où je fais tamponner mon passeport et demande quelques conseils, je prends le bus qui m’amène à la sortie de la ville. Les tickets ne se vendent pas dans le bus mais le chauffeur me laisse monter. J’y retrouve Quentin et Coraline, qui sont à mon auberge ; nous passerons la journée ensemble. A la sortie de la ville, on doit se signaler à la police puis faisons du stop. Il y a peu de voitures mais nous finissons par trouver une camionnette qui nous emmène au point de départ du sentier.

Le parcours aller fait 5 km, que nous ferons en 1h20. Il n’est pas très bien indiqué mais nous finissons toujours par le retrouver. Nous traversons la forêt et des plaines laissant apparaître de beaux points de vue sur les montagnes environnantes et longeons un moment un cour d’eau. Le terrain est très gadouilleux. Certaines parties sont encore gelées et plus facilement franchissables et d’autres sont aménagées à l’aide de morceaux de bois, mais nous sommes obligés de traverser de nombreuses zones plus glissantes où la terre colle à nos chaussures.

Arrivés à notre objectif, nous découvrons un lac vert émeraude, totalement gelé, au creux des montagnes et glaciers. On tente de marcher dessus mais sans nous aventurer trop loin ; une chute dans l’eau serait fatale. Nous y pique-niquons. Malgré un ciel dégagé, le soleil ne se montre pas pour nous réchauffer, restant caché derrière les montagnes et de bas nuages. Nous ne savons d’ailleurs pas s’il se lève encore ou commence à se coucher ; les jours étant courts, il ne monte pas très haut dans le ciel. Nous admirons le décor puis redescendons tranquillement. Nous trouvons facilement une voiture pour nous ramener. A bord, le couple nous offre du maté ; ici tout le monde en boit et le partage facilement.

Il n’est pas très tard et nous avons envie d’un goûter ; nous partons avec Quentin à la recherche d’une panaderia puis revenons à l’auberge. On y retrouve Vincent et Coraline et passons une bonne partie de la soirée ensemble.

J195 – Mar 15/05 : Le glacier Martial

Une météo pluvieuse est annoncée aujourd’hui. Je remets donc à plus tard le lac Esmeralda et le parc national Terra del Fuego, les incontournables ici, et décide d’aller explorer le glacier Martial au nord-ouest de la ville. En partant, je refais un tour au port fermé hier ; j’apprends qu’une frégate est en partance samedi pour Puerto Williams et récupère un contact téléphonique. Ca fait un peu tard pour moi (le bateau pour Punta Arenas partant lui-même samedi) mais ça vaut le coup d’explorer cette piste, sans doute moins onéreuse et plus exotique que celle que j’ai déjà trouvée.

Le glacier n’est pas très loin mais je parcourrai quand même une vingtaine de kilomètres aujourd’hui. Il me faut un moment pour sortir de la ville, ce qui me donne l’occasion de traverser les quartiers nord, moins touristiques. J’y trouve un belvédère pour pique-niquer en admirant la baie. J’emprunte ensuite un sentier bien balisé et plutôt agréable traversant la forêt. Le terrain est un peu enneigé mais reste praticable. Arrivé à un téléphérique (ne fonctionnant pas actuellement), au pied d’une piste de ski, les indications s’arrêtent mais je poursuis mon chemin jusqu’au pied du glacier. Je marche alors dans la neige, des parties sont totalement gelées. Le glacier n’est pas aussi impressionnant que d’autres, il est recouvert de neige, mais le relief noir est blanc l’entourant est très beau et la vue sur le canal impressionnante. Je monte d’abord à un belvédère puis tente de me rapprocher du glacier mais le terrain devient trop difficile et le vent nous fait rebrousser chemins. Je dis nous car j’y ai rencontré Anne et Benoît, deux tourdumondistes qui débutent leur circuit, et redescends avec eux par la piste de ski. On passe un bon moment ensemble et terminons par déguster un verre dans un bar-boulangerie. Je prends une bière artisanale locale, une Cape Horno.

Revenant à l’auberge je me fais à manger en testant la viande argentine, si réputée. La mienne n’est pas extraordinaire ; il faudra que j’essaye au restaurant.

J194 – Lun 14/05 : Le long du Beagel

Je suis impressionné en sortant le matin de l’auberge par le paysage qui m’entoure. Ushuaïa offre une vue magnifique et large sur le canal Beagle et est entourée de tous côtés de montagnes, dont la plupart sont enneigées sur la partie supérieure.

Mon but premier de la journée est de faire le tour des ports, à la recherche d’un bateau partant pour Puerto Williams dans la semaine et qui pourrait m’y emmener. Je commence par les deux petits : l’un est fermé et, au deuxième, on me dit d’abord de voir avec les plaisanciers en direct où un homme, que j’interroge en espagnol, me répond qu’il n’y a pas de départ de prévus. J’en profite pour faire un tour sur cette péninsule abritant l’aéroport et admire les points de vues dans toutes les directions, baignés par le soleil. Je rejoins ensuite le port principal. Pas très grand non plus, il n’est pas accessible directement mais plusieurs cabanes d’agences touristiques se dressent sur l’esplanade. On est maintenant en basse saison et la majorité sont fermées. Deux affichent Puerto Williams comme destination ; j’y prends les contacts indiqués.

Sous les conseils de Marion, rencontrée à l’auberge, je décide alors d’aller explorer la côte longeant le canal Beagle. Je repère sur la carte la balise Escarpados, puis le belvédère San Sebastian, à 8 km, qui seront mes objectifs.

Le chemin pour sortir de la ville est assez long et pas très agréable (une vaste zone industrielle, de la circulation, pas de trottoirs). Je m’arrête déjeuner dans une galerie marchande puis reprends la route, qui se transforme ensuite en chemin. Arrivée dans la réserve naturelle, le paysage devient superbe : des points de vue lointains sur le canal (et notamment sur le phare des éclaireurs et les îles montagneuses et îlots bordant le canal), de belles plages sauvages, une végétation colorée résistant aux attaques du vent, une faune riche : j’aperçois de nombreux phoques (ou animaux de la même famille), en meutes et de gros gabarit, dont certains font des bonds hors de l’eau à la manière de dauphins, plusieurs oiseaux dont une colonie d’une espèce ressemblant à des perroquets, verts avec une queue rouge, et au final une baleine, qui fait plusieurs apparitions dans le canal. C’est vraiment le type de paysage que j’affectionne, mêlant mer et montagne, sauvage et énigmatique. Il prend au coucher du soleil de superbes couleurs (les journées sont courtes ici). Je reste un long moment au belvédère final, sans me soucier de l’heure, puis trouve sur le retour un véhicule qui me ramène (un argentin avec sa mère, qui sont également à mon auberge).

Je reprends au retour mes investigations nautiques à la recherche de la seule agence supposée faire la traversée vers ma destination. On me renvoie sur les cabanes du port où elle est censée se trouver, mais visiblement elle a déposé le bilan. De retour à l’auberge, j’envoie des demandes par mails aux contacts trouvés et reçois dans la soirée une réponse positive pour un trajet pour vendredi.

Il y a une majorité de français à l’auberge (comme à Ushuaïa en général) ; je passe une partie de la soirée à discuter avec plusieurs et notamment avec Vincent, qui voyage depuis 8 mois en Amérique du Sud en vrai routard (stop et camping) et me donne quelques infos. Profitant du beau temps, j’ai pris de nombreuses photos aujourd’hui mais découvre avec stupeur en les visualisant que j’ai malencontreusement activé la fonction horodatage sur mon appareil depuis plus de deux semaines et que du coup toutes mes photos sont taguées d’une horrible date orange, y compris celles de l’Ile de Pâques.

J193 – Dim 13/05 : En route pour Ushuaïa

Je suis le premier levé et prends mon petit déjeuner de manière autonome ; on est dimanche et les propriétaires veulent dormir un peu. C’est une journée de transit ; je prends le bus à 8h30 pour 11h de route. Mais le trajet n’est pas désagréable. L’idée était de pouvoir admirer le paysage terrestre, ce que je fais, on nous sert des boisons, et la journée est rythmée d’étapes.

J’admire en partant le lever de soleil sur le détroit de Magellan. Le paysage est désertique avec de petites montagnes sombres et rases. On prend le bac pour traverser le détroit, de Punta Delgada à Punta Espora, où l’on arrive en Terre de Feu. J’ai toujours devant les yeux de vastes étendues vierges légèrement vallonnées mais elles sont plus colorées, du brun au jaune orangé, avec un peu de neige ici et là. On y croise de nombreux animaux : des vaches, des moutons, de jolis guanacos roux (sortes de Lamas plus effilés), d’énormes oiseaux picorant dans les plaines et même un renard peu farouche venu visiter la douane argentine. Le ciel est complètement dégagé et le soleil nous réchauffe.

Le passage à la douane, en deux temps (sortie du Chili et entrée en Argentine), est très facile : aucun contrôle des bagages, pas de formulaires à remplir. Il me faut juste donner le nom de mon hébergement à Ushuaïa. Par contre, avec mes allers et retours ente les deux pays, mon passeport va vite se remplir de tampons. En Argentine, j’aperçois dès la frontière l’Atlantique, preuve que je me rapproche de la France et que la Terre est bien ronde.

On change de bus à Rio Grande. La correspondance est assez rapide, mais le 2ème bus, qui part plus tôt que l’on ne me l’avait indiqué, est tout petit et un peu moins confortable. Ayant une place au milieu, il m’est plus difficile d’admirer le paysage. On assiste pourtant à un magnifique coucher de soleil sur le Lago Fagnano. On passe alors de la steppe (avec quelques arbres sculptés par le vent), à la montagne (on croise même une station de ski, ici, au bout du monde). On traverse une forêt puis on arrive à Ushuaïa.

C’est une assez grande ville (plus grande que je ne le pensais), en escalier, le long de la mer. Je j’explorerai demain. Un arrêt obligé au distributeur (encore une nouvelle monnaie, toujours le peso mais pas le même) me confirme que les banques argentines sont vraiment des voleuses. J’avais fait des recherches et en ai essayé plusieurs ; impossible de retirer plus de 3000 pesos à la fois (l’équivalent de 110 €), avec une commission de 8 €. L’auberge, quant à elle, l’hostel Yakush, est agréable, avec plusieurs recoins pour se poser et un très bon accueil.

J192 – Sam 12/05 : Canap et frégates

C’est une nouvelle journée tranquille et cocooning pour moi. Ca fait 3 jours maintenant que cela dure mais ça fait bu bien, d’autant que la météo n’incite pas à sortir. Après 6 mois de voyage, j’arrive plus facilement prendre mon temps.

Mes sorties quotidiennes pour arpenter la ville sont l’occasion de faire mes nouvelles chaussures qui sont encore un peu rigides. Il m’aurait été difficile de partir de suite pour une grande randonnée dans ces conditions. Je commence par aller acheter mon billet de bus pour Ushuaïa, Roben ayant annulé sa proposition pour cause de voiture trop pleine ; j’aurais pu acheter les billets sur internet pour un peu moins cher mais, avec une correspondance à Rio Grande (en Argentine) et la traversée du détroit de Magellan (parfois incertain à cause du vent) et de la douane, ça me paraît plus sûr comme cela. Je me rends ensuite au cimetière, évoqué dans plusieurs guides touristiques ; les caveaux y sont immenses et le site est organisé autour d’allées bordées de grands épicéas, taillées en forme arrondie (ils ont une façon assez originales de tailler les arbres partout dans la ville). Ca me donne l’occasion de traverser un autre quartier.

En soirée, je vais voir les frégates ; le port est enfin ouvert à la visite. Les bateaux sont assez impressionnants : de 3 à 5 mats, tout en bois et bien travaillées. On arpente les ponts mais on ne peut malheureusement pas voir les intérieurs. J’arrive à la fin mais il y a encore beaucoup de visiteurs. C’est l’animation du week-end, l’occasion d’un feu d’artifices un peu plus tard. L’auberge et quant à elle très calme ; les gens se couchent de plus en plus tôt.

J191 – Ven 11/05 : Je persiste pour le grand sud

Le petit déjeuner est un peu la marque de fabrique de cette auberge ; il est bon, copieux et varié. Je le prends tranquillement et discute avec les propriétaires et l’employée, qui est haïtienne (elle s’exprime en français) et qui vient de s’installer au Chili.

Il fait moins froid et la pluie est beaucoup plus éparse aujourd’hui. Je reste néanmoins une grande partie de la journée à l’auberge, façon cocooning (même s’il manque ici un coin salon), à continuer mes recherches. Je fais un tour au mirador et suis surpris de voir un paysage enneigé sur les collines de derrière. C’est bien l’hiver. Du haut, j’aperçois de grands voiliers (des caravelles), qui accostent. Curieux je me dirige vers le port. Je les vois de près mais sans rien apprendre de plus. Je saurai plus tard qu’il s’agit d’une régate de navires écoles de différents pays latino-américains, la Velas Latinoamérica. Je vais me renseigner à la gare routière, où je découvre qu’il y a un bus pour Usuhaia qui part dimanche (ça fait tilt !), je m’achète des gants en prévision du grand froid que je vais sans doute connaître et reviens à l’auberge.

Là, je refais moult recherches, étudie les différentes possibilités qui s’offrent à moi et me décide pour partir dimanche en bus à Ushuaïa et revenir en bateau depuis Puerto Williams. La seule incertitude qui demeure pour le moment est le bateau pour rejoindre les deux villes ; il n’y a qu’une compagnie qui propose cette traversée en zodiac et elle ne la fait pas tout le temps. On verra bien. Au pire je traverserai le Cap Horn à la nage (enfin pas si sûr) ou je reviendrai en bus. J’aurais quand même vu le grand sud.

Je fais encore office de gardien à la demande des propriétaires et leur demande en échange de passer un appel pour moi. Eux-mêmes sont plein de bonnes intentions ; ils m’ont proposé plusieurs fois à manger et même des chaussons. L’auberge s’est bien remplie aujourd’hui.

Le soir, je tente une sortie nocturne. Il y a du monde dans les établissements mais pas beaucoup dehors. Je cherche désespérément un bar. Les seuls que je trouve sont également des restaurants où tout le monde est sagement assis à sa table. Je finis par en dénicher un pas trop mal où je déguste une Calafate (ville de Patagonie où je me rendrai un peu plus tard). Je fais en chemin un tour au casino par curiosité mais il y a un droit d’entrée à payer (c’est étrange) et je fais demi tour.

Je constate que toutes rues sont à sens unique ici et que la police est assez présente ; je croise tout le temps des contractuels. En outre les voitures s’arrêtent quasi systématiquement aux passages piétons et mettent leurs feux de détresses pour le signaler.

En rentrant, j’ai une réponse pour du bénévolat à Puerto Natales, où je compte rester quelques temps (j’avais fait des demandes ce matin) : mon interlocuteur me dit de venir le voir pour discuter. Mes plans ayant changé, je remets cela au lundi 21. Le soir, je discute avec les autres résidents et notamment Juan, un vénézuélien déjà présent hier, et Roben qui habite à Usuhaïa. Il me propose de m’y emmener dimanche. Il est venu avec deux amies pour faire du shoping car c’est une zone franche ici et les produits sont détaxés. Une bonne occasion d’échanger en route avec des locaux. En plus il est guide et parle un peu français. S’en suit un petit cours d’espagnol où je découvre quelques différences d’un pays à l’autre.

Sinon, c’est curieux, j’ai tout le temps envie de parler du nord alors qu’on est au sud. Probablement parce que les extrêmes se ressemblent.

J190 – Jeu 10/05 : Le déluge hivernal

J’ai redécouvert aujourd’hui l’hiver, le vrai. Les températures sont proches de zéro (on a perdu plus de 10° depuis hier), la pluie tombe en trombes de façon ininterrompue à partir de midi, se transformant en neige dans la soirée, et le vent souffle fort. Difficile dans ces conditions de partir en expédition.

Je profite quand même de la fin de matinée pour me promener dans la ville. Ayant déposé un gros paquet de linge à la Lavanderia, je me dirige vers le bord de mer. Je suis surpris de constater que la plage de sable noire est criblée de déchets. Il faut dire qu’elle ne doit pas être très fréquentée et donc pas nettoyée. Je prends quelques clichés, malgré les nuages, puis je vais vers le sud près des cargos, à la recherche d’un éventuel bureau où je pourrais trouver une offre magique pour m’embarquer contre service. Je vois bien quelques établissements dédiés à la marine mais rien de concluant. Ce quartier est plus populaire. J’y croise le marché municipal (3 bans de poissons !) et, y jouxtant, un marché artisanal, où je trouve quelques informations sur les excursions alentours. Je retraverse la ville pour me rendre au vrai marché (acheter de quoi manger), qui, je le suppose, se trouve sous le restaurant El Mercado où j’ai mangé hier, mais n’en trouve aucune trace. La pluie commence alors à tomber ; j’oublie mon projet de monter au mirador, m’achète un sandwich (un completo italien, une spécialité dont nous a parlé Camilo) dans une petite roulotte, puis rentre à l’auberge.

J’y reste tout l’après-midi à faire des recherches sur internet, faisant en outre office de concierge ; j’ouvre aux nouveaux arrivants alors que les propriétaires sont absents mais ne peux pas vraiment les renseigner. Je souhaite trouver une possibilité d’explorer la Terre de Feu ou le sud de la Patagonie chilienne en bateau. Il y en a peu, plusieurs sont en trêve hivernale depuis fin avril (j’ai notamment une réponse très rapide en ce sens sur facebook de Freestyle Adventure Travel, qui semble proposer de bonnes opportunités en saison) et la plupart sont réellement hors de prix (plus de 1000 US$ pour 3 à 4 jours). Finalement je trouve un cargo nettement plus abordable qui va de Punta Arenas au Cap Horn en 30h, en passant par les fjords, et qui part le jeudi à 18h (avec un trajet retour dans la foulée). On est jeudi mais il est 17h quand j’en prends connaissance. Il est déjà trop tard, d’autant qu’il me faudrait annuler l’auberge et que les propriétaires ne sont pas encore rentrés. Il me faudra donc attendre jeudi prochain, ou oublier la Terre de Feu. Vu la météo et le peu de possibilité d’activités aux alentours, il me semble plus sage d’y renoncer, et de commencer à remonter vers le nord, comme je l’avais prévu initialement. Je me laisse néanmoins encore demain pour affiner mon programme.

Il me faut maintenant affronter la pluie pour aller faire quelques courses. Le supermarché que j’ai repéré est assez loin et je reviens trempé. C’est à ce moment que j’aperçois quelques flocons. Autre contrainte, il y a quelques restrictions avec la cuisine de l’auberge ; nous ne pouvons l’utiliser que de 17 à 21h et ne devons pas y faire de mets grillés (poisson ou viande), pour des questions d’odeurs. C’est vrai que ça sent bon un peu partout dans l’auberge. Ce sera donc pour ce soir mon plat fétiche de ce voyage : une purée de potiron. Toute la famille est dans la cuisine (ils ont 2 filles), avec 2 autres locataires, dont l’un, portugais, fait aussi un tour du monde ; j’essaye d’échanger quelques mots avec eux mêlant français, anglais et espagnol.

J189 – Mer 9/05 : Migration en Patagonie

La nuit n’a pas été fantastique, avec le concours du plus grand ronfleur et des réveils matinaux bruyants ; bien que fréquentant de nombreux dortoirs, j’ai rarement connu cela. J’emprunte de nouveau un taxi collectif pour aller à l’aéroport, la solution la plus simple. C’est également toujours la même compagnie (Latam), depuis la Nouvelle Zélande, mais cette fois il n’y a pas de repas à bord. J’engloutis des bananes et mangerai mieux ce soir. On a environ 4h de vol avec une escale à Puerto Montt, où je reste dans l’avion. Sur la deuxième partie, je constate que la moyenne d’âge des passagers est plus élevée et suis surpris d’entendre le commandant faire son annonce aussi en français ; je n’en trouve pas les explications.

De l’avion, j’admire le paysage montagneux (on est sur la Cordillère des Andes tout de même) et j’aperçois plusieurs volcans avec de belles formes coniques, dont certains ont l’air d’être entré en éruption récemment. Plusieurs ont le sommet enneigé mais en contrebas il y a des lacs (ou des fjords, je ne vois pas côté mer d’où je suis) et de nombreux champs, signe d’habitations proches. J’essaye de repérer les différentes régions traversées sur mon guide (comme pour l’Asie, j’ai une version numérique du Lonely Planet traitant de l’Amérique du Sud dans son ensemble), puisque je devrais repasser par certaines en remontant. Mais ce n’est pas évident ; il me faudrait une carte plus détaillée. A partir de Puerto Mont on commence à entrer en Patagonie, mais une couche nuageuse continue et bien moelleuse m’empêche d’en voir plus, à l’exception de l’arrivée, où je peux apercevoir le détroit de Magellan.

Le voyage m’a pris presque toute la journée. Un nouveau transfert « officiel » en minibus et me voici à 18h à Punta Arenas. J’ai l’impression d’avoir changé de pays ; on se croirait en Norvège. C’est une ville propre, assez chic, avec de larges rues, de très grands restaurants à la décoration soignée et un énorme casino le long du port. J’en verrai davantage demain mais ce soir elle n’est pas très animée. Je mange pour ma part au Restaurant del Marcado, un peu plus simple. Il y a aussi un nombre impressionnant de pizzerias.

Je suis bien accueillie à l’auberge, qui ressemble plus à une pension de famille. La femme parle un peu le français. Là encore, le raffinement que j’y trouve contraste radicalement avec la précédente. Mon aventure en Patagonie, tant attendue, commence donc maintenant.

J188 – Mar 8/05 : Des tours

M’étant couché tard, je suis décalé et quitte l’auberge vers midi, un peu tracassé par un problème d’argent : rien de grave mais il me manque quelques espèces et j’ai l’impression que le distributeur ne m’a pas tout donné (je n’ai pas voulu compter en pleine rue).

Je pars en direction de la tour Costanera ; haute de 300m, c’est apparemment la plus haute d’Amérique du Sud). Elle est située dans un quartier moderne, le nouveau centre de Santiago. Je vais en fait dans un grand centre commercial, situé sous la tour, pour trouver de nouvelles chaussures. Il y a là de nombreux magasins de sport et n’ayant pas trop de temps, je me décide assez vite sur un modèle bon marché, en espérant qu’elles seront confortables et solides (qu’elles résisteront à la Patagonie !). Pour y aller, j’expérimente le métro, que je prends à Santa Lucia, où je tombe par hasard sur un marché d’artisanat local. J’y achète un joli portefeuille, où je glisse une ancienne carte bleue et les espèces du jour ; une manière de limiter la casse en cas de braquage si ça devait arriver. Le mieux est évident de rester vigilant pour que cela ne se produise pas.

Après la tour, le tour : je reviens dans le centre historique pour suivre une visite guidée de la ville dont on m’a parlé. Elle est organisée par Tours4tips, animé par des étudiants locaux, en espagnol ou en anglais (j’ai choisi l’anglais) et qui, comme son nom l’indique, fonctionne au pourboire. J’ai choisi la visite Santiago Highlights. Ils en proposent une autre le matin dans le quartier plus populaire que j’ai exploré hier. Notre guide s’appelle Camilo ; il est dynamique et plutôt plaisant. Il prend le temps de nous parler de la ville, de nous expliquer l’histoire démographique et politique du Chili, de nous donner quelques anecdotes, en déambulant sur les sites. Le départ est fixé au musée Bellas Artes. Admirant des peintures murales de grands artistes sur les murs en chemin et faisant plusieurs stops explicatifs, on se rend à la Plaza de Armas (le cœur du centre historique). On y visite rapidement la cathédrale. On va ensuite dans l’ancien quartier du gouvernement voir les bâtiments historiques ; aujourd’hui plusieurs services ont migrés vers l’est, dans les quartiers chics. Camilo nous conseille de visiter le musée Chileno de Arte Precolombino, l’un de ces bâtiments, pour en apprendre plus sur l’histoire de la population sud américaine en générale. Puis c’est au tour du Palais présidentiel La Moneda ; on ne peut y rentrer mais Camilo s’y exprime longuement sur l’histoire politique du pays. On prend alors tous ensemble le métro pour nous rendre à la derrière étape du tour : le GAM (Centro Gabriela Mistral) ; ancien édifice gouvernemental, c’est aujourd’hui un immense lieu de création et diffusion artistique, dans tous les domaines (on dirait un peu le Lieu Unique à Nantes), qui a visiblement une politique très large d’ouverture et d’accessibilité.

Au jour tombant, je monte à la colline Santa Lucia, un petit poumon au cœur de la ville avec une large vue et de beaux édifices, puis je rentre tranquillement à l’auberge.

J187 – Lun 7/05 : Découverte de Santiago

Au petit déjeuner, je discute avec deux autres voyageurs qui terminent leur voyage de 8 mois en Amérique du Sud ; ils ont adoré la Colombie et me donne quelques repères pour la Patagonie et Santiago.

Je pars alors explorer le centre historique de la ville. L’auberge est un peu décentrée mais ça me donne l’occasion de découvrir des rues plus typiques. Je sais que je touche le but en arrivant dans les rues de Paris et de Londres, assez belles avec des bâtiments anciens et stylés. Je me rends de là à la Plaza de d’Armas, la place centrale de la ville, comme j’en verrai un peu partout en Amérique du Sud : un grand square arboré entouré de grands édifices. Pour y aller je traverse le quartier commerçant, ressemblant davantage à ce que l’on trouve en Europe, y compris pour certaines enseignes. Je vais voir aussi l’ancienne gare centrale, construite par Eiffel et qui a été transformée en musée.

Je visite plusieurs marchés. Je commence par le marché au poisson, où je mange une bonne Palla (en fait une marmite de fruit de mer, et non une Paëlla comme je le croyais en commandant) ; il y a quelques étals de vente mais c’est surtout un regroupement de restaurants. Le marché de la Véga, au nord de la rivière, le Rio Mapocho, dans le quartier Recoleta est beaucoup plus populaire. J’assiste sur le chemin au tournage d’un film dans une station service.

C’est de ce quartier que je monte au parc Cerro San Cristobal, dominé par une statue de la Vierge, sur une grande et haute colline au cœur de la ville. C’est le meilleur point de vue sur la ville et j’y suis à la bonne heure (un peu avant le coucher du soleil). Je découvre une cité immense (il y a 7 millions d’habitants), plate mais entourée de tous côtés de montagnes ; elle est de ce fait un peu polluée. Je redescends par le funiculaire, où je rencontre deux français venus étudier ici (l’un ici et l’autre en Argentine). Ils me donnent quelques conseils, me parlant notamment des spécialités gustatives et des quartiers animés le soir : celui que l’on traverse (fréquenté surtout par les jeunes avec de grandes usines à boire), le quartier Bellavista (un endroit plus chic que j’aperçois de loin), et le quartier italien.

Santiago est réputée pour être l’une des villes les plus sûre d’Amérique du Sud (parmi les grandes) ; il vaut mieux éviter le premier quartier à boire tard le soir et il est étrange de voir tous les magasins, et notamment les botelerias, servir les clients à travers une porte grillagée, mais cela m’a été confirmé par plusieurs personnes et je ne m’y suis pas senti en danger.

La soirée est plus calme aujourd’hui. J’y retrouve Monica, puis Claudia, Juan (j’apprends que c’est le copain de Claudia), Fernando et son ami, qui sont en fait des amis de Claudia et qui vivent à Valparaiso, une ville touristique classée sur la côte, à 1h30 de Santiago, une capitale architecturale et artistique. C’est sans doute parce qu’ils se connaissent tous que je sentais une ambiance si amicale hier. Cela dit, le Chili, ou du moins Santiago, me semble accueillant et me donne une première impression agréable. Il y avait bien quelques racoleurs aux restaurants du marché aux poissons mais globalement on ne s’y sent bien, pas trop étranger (enfin sauf pour la langue car peu parlent anglais). Je passe pas mal de temps ce soir à prospecter sur internet pour trouver des infos sur Santiago et la Patagonie. Certaines zones ne sont plus accessibles à cette saison. J’ai bien envie d’organiser mon parcours au jour le jour, en suivant mon instinct et les conseils glanés sur la route. J’ai le temps : 4 mois devant moi.

J186 – Dim 6/05 : Un bel accueil chilien

Je reste à l’auberge le matin à gérer mes petites affaires en attendant le départ pour l’aéroport. On m’offre un pendentif moaï puis le propriétaire m’y emmène à 13h, avec l’anglais qui va tenter de trouver une place dans le même avion que moi. Je ne sais pas finalement s’il l’a eu, l’avion semblait bien plein. Il va directement à Acatama, en Bolivie, ensuite.

J’achète un T-shirt en souvenir (en fait surtout parce que les miens commencent à être vraiment usés, c’est l’occasion). Il n’y a pas de douane ; comme on est déjà au Chili, c’est comme un vol intérieur, de 3700 km. L’avion part en avance ; c’est rare. Il est un peu plus ancien que le précédent et fait beaucoup de bruit au départ ; ce n’est pas très rassurant. Il contourne lentement l’Ile de Pâques pour nous laisser l’admirer mais je suis malheureusement du mauvais côté. Je regarde le film Au-revoir là-haut d’Albert Dupontel, un très beau film à l’univers onirique.

Je m’aperçois en vol que la nuit tombe à nouveau plus tôt (vers 18h). Avec le décalage (2h de plus), on verra ce qu’il en sera à Santiago de Chili, la ville où je me rends. J’avais à l’origine une simple escale de 21h à l’aéroport mais j’ai demandé à la prolonger quand j’ai pris mon billet tour du monde ; je ne pense pas l’avoir évoqué mais je suis passé par une agence anglaise spécialisée, Travel Nation. J’ai préféré visiter la ville de Santiago et m’acclimater ici à l’Amérique du Sud pendant 3 jours. Il ne faut pas traîner non plus car la météo s’annonce très froide en Pataganie. Je m’y suis préparé mais après un mois en tongs et pratiquement 6 mois d’été (bon j’embellis un peu les choses ; j’ai connu parfois un peu l’automne), il va falloir s’y habituer. Les soirées sont d’ailleurs tout de suite plus froide ici. Hace Frio. On descend jusqu’à 2° la nuit.

Je me rends facilement à l’auberge La Ruca, à l’aide d’un taxi collectif, et y reçois un très bon accueil. L’auberge est plutôt roots, voire un peu vétuste, mais avec un joli patio, couvert d’une grande tonnelle de vigne. J’y rencontre Claudia (la tenancière), Juan, Mauricio (tous deux de Patagonie), Fernando Monica. On boit des coups et j’écoute leurs discussions animées en espagnol : une bonne école mais certains parlent vraiment très vite et visiblement, le chilien n’est pas l’espagnol le plus simple à comprendre. J’ai le droit à une exploration nocturne du quartier en voiture pour tenter de trouver un magasin ouvert mais les derniers ferment à 1h pile. On se couche assez tard ; j’ai l’impression que mon rythme va un peu changer sur ce continent, plus calé sur le tempo espagnol.

J185 – Sam 5/05 : Des sites au hasard

C’est une journée détente aujourd’hui. Je me réveille tranquillement puis pars faire un tour en ville. J’ai constaté qu’il y a un peu plus de choses le matin et notamment des stands dans la rue où l’on peut trouver des fruits (ce qui n’est pas évident ici car tout est importé). J’achète une papaye après avoir fait tamponner mon passeport à la poste, histoire de garder un souvenir. Comme il n’y a pas de visa, ils ne mettent pas de tampon à l’aéroport. Je n’’en n’avais pas non plus à Tahiti. Je vais également repérer un tatoueur dont j’ai vu de bonnes critiques sur internet. Ca peut paraître saugrenu et je me disais jusqu’à présent que ce n’était pas pour moi mais depuis quelques jours je réfléchis à l’idée d’un petit tatouage maori, une bonne façon d’immortaliser mon voyage et je trouve l’endroit idéal pour cela. Je me laisse néanmoins encore le temps de la réflexion et au final je rentrerai trop tard l’après-midi pour y revenir. Je continue ma flânerie en bord de mer, où j’’aperçois deux grosses tortues nageant dans le port.

L’après-midi, j’ai quand même envie d’aller faire un tour. Je choisis au hasard sur la carte un volcan à proximité, le Mauna Hiva Hiva, puis m’y rends tranquillement à pieds. Je passe dans un quartier calme de la ville qui semble un peu plus pauvre. Je constate qu’il y a beaucoup de maisons très sommaires, dont les murs extérieurs sont fait de contreplaqué uniquement. Cette route, au cœur d’une vallée entourée de volcans, est plutôt agréable ; on a une vue lointaine et tout est bien vert ; moins de roches apparentes que le long des côtes où le sol en est jonché. Mais ces douces collines herbeuses et bien arrondies ne sont qu’une apparence. En grimpant le Hiva Hiva, je m’aperçois qu’il s’agit réellement d’un tas de cailloux masqués de hautes herbes. L’ascension n’y est pas très facile et je suis obligé d’enjamber quelques murs et barrières, les chemins que je vois sur la carte étant fermés. Ce volcan est tout petit mais il a un joli cratère bien dessiné.

A l’horizon, j’aperçois 7 moaï alignés est très bon état ; il s’agit de l’Ahu Akivi, un peu isolé des autres sites. Je m’aperçois également qu’il y a de nombreuses grottes dans le coin et décide d’aller les découvrir. Je dois montrer patte blanche (mon ticket) pour y accéder. La grotte principale est la Ana Te Pahu, aussi appelée grottes des bananiers, puisque des arbres y poussent dans les ouvertures. Mais il y a de nombreuses autres cavités, non indiquées, que je trouve MapsMe. Elles sont grandes et enterrées, de véritables galeries souterraines.

Je reviens à travers champs (enfin à travers prairie car je n’ai pas vu de champs sur l’île), suivant un petit chemin à peine marqué ; je commence à en avoir l’habitude. Sur la route plus loin j’aperçois quelques fêtes dans des maisons ; ils doivent profiter du samedi pour célébrer quelques événements.

Comme le ciel est bien dégagé, j’ai l’idée d’aller voir le coucher de soleil en bord de mer. Je choisis encore au hasard, le site Ahu Ko Te Riku, où de beaux moaï surplombent la mer. Je ne suis pas le seul à avoir eu cette idée ; j’ai l’impression que tous les touristes s »y sont donnés rendez-vous. En fin de parcours, le soleil est masqué par quelques nuages mais le cadre est très agréable et l’ambiance apaisante. Je suis notamment fasciné par l’un des moaï avec de grands yeux blancs que j’admire un long moment.

Je suis surpris d’y croiser mon voisin de chambre, un anglais. Il devait prendre l’avion mais l’a loupé. Notre autre compagnon de chambre, Daniel, un chilien (J’ai eu quelques échanges avec lui), est parti ce matin de bonne heure et j’ai failli me retrouver tout seul. L’auberge est plutôt bien et très propre mais elle manque un peu d’ambiance. D’ailleurs je me demande si ce n’est le cas de toute la ville (je ne suis pas vraiment sorti en soirée) et pars vérifier. De retour, je confirme : l’ambiance est vraiment très calme à Hanga Roa et même un peu trop ; hormis un match de foot, aucune activité ce samedi soir.

J184 – Ven 4/05 : Les moaï à vélo

Le matin est pluvieux. J’attends que ça se calme pour entamer ma grande expédition à vélo et suis plutôt épargné par la suite. Comme en Nouvelle Zélande, le temps est difficilement prévisible ici et souvent menaçant. C’est donc une journée sportive pour moi puisque je parcours pas loin de 50 km, que le relief n’est pas plat (résultat de l’activité volcanique) et que j’ai le vent de face sur une partie du chemin. Le début est donc assez difficile ; mon corps est fatigué et courbaturé par les randonnées des jours précédents et je me dis, à un moment, que j’aurais peut-être dû prendre un jour off. Mais, fidèle à ma devise (les regrets ne servent à rien !), je continue la route et ça va mieux ensuite ; le retour sera beaucoup plus rapide. Ca confirme néanmoins le fait que le vélo n’est pas trop mon truc. J’ai lu un article traitant d’une route sur cette île, sur laquelle les voitures grimpent toutes seules, moteur coupé, par un phénomène volcanique spécifique. Je n’y crois pas vraiment mais espère toute la journée la trouver à vélo ; ça ne sera pas le cas.

Mes buts pour aujourd’hui sont la carrière Rano Rakatu et le site Ahu Tongariki mais, faisant le tour de l’île, je m’arrête sur tous les sites que je rencontre et vois de nombreux moaï. On me demande finalement on billet sur plusieurs. De nombreux moaï sont couchés ; ce qui est dommage c’est qu’ils sont toujours face au contre terre, probablement pour une raison mystique. Je vois également des

pétroglyphes (des dessins gravés sur des pierres, une autre spécialité de l’île de Pâques), quelques anciens villages et des huttes au toit de chaume.

Je fais une pause pour pique niquer au mini port de Vaihu où j’aperçois des nageurs (probablement des pêcheurs) au milieu des rochers. A cette endroit précis, comme tout au long de la côte, les vagues sont énormes et provoquent de monumentales projections en s’écrasant sur le récif. Je prends un raccourci indiqué sur la carte pour rejoindre la carrière mais il n’est visiblement pas réellement adaptés aux vélos ; j’arrive néanmoins à passer trouvant au passage des moaï isolés.

Après 20 km de vélo, me voici enfin au site suprême de l’ile : le Rano Ranaku. C’est dans cette carrière qu’ont été extraits puis réalisés la plupart des moaïs de l’île aux XIV et XVe siècles. Le plus beaux sont exposés ici, sur le volcan, face à la mer. Je constate que, contrairement aux autres aperçues jusqu’à présent, ces statues sont coupées au niveau du buste et l’expression de leur visage est plus détaillée (sans doute aussi parce qu’elles sont mieux restaurées). Elles sont effectivement magnifiques. Je ne peux malheureusement explorer le cratère qui est fermé aujourd’hui (vu la distance je ne reviendrai pas, comme me le propose la guichetière) mais j’aperçois déjà d’ici les 15 moaï de l’Ahu Tongariki, où je me rends ensuite. Dominant la mer, ils sont grands et très impressionnants.

Pour revenir, je traverse l’île vers le nord, rejoins Anakena (où il y a la plage) puis suis la route centrale jusqu’à Ranga Roa. Après une longue montée, elle descend presque tout le temps dans ce sens et on y sent l’odeur bien agréable d’eucalyptus ; il n’y a pas beaucoup d’arbres sur l’île mais quelques-uns quand même. Je peux également admirer sur le chemin l’extrémité est de l’île, une sorte de péninsule abritant le volcan Puakatiki. Non desservie, elle a l’air très sauvage et me donne très envie ; elle est malheureusement un peu loin de la ville pour y retourner.

Après cette journée, inutile de dire que je ne fais pas la fête le soir. De toute façon les soirées sont plutôt calmes ici.

J183 – Jeu 3/05 : Terre sauvage

C’est bon, je peux rester à l’auberge jusqu’à dimanche. Après moult hésitations, en attendant désespérément que mes chaussures sèchent au soleil, j’ai décidé de repartir en randonnée aujourd‘hui pour explorer la côte nord jusqu’au site d’Anakena, où se trouvent la seule plage de l’île et quelques moaï. Je réserve pour demain la sortie à vélo pour aller voir le site phare de l’Ile de Pâques : la carrière Rano Raraku. Il vaut mieux garder une progression dans la splendeur.

Je parcours au total 22 km avec une vue permanente sur la mer sur un sentier à peine marqué. Celui-ci est bien autorisé puisqu’il m’a été indiqué par la fille de l’office du tourisme et que je peux voir des traces de cavaliers qui l’ont emprunté mais il est difficile de ne pas s’en détourner par endroit. Comme je reste dans une grande clairière avec pour guide le bord de mer (en haut des falaises), cela n’a pas d’importance. J’ai de la chance avec le temps : j’essuie seulement quelques petites averses (alors que je constate quand je rentre qu’il a bien plu à Ranga Roa) et les quelques nuages m’empêchent de cuire au soleil car le chemin est très exposé. Je trouve aussi en chemin un peu partout de petites goyaves jaunes que je dévore goulument et de nombreux ossements de bovins, certains crânes faisant office de balises ; ça laisse une drôle d’impression.

Il y a de beaux moaï au début du parcours (sur les sites Tahai, Akapu) puis à la fin près de la plage, dont 5 alignés (Vai Uri) et un grand solitaire. Comme partout, tous tournent le dos à la mer. Entre les deux, le chemin est jalonné de tas de cailloux, des Ahus (plateformes) effondrés dont certains abritaient sans doute quelques moaï à l’origine. Il y a aussi des grottes mais la plupart doivent donner sur la mer et je n’en visite qu’une, la première, celle d’Ana Kakenga je présume. On y entre par un minuscule orifice dans le sol pour accéder à deux fenêtres donnant sur la mer.

Hormis sur le premier tiers du sentier et à l’arrivée, je ne vois absolument personne, si ce n’est de très nombreux chevaux (sauvages ?) et des vaches ; beaucoup sont effrayés par mon passage, preuve qu’ils ne voient pas grand monde. Je croise aussi deux ranchs, totalement isolés. Cette partie de l’île est coincée entre les sommets des volcans et d’impressionnantes falaises de roche noire. J’apprécie ce paysage sauvage. C’est pour moi un grand bol d’air.

En arrivant à la plage, je me précipite dans l’eau. Cela fait un bien fou après cette longue marche. Mais je ne m’attarde pas car il est déjà tard et je dois rentrer en stop. J’attends un peu, voyant passer plusieurs touristes (dans de petits 4×4) ne daignant pas s’arrêter, et suis finalement pris par des locaux (enfin presque m’ont-ils dit sans rentrer dans les détails).

Je m’offre un restaurant puis rentre délasser mon corps bien harassé.

J182 – Mer 2/05 : Le tour du cratère

Une bonne nuit réparatrice m’a fait le plus grand bien. Je me lève à 9h et semble peu affecté par le décalage horaire ; on verra si cela se confirme par la suite. Un petit tour à la Panaderia, acheter du bon pain frais pour le petit déjeuner et quelques victuailles pour midi puis je prends mon temps à l’auberge. Je fais un tour à l’office du tourisme, achète un peu plus loin mon droit d’entrée au Parc national (à 75 € c’est assez cher mais obligatoire pour l’ensemble des sites, même si les contrôles ne se font apparemment que dans les 2 sites principaux), puis pars côté ouest pour une petite randonnée.

J’ai décidé d’explorer aujourd’hui le cratère Rano Kau et le village d’Orongo. Je longe la côte nord, très sauvage avec des falaises de rochers noirs et quelques grottes. J’y prends mon pique nique puis suis le sentier Koro Manu, menant au belvédère du cratère. Il y a 3 volcans sur l’île mais le Rano Kau est un cratère très large et bien découpé, avec vue sur la mer et une sorte de lac dans le fond, parsemé d’une végétation multicolore.

Je longe alors la crête nord du volcan pour me rendre à peine plus loin au village Orongo, l’un des sites clés de l’île. Jusqu’au milieu du XIXème siècle s’y déroulait tous les ans la célébration de l’homme oiseau : des hommes de toutes les tribus de l’île venaient s’affronter en nageant jusqu’à une petite île que l’on aperçoit à l’horizon pour trouver le premier œuf pondu par le Manutara et devenir ainsi le nouveau Tangata Manu (l’homme oiseau). Notre tradition pascale, consistant à rechercher des œufs dans le jardin, ne viendrait-elle pas de là ? Le village n’est pas habité mais les maisons encastrées, aux murs de pierres et aux toits végétaux, sont en très bon état. On en fait néanmoins vite le tour et je ne suis pas vraiment ébloui. Il faut dire que je me retrouve entouré de 3 bus de japonais et que je m’attendais plutôt à voir des moaï ; je constate qu’il n’y en a pas dans cette partie de l’île. Je ramène aussi un petit souvenir des gros bosquets de fleurs jaunes envahissant le sentier : une piqure de guêpe, dont je ressentirai la douleur plusieurs jours.

Sous les conseils de Geoffroy, je vais ensuite explorer l’autre côté du cratère où il n’y a personne. Alors que j’atteins le point culminant, un énorme nuage de brouillard envahit le cratère, s’avançant dans ma direction. La vue est alors bouchée mais assez énigmatique et quelques fenêtres me permettent d’apercevoir la mer agitée le long des falaises. Après hésitation, je décide de poursuivre plus loin et de longer la côte jusqu’à l’aéroport. Je suis un très discret sentier qui s’efface à la fin. Les falaises sont de plus en plus hautes, mêlant le rouge et le noir. La pluie fait son apparition ; ça ne dure pas mais je suis trempé. Heureusement le vent me sèche très vite, sauf les pieds. Vive les Salomon : des chaussures faites pour durer… 6 mois ! Je pourrais peut-être leur faire un procès.

J’arrive au final au site Ahu Vinapu, où je rejoins la route et où l’on me demande d’où je viens. Je suis visiblement passé dans un endroit où je n’avais pas le droit d’aller mais, à ma décharge et comme me le confirme la gardienne du Vinapu, aucun panneau ne me l’interdisait. (pourtant il y en a partout des panneaux d’interdiction sur les sites, et même un peu trop à mon goût) et la promenade était fort agréable. Le retour l’est un peu moins : un peu longuet avec peu de choses à voir jusqu’à la rue principale et à nouveau une forte averse. Au total, j’ai quand même dû parcourir une quinzaine de km.

Le soir, je reste à l’auberge, où je me fais un repas typique routard (une assiette de pâtes au thon) en dégustant une bière IPA Rapa Nui. N’ayant pas de réponse positive pour le couchsurfing, je tente de prolonger mon hébergement actuel ; le propriétaire me dit que c’est bon alors que le dortoir est indiqué complet sur le site de booking. On verra demain ; au pire j’irai au camping.

J181 – Mar 1/05 : Déphasage pascal

L’avion part avec une heure de retard. Je n’ai pas compris pourquoi ; on s’apprêtait à embarquer et ils ont tout stoppé, sans donner d’explication. L’avion est plutôt moderne et confortable. Je m’endors très vite et manque le service du repas, que je réclame plus tard. Aves les hublots qui se teintent en guise de volet, je ne sais pas s’il fait jour ou nuit à l’extérieur ; je vois un point violet dans le ciel (la lune ou le soleil) et entre les nuages, la mer et les reflets teintés, le paysage prend des formes étranges : j’ai l’impression de voir des couches de glaces sur l’eau.

Le beau temps nous attend à l’Ile de Pâques (Rapa Nui pour le nom autochtone) et le relief de l’île vu d’avion me séduit déjà. Avec 5700 habitants et 900 statues monumentales, (les moaï), c’est l’île la plus lointaine d’autres habitations (3760 km de Santiago et 4230 km de Tahiti). Elle appartient au Chili et ça se sent déjà, ne serait-ce que par la langue, l’espagnol.

J’ai la bonne surprise de voir que l’on m’attend à l’aéroport pour m’amener à l’auberge, alors que je ne l’ai pas demandé. C’est plutôt bien car mon ami MapsMe m l’indiquait à un mauvais endroit. La conductrice me fait faire le tour de la ville, Hanga Roa, en me donnant quelques repères. Elle parle espagnol et seulement quelques mots de français et d’anglais. Je tente donc de m’y mettre avec les quelques souvenirs qu’il me reste de mes cours ; ce n’est pas évident mais amusant. De toute façon il va bien falloir que je m’entraîne car je suis en territoire hispanophone pour plus de 4 mois maintenant.

Je suis un peu déphasé par la courte nuit, le décalage horaire, le changement de culture (à mi-chemin entre la Polynésie et l’Amérique du sud) mais pas perdu pour autant, puisque que j’ai déjà eu en Polynésie quelques conseils sur les parcours à faire ici. Je me plante par contre littéralement en retirant de l’argent au distributeur ; j’oublie un zéro et me retrouve qu’avec l’équivalent de 25€ en poche.

Je reste peu de temps à l’auberge ; inutile de tenter une sieste si je veux pouvoir dormir cette nuit. Il y a d’ailleurs peu de monde à l’auberge, où je n’ai pour le moment réservé que pour deux nuits. Une bonne douche réparatrice puis je pars faire le tour à pieds de la « capitale », qui n’est pas très grande. Le soleil se couche plus tard ici, vers 19h30 ; c’est plutôt agréable et ça me permettra de profiter des jours plus longtemps. Il fait aussi plus frais le soir mais on peut quand même rester en T-shirt.

Je choisis un petit restaurant bien décoré où il y a du monde où je déguste un plat simple mais bon et une bière chilienne. Un fruit de la passion trouvé sur le trottoir (il y en a là aussi) me fait office de dessert. J’envoie quelques messages pour tenter de trouver un hôte en couchsurfing pour la fin de la semaine puis me couche tôt (enfin à 23h).

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